‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 45 sur 190 · Lettre du 4 août · texte numérisé non relu

Lettre du 4 août

2. L'exemplaire conservé dans nos archives parail élre de la main de Vitus Gurzius. 11 se termine par celte note approbative de Falcoia : Cost va bene.

goniede Notre- Seigneur sur la croix, le grand silence gardé depuis 1* méditation du soir jusqu'après celle du matin, les heures d'étade et les heures de récréation. Du reste, cet ordre du jour, sauf de légères modifications, n'était que la reproduction de la règle écrite par Marie-Céleste pour les religieuses du Saint-Sauveur.

Fidèles à cette règle, à laquelle s'ajoutèrent les veilles et les mortifications les plus crucifiantes, les missionnaires de Scala s'élevèrent rapidement aux plus hautes vertus. Sportelli et Samelli devinrent alors les deux hommes de Dieu que TÉglise, nous Tespérons, placera m jour sur les autels. Vitus Curzius ne fit guère de progrès dans l'art culinaire ; mais, toujours soutenu par Alphonse , il arriva par degrés, conformément à son rêve symbolique, au sommet de la perfection. Quand ses compagnons travaillaient au dehors, le bon frère formait souvent à lui seul toute la communauté. N'importe, à l'heure des exercices communs, il sonnait la cloche à toute volée, ce qui édifiait grandement les habitants de Scala. Son bonheur était de vivre seul aux pieds de Dieu, mais cet amour de Toraison ne l'empêchait pas de remplir avec activité ses multiples emplois. Le fier gentilhomme d'autrefois, humble aujourd'hui comme un petit enfttnt, unissait à la charge de cuisinier celle de boulanger. Un jour ^jant oublié de mettre du levain dans sa farine, il tira naturellement du four des pains durs comme le plomb, qu'aucune mâchoire ^^ réussit à broyer. Vitus indigné contre lui-môme d'une pareille Maladresse : « Tu as gâté le pain de la communauté, se dit-il, eh bien, ^Q le mangeras! » Il se réserva donc toute cette malencontreuse fonrnée, ,et tous les jours il pilait dans un mortier, pour sa part de Nourriture, un morceau de ce pain que les chiens auraient refusé. Il ^li eut pour tout un mois. Aussi Dieu combla-t-il de ses dons ce modèle du plus parfait détachement. Au rapport d'Alphonse, qui ne dédaigna pas d'écrire la Vie du bon frère, l'Esprit-Saint le remplissait d'une telle ferveur dans l'oraison que souvent on le voyait ^'iifoqué par ses larmes : « Quand je lui donnais la sainte commu- ^on, ajoute-t-il, je devais attendre pour approcher de ses lèvres '^ sainte hostie qu'il se remit un peu de son émotion, et à peine ^vait-il reçu Notre-Seigneur qu'il éclatait en gémissements et en ^nglots. »

Ainsi parle Alphonse du frère Vitus Curzius. Ce qu*il omet de f^ire remarquer, c'est l'irrésistible impulsion qu'il donnait lui-même P^r sa vie toute céleste à ses heureux compagnons. A cette époque ^t comme pour le récompenser de sa constance au sein des tribulations, Dieu l'embrasa de l'amour le plus ardent. Non loin de la

maison d'Ânastasio se trouvait une grotte solitaire où il se retirait pour se livrer sans distraction à l'étude et à la prière. LA, sur cette belle colline de Scala, au milieu des rochers et des montagnes, en face de la mer dont un pli de terrain lui découvrait Timmensité, son âme s*élevait, ivre de joie, vers le Dieu qui remplissait son cœur, et lui parlait de son amour, de sa congrégation, des pauvres âmes abandonnées. Il suppliait Marie, de Taider à propager partout le règne de Jésus. Puis, afin de ressembler parfaitement au divin Maître, il flagellait son corps et se livrait aux mortifications les plus effrayantes.

C'est une tradition constante parmi les habitants de Scala que la Vierge Marie lui apparut dans celte grotte, dès lors célèbre, et Taida de ses conseils relativement à la congrégation, tradition confirmée par une parole que le saint prononça dans sa vieillesse.. <c L'année qui précéda sa mort, raconte le père J.-B. Costanzo, témoin au procès de canonisation, je lui demandai, après Tavoir confessé, s*il n'éprouvait pas le désir de voir la sainte Vierge au moment de la mort et de se sentir soutenu par elle à l'heure dernière. — Comment la sainte Vierge, me répondit-il, accorderait-elle une t

pareille faveur à un misérable comme moi? — La sainte Vierge, répliquai-je, a daigné faire visite à grand nombre de ses serviteurs : pourquoi n'appa rai trait-elle pas à celui qui a tant travaillé pour sa J

gloire? A cette pensée le visage du saint s'illumina : Écoutez-moi i

bien, me dit-il ; lorsque j'étais jeune encore, je me suis souvent entretenu avec la Mère de Dieu ; elle m'a donné beaucoup de conseils * concernant les affaires de la congrégation. — Et que vous a dit . - ^ cette bonne Mère? demandai-je. — Beaucoup de choses, dit-il, et de bien belles choses. — J'insistai, mais il refusa d'en dire davantage K »)

Jamais Alphonse n'oublia cette grotte bénie, ce cellier mystique, -^

selon l'heureuse expression de Tannoia, où son àme s'enivra du ^

divin amour et puisa cet esprit de pénitence qui caractérisa sa vie '

entière. Aussi quand il retournait à Scala, jamais il ne manquait de '

revoir ce lieu si plein de doux souvenirs. « 0 ma grotte, ma grotte chérie, s'écriait-il avec transport, que ne puis-je vivre sous ton abri comme dans ces heureux jours trop tôt écoulés ! »

On voit par les lettres de Falcoia, datées de cette époque, que le prudent directeur n'avait autre chose à faire qu'à modérer Tardeur de notre saint. Tous les jours Alphonse inventait de nouveaux

1. Déposition du P. Jean-Baptiste de Cos/aw 20, Summaiium, p. 287, { 28.

moyens de crucifier sa chair, mais il ne pratiquait aucune de ses

mortifications sans Tassentiment de celui dont il voulait dépendre

comme de Dieu lui-même. Il le consultait pour les moindres détails;

témoin cette réponse de Falcoia du 31 juillet 1733 : « Par ces

grandes chaleurs on doit procéder avec mesure. Il faut cependant

que votre lit soit fait de manière à pouvoir dormir. Dans le repas

mieux vaut user quelque peu des fruits donnés à chacun, que de

vous en priver totalement. Il est bon de se modérer dans le boire et

d'endurer la soif, mais non pas jusqu'à prendre pour règle de ne

boire qu'une fois à la fin du repas. Je ne veux pas non plus que vous

armiez votre discipline de pointes aigués. Je vous bénis, mais non pas

ces immoderatezze que vous délaisserez par esprit d'obéissance. » Et

le pénitent, persuadé que robéLssance vaut mieux que le sacrifice, se

soumettait avec la docilité d'un enfant.

Avec le mois de septembre s'ouvrait la période des missions. Accompagné de Sarnelli et de deux prêtres auxiliaires, Alphonse se rendit d'abord à Raito, petit village maritime du diocèse de Cava. Leurs travaux furent couronnés d'un plein succès. « Béni soit Dieu I avec le secours de sa sainte grâce, écrivait Falcoia, la mission de Raito a produit des fruits excellents. » De Raito, Alphonse se rendit ^ Benincasa, où la moisson ne fut pas moins abondante. Ces deux premiers succès dissipèrent les préventions de Tévèque d'Amalfi, gui avait, on ne sait pour quelle cause, interdit aux nouveaux missionnaires l'entrée de son diocèse. Non seulement il leur en ouvrit les portes, mais il les supplia d'évangéliser cette année-là même plusieurs villages de la côte. Sur ses instances, ils passèrent les mois de novembre et de décembre dans les trois \'illages de Saint- I-azare, de Campola et de Vommerano. Partout ils furent reçus par les populations comme des anges de Dieu, et partout ils opérèrent dans les âmes une transformation si profonde que ces braves campagnards, après la mission, ne se reconnaissaient plus.

On s'étonnera peut-être de voir quatre missionnaires prêcher dix ou quinze jours dans des villages de quelques centaines d'habitants, mais il faut se rappeler que les hommes de Dieu devaient poursuivre pour ainsi dire l'une après l'autre ces pauvres âmes éparpillées sur les montagnes, instruire les petits enfants, apprendre aux adultes les vérités nécessaires au salut, combattre les passions et les vices, et passer de longues heures à entendre les confessions g^énérales de presque tous les pénitents. Ajoutez que partout on rencontrait des prêtres vivant au sein de leurs familles et n'exerçant aucun ministère paroissial. Quand ils se trouvaient en nombre

suffisant, un des missionnaires leur prêchait les saints exercic<< dont ils n'avaient pas moins besoin que les fidèles. De plus, noi saint ne se contentait pas de remettre les âmes dans la voie c7 ^ salut, mais il les exerçait à la vie de piété en les habituant à /-^ prière, à Toraison mentale, à la visite au saint Sacrement; prati "^ ques qui, se perpétuant après la mission, assuraient, avec la fré--'^^ quentation des sacrements, la persévérance de tous ces convertis. On ne saurait imaginer la révolution que Fheureux succès de ces premiers travaux apostoliques produisit dans les diocèses de Cava et d'Amalfi, et même à Naples, où Ton comprit enfin le but particulier de l'institut. Dans un séjour qu'Alphonse fit à la capitale au commencement de 1734, non seulement il n'entendit plus les plaintes et les accusations accoutumées, mais déjà beaucoup de prêtres et de personnages éminents, désabusés par l'éloquente apologie de Sarnelli et plus encore par les résultats inattendus de ces premières missions, exaltaient le nom de l'héroïque fondateur. Plusieurs jeunes gens sollicitèrent leur admission dans la congrégation. Évidemment aux jours d'orage allaient succéder des jours de calme, et tout faisait espérer que Dieu bénirait Fentreprise de son zélé serviteur. Encouragé par ce revirement de Topinion, Alphonse accepta une seconde fondation^ qu'un de ses admirateurs, Tévêque de Cajazzo, réclamait depuis longtemps.

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