‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 55 sur 190 · LeUre du 20 mars · texte numérisé non relu

LeUre du 20 mars

2. Quand la communauté se fut accrue, don André abandonna le Tignoble entier.

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d^ tout son pouvoir rarrivée des missionnaires, mais le saint ne put so rendre à son désir qu'après la saison des missions. Il évangélisa pendant l'hiver le village de Treglia et de Recala, renouvela les o^kzercices donnés à Dragon! Tannée précédente, et retourna au comnd^CDcement de 1736 à la Villa des Esclaves pour fixer le personmel de ses trois établissements avant de prendre possession de CHîorani.

Hélas! il osait à peine penser à ce personnel si pauvre, surtout qia'à ce moment son noviciat venait de sombrer. C'était bien le pëésillus grex de TÉvangilc. Le père Sarnelli, fixé à Naples, s'occupait cl'tine œuvre dont nous parlerons à la fin de ce chapitre. Il ne restait donc que six pères et trois frères. La maison de Scala conserva Pietro Romano comme supérieur, le père Marocco, récemment ordonné, et le frère Vitus Curzius. Mazzini devint supérieur de la Villa des Esclaves, ayant Sportelli comme aide et un certain frère \ndpea pour le service de la maison. Alphonse prit avec lui le père Rossi et le frère Rendina.

Le 5 mars, les trois voyageurs, montés sur de pauvres ânes mal enhapnachés, firent leur entrée solennelle à Ciorani. On se souvenait encore du missionnaire qui, deux ans auparavant, avait tant édifié la population par ses instructions comme par ses vertus. Des vivats, des acclamations, des décharges de mousqueterie saluèrent son arrivée. De tous côtés on entendait retentir ce cri poussé par la foule : « Ecco ilsanto^ Voici le saint, voici le saint! » Escorté du dergé et du peuple, Alphonse se rendit, au son des cloches, à l'église paroissiale. A la vue de ces multitudes accourues du village €l des pays voisins, il monta en chaire et prit pour sujet de son allocation le but sublime qui l'amenait dans le diocèse de Salerne. ^mrae Jésus, il n'avait d'autre désir que de sauver les âmes. Emporté par son zèle, il parla sur ce thème durant une heure avec tant de force et de tendresse qu'il tira des larmes de tous les yeux. U cérémonie terminée, le baron in\ita les missionnaires à se rendre au château pour s'y reposer de leurs fatigues, mais le saint ne put s y arrêter qu'un instant, car on vint lui dire que les malades «t les infirmes réclamaient ardemment sa visite. N'écoutant que sa charité, il alla ce soir-là même porter à ces affligés quelques paroles de consolation.

Le lendemain, les notables et les curés des environs vinrent lui souhaiter la bienvenue. Tous se félicitaient de posséder enfin ces hommes de Dieu si longtemps désires, mais le plus heureux en cette circonstance était sans contredit le vénérable pasteur de la pa-

roisse, don Agaello Gaudiello. A sa prière, Alphonse ouvrit aussit^ les exercices d'une mission, qui furent suivis non seulement pa les habitants de Ciorani, mais par ceux des localités voisines. L*^ g-lise se trouva trop étroite pour contenir les auditeurs. La paroi du saint fit sur tous une profonde impression. A le voir si pauvre si humble, si zélé pour leur salut, ils ne purent s'empêcher de rentre en eux-mêmes et de se frapper la poitrine.

Après cette mission, qui produisit des fruits abondants, les père furent les maîtres du terrain. Le saint fondateur en proGta pou établir dans l'église paroissiale les exercices de piété quotidiens comme il l'avait fait à Scala et à la Villa des Esclaves. Le peupl s'y montra si assidu que le ministère des pères prit la forme d'un continuelle mission. Ils entendaient les confessions du matin jus qu'au soir, et souvent, après avoir attendu leur tour pendant c longues heures, les pénitents devaient remettre leur confession F lendemain. On arrivait à l'église avant l'aube, si bien que le bc curé Gaudiello, infirme et souffreteux, était sans cesse réveillé p-» les bruits de la foule et ne goûtait plus aucun repos. Par pitié po lui, Alphonse transporta les exercices de la vie pieuse dans Yéglm Sainte-Sophie, contiguë au château seigneurial.

En peu de temps, Ciorani fut transformé. A voir les habitudes piété qui régnaient dans toutes les familles, on eût dit un villa, des premiers siècles. On n'y connaissait ni querelles ni rancuna on n'y rencontrait ni libertins ni ivrognes. Au lieu de chansc: obscènes, jeunes gens et jeunes filles répétaient à l'envi les cm . tiques que le saint leur avait appris. Sur le chemin, les habitas se saluaient par ces mots : « Loués soient Jésus et Marie », sais formule que les enfants apprenaient à bégayer sur les genoux leur mère, et qu'ils étaient heureux d'adresser ensuite aux vrm sionnaires pour leur montrer qu'eux aussi aimaient Jésus et Mac

Les pères n'avaient jusque-là pour tout logement que d^ grandes salles dans une partie délabrée du château. Les voyant tr" à l'étroit, le baron leur céda deux autres pièces, séparées des pr< mières par un passage non couvert, et clôturées par de simple planches laissant libre accès au vent et à la pluie. Pour combl d'agréments. Tune de ces deux chambres avait au-dessus d'ell un cabaret, et l'autre un cachot. On comprend combien c voisinage favorisait l'étude et le recueillement. L'ameublemei était plus que pauvre, la nourriture plus que frugale, mais qi venaient chercher Alphonse et les siens dans cet humble villa^ sinon la pauvreté et la mortification de Jésus-Christ? Le Dieu c

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l'iiutel daignait habiter avec eux ce nouveau Bethléem: de quoi a.vraient-ils pu se plaindre?

Mais le peuple souffrait de voir ces infatigables travailleurs logés si misérablement et hâtait de tous ses vœux la construction de Tég^lise et du couvent. Au mois de juillet, le baron céda le terrain nécessaire à la bâtisse. « L'excellent seigneur, écrivait notre saint, nous fait mille avances. Il nous donne un superbe emplacement pour y bâtir couvent et église; il nous fournit même du bois, de la chaux et des ressources pour commencer les travaux. » Comme à la Villa des Esclaves, le peuple, lui, fournit ses bras. Des hommes, des femmes de toute condition, des ecclésiastiques, et les fils même du baron, se mirent à transporter des pierres et du sable. Aux g-ens du pays s'unirent les habitants des villages voisins, désireux de montrer aux pères leur sympathie et leur reconnaissance. Rossi dirigeait tous ces travailleurs volontaires avec non moins d'habileté que d'entrain.

D'après le plan tracé par le saint fondateur, les bâtiments devaient, comme à la Villa des Esclaves, avoir d'assez vastes proportions pour loger, non seulement les pères et les novices, mais encore les prêtres et les laïques qui désireraient faire dans cette maison les saints exercices. Aussi fallut-il vingt ans pour se procurer les ressour- <^s nécessaires à l'entier achèvement de cette fondation. Deux années saffirent à peine pour élever l'aile principale du couvent et la chapelle qui servit d'église provisoire.

Pendant ce temps Alphonse prêchait des retraites aux prêtres et ^Ux laïques dans la grande salle du château , que le baron mit à ^ disposition. C'est là qu'il évangélisa les gentilshommes de San- *>everino et d'autres pays voisins qui réclamèrent cette faveur signalée. Plusieurs, dociles à ses exhortations, renoncèrent aux plaisirs de la vie mondaine, et devinrent par leur piété les modèles ^e la contrée. Ciorani devint ainsi un centre de récollection, surtout pendant le carême et la semaine sainte. Le fondateur prêchait aussi ies retraites ecclésiastiques dans les localités voisines. Dieu se plaisait à verser sur ces réunions pieuses ses plus abondantes bénédictions, et quelquefois à manifester sa justice par des faits saisissants.

Lops d'une retraite donnée à Torchiati, dit Tannoia, il arriva

qu un prêtre scandaleux, au lieu de s'humilier à la vue de ses fautes,

semblait défier le ciel par son caractère orgueilleux et frondeur. En

pariant du péché, Alphonse montra que le prêtre prévaricateur se

rend plus que tout autre indigne de la divine miséricorde parce qu'il

pèche en pleine lumière. Il conclut son argumentation par ce text de saint Jean Chrysostome : « In sacerdotio peccasii, periisti. Vou avez péché dans le sacerdoce, vous êtes perdu. » A ces mots, le mal heureux prêtre, ne pouvant plus contenir son irritation, murmur de manière à être entendu des confrères qui Tcntouraient : Neg conseguentiam^. En effet Dieu, dans sa souveraine miséricorde relève le prêtre tombé, mais il voulut montrer qu'il ne faut pa cpiloguer sur les paroles que son divin Esprit met dans la bouch des saints. Le lendemain matin, Tindigne prêtre se rendit à Tauti pour célébrer la sainte messe. Il fit le signe de la croix, articul la première parole : « Jtulica me, Deus^ jugez-moi, mon Dieu, » i tomba raide mort. Dieu tirait immédiatement la conséquence audacieusement niée.

Les exercices spirituels et la construction du couvent ne faisaiei pas oublier à notre saint Tœuvre capitale des missions. L'arche véqa de Salerne avait autorisé les missionnaires à prêcher dans toutes U paroisses de son diocèse, en même temps qu'il invitait tous les curà les recevoir comme de précieux collaborateurs. C'était donc ■ champ immense que la maison de Ciorani devait cultiver et cultien eiïet sans jamais se lasser. Jamais elle neut assez de sujets poM satisfaire aux demandes des pasteurs. Quelques-uns pourtant reçurcE les pères d'assez mauvaise grâce ou même refusèrent leur concou mais Dieu se chargea souvent de les punir. Un jour, à la date fiiB pour l'ouverture d'une mission, Alphonse se présenta chez le cujm celui-ci se trouvait sur le seuil de la porte. Sans inviter le missifli naire à descendre de son Ane, il refusa nettement de le recevcNpuis, craignant sans doute l'archevêque, il s'efforça de pallier Vzii convenance de sa conduite en ajournant la mission à une autre é^ que. « A la date que vous axez, lui répondit gravement AlphoiB. ^ la mission ne sera pas possible, parce que vous ne serez plus al^ en état de nous appeler. » Le curé ne comprit pas le sens de ce// parole mystérieuse^ mais Dieu lui en donna bientôt lexplication :iï mourut, bien que très jeune, avant le jour qu'il avait lui-mèoie désigné pour l'ouverture des saints exercices.

En cette année 1736, quand arriva la saison des prédications, Alphonse eut à gémir, non plus sur le petit nombre d'ou\Tiers apos* toliques, mais sur un dénûment absolu. Avec ses trois maisons presque vides, il se trouvait seul pour commencer l'évangélisatioD de Tarchidiocèse de Salerne. « Comment allez-vous faire pour voui

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