‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 70 sur 190 · TaDDOia, Ht. II, chap. xvi · texte numérisé non relu

TaDDOia, Ht. II, chap. xvi

premiers jours de 1744, mais déjà les miséricordes de Marie, mère, Ty avaient précédé. La veille de son arrivée, un jeui homme, tenté de commettre pendant la nuit une action criminel! éprouva comme un sentiment de lionte en jetant les yeux sur s< scapulaire. Il s'en dépouilla et allait le déposer dans un creux i la muraille, lorsqu'il se sentit fortement tiré par le bras. Saisi < terreur, il remit son scapulaire autour de son cou, et s'enfuit ha de sa chambre. La nuit suivante, la sainte Vierge lui apparut « Malheureux enfant, lui dit-elle, tu respectes mon scapulaire, tu ne crains pas d'offenser mon divin Fils! Demain le père Alphon. viendra prêcher la mission : va lui confesser tes péchés et remel toi dans le chemin de la vertu. » Le jeune homme n'avait jama entendu prononcer le nom d'Alphonse ; il ignorait également qu fût question d'une mission à Nocera. Intrigué de ce songe qu'il r savait comment interpréter, le malheureux alla trouver un de^ pour lui en demander Texplication ; mais il avait à peine co" mencé son récit que le devin lui dit en l'interrompant : « Sav« vous que le père Alphonse arrive aujourd'hui pour commencermission? » A ces mots, le jeune homme comprit que le songe éfl un avertissement du ciel. Il laissa le sorcier et courut après Thom : de Dieu pour lui raconter sa singulière aventure. Le saint ne ] l'écouter sans verser des larmes : « Ainsi donc, mon cher enfa.i lui dit-il, c'est ma bonne Mère qui vous envoie près de moi. » jeune homme, très ému, fit une confession de toutes ses fautes dès lors fidèle aux résolutions dictées par l'excellent guide <3 la sainte Vierge lui avait choisi, il rentra dans le droit chemin pc n'en plus sortir.

Un pareil début présageait de grands succès. En effet, aux paro siens de Saint-Mathieu s'adjoignirent les habitants des villages v< sins, de manière que dix mille âmes au moins profitèrent de mission. Alphonse ébranla si fortement ses auditeurs qu'il parvii à détruire des abus graves et invétérés, à éteindre des haines in placables, et même à opérer de nombreuses et importantes restitï tions. Des concubinaires, scandale de la population, se remiren en se mariant, dans la grâce de Dieu. Des pécheurs publiqueme impénitents quittèrent leur vie criminelle pour vivre en chrétiei Des jeunes gens, des jeunes filles, des ecclésiastiques, abandonn rent le monde et embrassèrent la vie religieuse. A Saint-Mathi ainsi qu'à Angri et partout, Alphonse établit la pratique de 1 raison mentale en commun, la récitation du rosaire, et la fi quentation des sacrements comme moyen de persévérance. A

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d'exciter daiis tous les cœurs une dévotion plus vive envers la

i*iàinte Vierge, il demanda qu'on érigeât dans Téglise, aux frais des

|>aroissiens, la statue de Notre-Dame des Sept Douleurs. Aussitôt

les dames apportèrent leurs bijoux les plus précieux avec tant

d* empressement et de générosité que, la statue payée, on put

a-ppliquer un excédant considérable au soulagement des pauvres.

Alphonse avait eu pour collaborateurs ses confrères de Pagani,

et entre autres le père Bénigne Giordano. Épuisé sans doute par les

fatigues précédentes, ce jeune père, âgé seulement de trente-quatre

ans, tomba malade dès les premiers jours de la mission. On le

transporta dans la chambre qull occupait chez Cantaldi, et c'est là

que, le 21 janvier, calme et résigné, il rendit à Dieu son àme

ÎDQocente. Il n'avait vécu que deux ans dans l'institut, mais ses

joars étaient des jours pleins. Riche en mérites, il alla, le premier

des pères, rejoindre au ciel l'angélique Gaudiello. Au moment du

départ, il laissa pour tout adieu à ses confrères cette parole de saint

ï*aul, qui résume Tidée-mère de Tinstitut : Revêtez-vous de Notre-

^^^igneur Jésus-Christ, Induimini Dominum nostrum Jesum Chris-

Le saint voyait disparaître un de ses bons ouvriers, mais il aurait ^Va mauvaise grâce de s'en plaindre à Dieu, car cette dernière ^•-^»mée lui avait amené plus de vocations que les dix années précé- ^^«ntes. A la suite des missions de Salerne, et surtout de Nocera, dix I^ostulants, la plupart déjà prêtres, entrèrent au noviciat de Ciorani. ^«rmi eux nous devons citer le père Carminé Fiocchi, du diocèse de Jeme, qui devint une des colonnes de la congrégation. Son père, l-^Xîteur en droit et successivement gouverneur de plusieurs cités, -"^ait envoyé le jeune Carminé, Talné de la famille, aux écoles de >^^ples, où bientôt il éclipsa tous ses condisciples. Mais sa piété ^^ *oissait avec sa science, et bientôt, au grand déplaisir de ses pa- ^*^^nt8, il revêtit l'habit ecclésiastique. Ordonné diacre, il fréquenta *^ maison de Ciorani, dont il n'était éloigné que de quatre milles, ^*8oudain, attiré par les vertus d'Alphonse, il résolut de se donner ^<^ut à Dieu. De crainte d'avoir à lutter contre son père, il entra au ^^ouvent sans avertir ses parents. Ceux-ci essayèrent de le ramener "Perdes caresses; mais voyant que ce moyen ne réussissait pas, le "père fit un appel au roi, sous prétexte que son fils avait diï être déduit ou violenté pour avoir pris un parti si contraire aux intenta de sa famille. Un décret royal prescrivit au jeune Fiocchi de L ^ transporter dans un monastère de Salerne afin d'y examiner plus

\ taùrement sa vocation. Il obéit, mais il résista aux sollicitations.

2m APOTRE ET FONDATEUR.

aux objurgations, aux menaces, et rentra au couvent de Ciorai où il prit rhabit le 9 mai 1743.

Un mois plus tard, arrivait au noviciat un jeune sous-diacre d^ Nocera, Biaise Amarante, ange de piété et de vertu. Enfant, i: n'avait connu que sa maison, Téglise et Técole. Pour lui, point cf» ^ jeux, point de conversations profanes, mais la prière et Tétude ^ Pendant qu'un fléau terrible décimait la population, on voyait 1^ J jeune Amarante rassembler ses compagnons et parcourir à leuc^ tête, une grande croix à la main, les rues de la ville, en cbantantB^ de pieux cantiques et en invitant le peuple à faire pénitence. DevenuK^ clerc, il s'occupait de la sacristie de Saint-Félix quand Alphonse^ prêcha la mission dans cette paroisse. Dès lors il comprit que bienM-

Tappelait à faire partie de l'institut, et, le lendemain de son ordi

nation au sous-diaconat, au lieu de retourner chez ses parents, il J prit la route de Ciorani.

Un de ses intimes amis de Nocera, Bernard Tortora, docteur dans «ss l'un et l'autre droit, ne tarda pas à l'y suivre. Il avait aussi connu .« Alphonse à la mission de Saint-Félix, et son souvenir ne l'avait^ jamais quitté. L'attraction exercée par l'homme de Dieu fut si puis — santé que, pour le suivre, le jeune lauréat sacritia toutes les espé — rances que le monde lui faisait concevoir. On peut en dire autanV' de don François Sanseverino, jeune homme de vingt ans, de nobles naissance, d'une science remarquable, lequel vint, au mois d'août,..* frapper à la porte du novicat.

Pendant la mission, un prêtre, alors âgé de trente-trois ans, nommé Laurent d'Antonio, fit avec beaucoup de ferveur les saints exercices. Sa vie, comme il le raconta lui-même, n'était jusque-U qu'ime suite de chutes. Toujours balancé entre la nature et la grâce, entre le péché et le scrupule, jamais il n'avait su se donner franchement â Dieu. Mais à peine eut-il entendu notre saint, qu'il résolut de briser tout â fait avec le monde et d'entrer dans l'institut. Alphonse ne l'admit qu'après l'avoir éprouvé pendant plusieurs mois. Il fit du reste pour suivre sa vocation un acte héroïque. Sa mère, qui était très pieuse, avait longtemps prié et pleuré pour obtenir à son fils la grâce de mener une vie vraiment sacerdotale. Or, quand vint l'heure de la séparation, la pauvre mère faiblit. Elle le conjura de ne pas la quitter, et supplia si bien ses fils et ses filles de s'opposer à ce départ, qu'au moment de monter en voiture ils se jetèrent à la tête du cheval et s'emparèrent des rênes pour le retenir de force. Mais Laurent, soutenu par la grâce dans ce terrible combat, se dégagea de leurs étreintes, ressaisit les rênes du cheval, et s'élança

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^-eps Ciorani, où il devint un saint religieux et un grand convertisseur.

An commencement de 174i, àla suite de la mission de saint Hatiliieu, le primicier de la cathédrale de Noccra, Jacques de Nola, ]:>ien qu'âgé de quarante-sept ans, supplia le saint de l'admettre au noviciat. A la même époque, un jeune homme de vingt-cinq ans, Cél^stin de Robertis, du diocèse de Salerne, réclama la même faveur. 1 1 appartenait à une famille aussi distinguée par sa piété que par sa noblesse et sa richesse. Son père, docteur en droit, Tavait appliqué & Tétude des lettres. Le jeune de Robertis conquit bien vite le diplôme de docteur m xitroque jure, mais il aspirait à d'autres luttes c^-^'à celles du barreau. Une retraite qu^il fit à Ciorani décida sa vodr^sition, mais il se vit obligé de retarder quelque temps, à cause de ^^s parents, son entrée au noviciat. Alphonse soutint son courage fi» ^r deux lettres admirables sur l'obligation de se faire violence. t< Mt-on déplaire à tous les parents du monde, lui dit-il, qu'iml^z^^orte, si Ton plaît à Dieu et si Ton met son âme en sûreté?* » Un an f^.f)rès, le jeune de Robertis entra au noviciat et devint un des embres les plus distingués de la congrégation. A cette phalange de nouveaux ouvriers, accourus pour travailler sous la conduite d'Alphonse à la vigne du Seigneur, joignons un fx^re laïque, Antonio Romito, de Naples, qui vécut soixante-trois ^ns dans la congrégation, fut l'inséparable serviteur et compagnon A' Alphonse depuis son épiscopat jusqu'à son dernier soupir, et l'un des principaux témoins au procès de béatification. Ce brave Napolitain, admis au noviciat en 1744, mourut en 1807, à l'Age de quatre- ^gt-cinq ans.

Quand le saint, au printemps de 1744, rentra au couvent de

Ciorani, il trouva ces nouvelles recrues, fruits de ses prières et de

son zèle, s'exerçant dans la retraite aux vertus religieuses sous la

conduite du père Cafaro, qu'il avait nommé maître des novices. Les

disciples répondaient aux soins d'un tel maître, et couraient plutôt

qu'ils ne marchaient dans le chemin du détachement et de l'amour

divin. « Quand j'entrai au noviciat, disait plus tard le père Tortora,

témoin au procès de béatification, les sujets de la congrégation

étaient encore peu nombreux, mais tous étaient de grands serviteur?

de Dieu. » Pour les unir plus parfaitement encore à Notre-Seigneur,

Alphonse composa vers cette époque les Visites au saint Sacrement

et à la sainte Vierge^ ainsi que les Traits de feu^ s'efforçant de

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