‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 169 sur 227 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

LE RECTEUR MAJEUR (Suite) 1756-1702

Gouvernement du studendat. — Les sciences sacrées. — Idées du saint sur la théologie morale et sur la dogmatique. — Choix des professeurs. — Santé des étudiants. — Vertus qu’ils doivent cultiver. — Quatre modèles : Jérôme Ferrazzano, Xavier de Gattis, Félix Cancer, Dominique Telesca. — Dispense des vœux. — Expulsions. — Histoire de Maur Murante. — Conduite d’Alphonse à l’égard des missionnaires.

L'année du noviciat terminée, les jeunes profès consacraient sept années à l'étude des sciences ecclésiastiques. La période des études est dure partout, mais surtout au couvent, où le jeune homme doit combiner l'amour de la science avec l’amour de l’oraison, les travaux intellectuels avec les exercices de la vie religieuse. Que de tentations pendant ces sept longues années, que de pénibles mortifications, de déconvenues dans les cours, de sécheresses et d’aridités dans la prière, de souffrances corporelles, d’assauts peut-être de la part des parents! Combats au dehors, angoisses à l’intérieur, forts pugnae, intus timorés, disait saint Paul, et nombre d’étudiants pouvaient s’approprier cette maxime, alors qu'il fallait combattre les ennemis de la vocation en même temps que la violence des passions. Alphonse avait grande pitié de ces jeunes plantes, encore si frêles, qui devaient croître au milieu des orages. Tout en surveillant la formation de leur esprit, il s’attachait plus encore à fortifier leur volonté par la pratique des vertus religieuses, seul moyen d’assurer leur persévérance.

Le saint fondateur voulait que les missionnaires possédassent à fond les sciences nécessaires à leur état de prédicateurs et de convertisseurs. « 11 faut exercer les facultés intellectuelles, dit-ii dans sa règle, et ne pas ressembler à ceux qui, vivant dans la pa-

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LA CROISADE DU SALUT

resse, ne craignent pas de tenter Dieu. Dieu n’est pas obligé de faire des miracles. Il faut donc user de notre intelligence comme si la conversion des âmes dépendait de nous seuls, et mettre en Dieu notre confiance comme si nous ne pouvions rien de nous-mêmes. En effet Dieu fait tout par sa grâce, mais il se sert de nos facultés comme de moyens pour arriver à ses fins. Il veut donc que nous employions à sa grande œuvre toute l’intelligence et toutes les forces qu’il nous a départies. Autrement il nous privera de son secours et nous traitera comme des serviteurs inutiles, paresseux, dignes du feu éternel. Le missionnaire s'appliquera donc constamment à l’étude et passera sa vie dans les livres, afin de posséder à fond les sciences qui ornaient l’âme de notre divin Maître et très saint Rédempteur l. »

Ces sciences auxquelles les scolastiques s’appliquaient pendant leurs sept années d’études, c’étaient exclusivement les sciences sacrées. Le cours de philosophie , préparation nécessaire à la théologie, durait au moins deux ans; le cours de théologie dogmatique, conjointement avec les notions générales de l’histoire de l’Église, trois ans; le cours de théologie morale, conjointement avec les institutions de droit canonique, deux ans. Quant à la sainte Écriture, le saint voulait que ses missionnaires l’eussent toujours dans les mains. Prédicateurs de la parole de Dieu, ils doivent se nourrir journellement de cette divine parole. Les novices eux-mêmes, qui d’après la règle s’abstiennent de toute étude pendant l’année de probation, sont néanmoins tenus de lire et même d’apprendre par cœur certaines parties des épltres canoniques ou des livres sapientiaux.

L’attention d’Alphonse se concentra principalement sur la théologie morale , la science qu’il regardait comme la plus nécessaire aux missionnaires et aussi la plus difficile. 11 composa son grand ouvrage, comme il le dit lui-même dans sa préface, parce qu’aucun des manuels existants ne lui paraissait convenir à ses étudiants. Il les trouvait trop longs ou trop courts, trop laxes ou trop rigides. Il recommandait sa Morale aux missionnaires et l’enseignait à ses élèves. « Pesez attentivement, dit-il à ses religieux, ce que j’ai écrit au prix de tant de travail, de recherches et de fatigues. Cet ouvrage, mes frères, je ne l’ai pas composé pour m’attirer des louanges : si je n’avais dû en retirer qu’un peu de cet te fumée qu’on appelle la gloire, volontiers je me serais épargné ce tra-

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