Corrispondenza generale , I, page
LA CROISADE DU SALUT
parler sincèrement, je suis grandement scandalisé de voir un prêtre italien, imbu des préjugés français, rejeter une doctrine que Bellarmin, Bannez et Suarez regardent comme proxima fidei pour en adopter une autre que le même Bellarmin déclare « erronée et voisine de l’hérésie ». Est-ce en cela que consiste le probabiliorisme, à regarder comme plus probables les opinions qui confinent à Thérésie? En voilà assez là-dessus, mais, en tout cas, si vous gardez cette opinion, ne dites jamais qu’elle est vôtre, parce que l’un ou l'autre de nos jeunes gens pourrait s’appuyer sur votre autorité pour la regarder comme probable1. »
En bon religieux, Rizzi tint compte de l’avertissement. Hais Alphonse rencontrait parfois des têtes moins dociles. Il s’était adjoint à Nocera comme répétiteur des étudiants moralistes un père de grande capacité, nommé Vincent Striano. Encore jeune, ce religieux se laissa tenter par le démon de l’orgueil, se complut dans ses talents, rechercha les applaudissements, et tout naturellement se dégoûta de la piété. Les observations qu’on ne manqua pas de lui faire, l’irritèrent au lieu de le corriger. Il en vint, par gloriole, à combattre les doctrines morales d’Alphonse et à mépriser les auteurs les plus sages pour vanter les plus rigoristes et leurs systèmes. Après avoir essayé longtemps et vainement de le faire rentrer en luimême, le saint fondateur lui enleva sa charge, lui défendit de confesser, et l’envoya professer les humanités à Ciorani. Trop plein de lui-même pour supporter cette humiliation, il déclara qu’il ne pouvait accepter ce déplacement, parce que sa famille habitant Nocera, il avait besoin de l’assister dans un procès important. « Mon fils, lui dit Alphonse, vous persistez dans votre obstination, vous ferez une fin malheureuse. » Exclu de la congrégation, Striano retourna chez ses parents, d’où il entendait à chaque instant la cloche du couvent sonner les exercices et lui rappeler sa vocation perdue, ce qui le jeta dans une espèce de désespoir. Bientôt un affreux cancer lui rongea la figure et lui causa de telles douleurs que, ne trouvant de repos nulle part, il courait dans les rues en poussant des hurlements. Alors, confus et repentant, il reconnut ses erreurs, et demanda pardon au saint fondateur. Sur le point de mourir, il supplia en grâce qu’on le réintégrât dans la congrégation et qu’on l’ensevelit avec les religieux du couvent, ce qui fut accordé par le père Villani, alors vicaire général.
Tous ces faits prouvent combien Alphonse tenait à la pureté de