POUR UNE MASCARADE
Le jour que je naquis on vit pleuvoir du sel : Le soleil, en faisant son tour universel, De la soif qu'il souffrit but quasi toute l'onde. Et pensa d'un seul trait avaler tout le monde*
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RAILLERIE A PART
De là sont provenus tant d*abîmes sans eaux^ De là sont dérivés tant de rouges museaux.
Qui d'un gosier ardent, que rien ne désaltère. S'occupent sans relâche au bachique mystère ; L'air, beaucoup plus en feu qu'au temps de Ph^éton, En cracha sur sa barbe aussi blanc que coton. Et la nuit de devant on vit avec merveille Briller une comète en forme de bouteille, Pour présage certain, non de mortalité, Gomme les autres sofit, mftis de pleine santé : J'entends de ces santés que l'on fait à la table. Et par qui l'homme est dit animal raisonnable. Ce beau mignon Troyen, ce sommelier des dieux. Avec la jeune Hébé, versant à qui mieux mieux. Se lassèrent les bras à leur remplir la coupe, Et Jupiter en fut ivre comme une soupe.
Le grand matin céleste en devint enragé.
Le sucre de Madère en poivre fut changé.
Les gigots de mouton en jambons de Mayence ; La terre eut le hoquet : elle en cria vengeance. Et la nature même, en ardeur s'exaltant.
Se vit prête à mourir de la mort de Roland ; Si bien qu'à mon exemple, ainsi que dit l'histoire. Partout à gueule ouverte on demandait à boire.
A BOIRB I À BOIRB 1
SONNET
Assis sur un fagot, une pîpe^à la^main.
Tristement accoudé contre une cheminée.
Les yeux fixés vers terre, et Tàme mutinée.
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.
L'espoir qui me remet du jour au lendemain, Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée.
Et, me venant promettre une autre destinée.
Me fait monter plus haut qu'un empereur romain.
Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre. Qu'en mon premier état il me convient descendre, Et passer mes ennuis à redire souvent :
Non, je ne trouve point beaucoup de différence De prendre du tabac à vivre d'espérance.
Car l'un n'est que fumée, et l'autre n'est que vent.
SONNET
Voici le rendez-vous des enfants sans souci.
Que pour me divertir quelquefois je fréquente. Le maître a bien raison de se nommer la Plante, Car il gagne son bien par une plante aussi.
RAILLERIE A PART
Vous y voyez Bilot pâle, morne et transi, Vomir par les naseaux une vapeur errante ; Vous y voyez Sallard chatouiller la servante, Qui rit du bout du nez en portrait raccourci.
Que ce borgne a bien plus Fortune pour amie Qu'un de ces curieux qui, soufflant Talchimie^ De sage devient fol, et de riche indigent I
Celui-là sent enfin sa vigueur consumée.
Et voit tout son argent se résoudre en fumée ; Mais lui, de la fumée il tire de l'argent.
SONNET
Me voyant plus frisé qu'un gros comte allemand. Le teint frais, les yeux doux, et la bouche vermeille, Tu m'appelles ton cœur, ton âme, ta merveille, Et me veux recevoir pour ton plus cher amant.
Tu trouves mon maintien si grave et si charmant. Tu sens à mes discours un tel goût en Toreille, Que tu me veux aimer d'une ardeur nonpareille. Où désormais ta foi sera le diamant.
Pour me donner un nom qui me soit convenable.
SAINT-AMAJWT
Cloris, ton jugement est plus que raisonnable. Quand tu viens m'appeller un miroir à putains.
Je n'en refuse point le titre ni l'usage ; Il est vrai, je le suis, tes propos sont certains. Car tu t'es bien souvent mirée en mon visage*
SONNET
Vos attraits n'ont plus rien que Tépée et la cape ; Votre esprit est plus plat qu'un pied de pèlerin; Vous pleurez plus d'onguent que n'en fait Tabarin, Et qui voit voire nez le prend pour une grappe.
Vous avez le museau d'un vieux limier qui lappe, L'œil d'un cochon rôti, le poil d'un loup marin, La chair d'un aloyau lardé de romarin.
Et l'embonpoint d'un gueux qui réclame Esculape.
Vous portez comme un cul longue barbe au menton, Votre corps est plus sec que le son d'un teston * ; Vous berçâtes jadis l'aïeul de Mélusine.
Pièce de cabinet, quittez notre quartier, Et, prenant pour jamais congé de la cuisine.
Qu'on ne vous trouve plus, sinon chez Dumonstier *.
RAILI.EHIË A PART I o3
SONNET
Entrer dans le bordel d*une démarche gray.e^ Comme un coq qui s'apprête à jouer de Tergot ; Demander Janoeton, faire chercher Margot Ou la jeune bourgeoise^ à causa qu'elle est bravQ ;
Fureter tous les trous, juqu'au fond de la cave, Y rencontrer Perrette, et, daubant du gigot, Danser le branle double au son du lalrigot * ; Puis y faire festin d'une botte de rave ;
N'y voir pour tous tableaux que quelque vieux rébus, Ou bien quelque almanach qui sema ses abus L'an que Pantagruel déconfit les andouilles ;
Et, du haut jusqu'au bas, pour tous meubles de prix. Qu'une vieille paillasse, un pot et des quenouilles : Voilà le passe-temps du soudard de Gyprîs.
SONNET
Je viens de recevoir une belle missive De la nymphe qui prit mon âme au trébuohet, Et qui, scellant mon cœur de son divin cachet, Y voulut imprimer son image lascive.
Il me fâche déjà que cette heure n'arrive Où je dois embrasser sa taille de brochet.
Et jamais vérole, tapi dessous l'archet *, En suant ne trouva Thorloge si tardive,
Phœbus, va-t'en soûler tes paillards appétits Dans les bras amoureux de la belle Thétis :
Elle se plaint qu'au ciel trop longtemps tu demeures.
Nuit, couvre l'univers de ton noir balandran *, Et, puisque j'ai le mot justement à six heures. Amour, conduis l'aiguille au milieu du cadran.
SONNET
Fagoté plaisamment comme un vrai Simonnet *, Pied chaussé, l'autre nu, main au nez, l'autre
[en poche, J'arpente un vieux grenier, portant sur ma caboche Un coffin * de Hollande en guise de bonnet.
Là, faisant quelquefois le saut du sansonnet *, Et dandinant du cul comme un sonneur de cloche^ Je m'égueule de rire, écrivant d'une broche.
En mots de patelin, ce grotesque sonnet.
RAILLERIE A PART I05
Mes esprits, à cheval sur des coquecigrues.
Ainsi que papillons s'envolent dans les nues^ Y cherchant quelque fin qu'on ne puisse trouver.
Nargue: c'est trop rêver,c'est trop ronger ses ongles; Si quelqu'un sait la rime, il peut bien l'achever...