‹ Saint-Antoine de New Bedford, Mass. [microforme]Chapitre 16 sur 25 · R. M. HORMISDAS DESLAURIERS · texte numérisé non relu

R. M. HORMISDAS DESLAURIERS

Le curé de Saint-Antoine est âgé de cinquante-un ans. Il naquit en 1861, à Sainte- Thérèse, comté de Terrebonne, P. Q.

Son père était un entrepreneur-charpentier, à qui on doit la construction de plusieurs églises et autres édifices remarquables. C'est de lui, sans doute, que son fils hérita du goût pour les splendeurs de l'architecture et son vif a:our des belles églises.

Il tint de sa mère une santé délicate, beaucoup d'initiative, une vivacité toujours en éveil, une sensibilité de cœur et de nerfs qui lui rendirent le dévouement et les enthousiasmes faciles.

Né à la porte du Séminaire de Sainte-Thérèse, il put y faire.ses études sans presque quitter la maison. Il y étudia même la théologie, et fut ordonné, en 1885, par Mgr Fabre.

Son premier apostolat consista à surveiller la récréation des élèves du Collège: le consolant ministère d'un maître de salle! Comme diversion il ajoutait à cette besogne celle d'un cours accessoire, —d’anglais, si je ne me trompe—ce qui lui permettait d'apprendre en l'enseignant une langue pour laquelle il n'avait qu'un goût relatif.

Enfin le vicariat arriva! Son archevêque envoya M. Deslauriers à Chambly, chez le vénéré M. Lesage,

Après vingt-cinq ans, le curé de Saint-Antoine parle encore de Chambly en termes qui en disent long sur les consolations qu'il éprouva dans son premier ministère paroissial, et sur les vertus du curé qui l’initia à ses fonctions sacrées. Malheureusement le climat n'allait pas à sa santé débile. Pour refaire ses forces, il demanda de passer aux États-Unis, tout en gardant l'espoir de reprendre un jour son travail au milieu des siens.

Dieu en disposa autrement.

En 1888, il entrait chez le R. M. Dauray, au Précieux-Sang, de Woonsocket, R. I. C'était

alors l'unique paroisse canadienne-française de cette ville, très importante par le nombre des fidèles et des œuvres qu’il fallait y mener de front. Sept années durant, le vicaire s'y dépensa généreusement. Malgré ses fatigues, ses entreprises menées à bonne fin, ses courses, ses veilles, ses longues séances au confessionnal, il sentait chaque jour sa santé se fortifier.

Evidemment le climat lui allait. Et comme il vaut mieux, pour la gloire de Dieu, vivre et travailler sous un ciel étranger, que mourir sous le ciel de la patrie, M. Deslauriers demanda à son évêque et obtint d’être agrégé au diocèse de Providence.

En 1895, alors que le Rhode-Island et le diocèse de Fall-River ne formaient encore qu'un seul diocèse, Mgr Harkins érigea une troisième paroisse canadienne à New Bedford; il détacha à peu près trois cents familles du Sacré-Cœur et fonda Saint-Antoine.

Après dix ans de ministère et d'expérience, M. Deslauriers devenait curé.

Ce qui a été dit au cours de la notice historique qui précède nous fait assez connaître sa

vie depuis dix-huit ans, pour qu’il ne soit pas besoin d’y revenir et d’insister.

Au reste, presque tous ceux, croyons-nous, qui liront cette notice, ont connu de près ou de loin le Curé. Nous ajouterions peu d'inédit à ce qu'ils savent, ou ont entendu dire. Il est de ceux dont on a beaucoup répété les notes biographiques. Certaines divergences d'opinion sur son compte—il y en a toujours—venues de l'admiration, de la malignité, de l'amitié des confrères, de l’exagération naturelle à ceux que les succès des autres offusquent, n’ont servi qu’à mieux mettre en relief cette physionomie originale.

Aux éloges de l'admiration, l'envie rend parfois ce service de les empêcher de tourner à la caricature.

Sous ce rapport, M. Deslauriers n'a pas à se plaindre: il a été bien traité. Et s’il lui arrive encore, dans ses relations sociales et en affaires, de croire trop facilement aux hommes, il ne se fait plus guère d'illusion sur certains éloges et certains désintéressements.

7 Qu'il n'aime pas la contradiction et la cri-

tique: c'est possible, je ne le nie pas. Qu'il déteste la louange fourbe et les retours envieux: ça, j'en suis sûr et je l’affirme.

La vie lui en a appris long, et les voyages aussi. Mais rien n’a diminué en lui sa charité et son dévouement pour ses paroissiens.

Trois voyages en Europe,—toujours pour y prendre un repos nécessaire, —ont considérablement ajouté à ses connaissances des hommes et des choses, à l'intérêt et aux charmes de sa conversation, à son sens déjà aigu d’observateur.

Son hospitalité est chaude et large comme son cœur. C'est son amitié qui préside à sa table: on la sent, on la goûte partout, et elle est abondante.

Ceux qui ont pris part à ses conversations d’après dîner, qui l'ont vu marchant de long en large le long de son billard, nerveux, gesticulant, remuant fièvreusement sa petite taille qui commence à s'arrondir—lançant en fusées ses anecdoctes et ses éclats de rire, savent quels gais quarts d'heure on passe chez lui, et quel utile repos on peut y trouver.

Les paroissiens de Saint-Antoine ont long-

temps trouvé qu'il était fort en collectes. Aujourd’hui, ils trouvent qu'ils en ont pour leur argent.

Aucun curé n’a mieux que lui peut-être, même dans la province de Québec, fourni à ses paroissiens les moyens de faire leur salut, d'observer les commandements et de pratiquer la piété chrétienne. Il a établi des sociétés d’hommes, la congrégation des dames de Sainte-Anne, des Enfants de Marie, le Tiers-Ordre, la dévotion au Sacré Cœur et surtout à saint Antoine. Chaque année, il fait prêcher une retraite aux enfants de son école, et quatre semaines de mission pendant le carême à toute sa paroisse.

Plus d’un missionnaire a constaté les heureux effets, sur les fidèles de Saint-Antoine, de ces diverses organisations pieuses et de cette prédication fréquente des grandes vérités.

Malgré tous les résultats obtenus, M. Deslauriers est encore toute activité et ne songe nullement au repos. Il ne sera satisfait et ses gens n'en auront pleinement pour leur argent, que le jour où il aura bâti la grande école qu'il rêve et payé le dernier sou de sa dernière dette.

Espérons que ce sera bientôt, et souhaitonslui de longues années!

PA

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