LI. —ÏL Y RÉVÈLE SON TALENT
Tandis que les aimables vertus de Fernandez de Bouillon parfumaient encore les solitudes de Sainte- à Croix de Coïmbre, au fond de l'Ombrie, François si d'Assise avait commencé à étonner le monde par les merveilles de sa sainteté, Son Ordre, devenu déjà cé- 4 lèbre après quelques années d’existence, allait s’éten- 4 dant de royaume en royaume. Il avait traversé les Pyrénées, et s'était fixé en Espagne sous la direction de son illustre Fondateur. De là il avait pénétré en Portugal, où le Bienheureux Zacharie et deux autres religieux fondèrent, vers l’année 1216, le couvent d’Alenquer, puis celui de gaint-Antoine d’Olivarez, près de
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cn ‘D ms Coïmbre, qui leur fut donné par la reine Urraque, Æ F épouse d’Alphonse II. Les religieux du petit couvent à: d'Olivarez venaient demander l’aumône aux Augustins M d de Sainte-Croix, dont ils eurent bientôt conquis l’'af- ÆK n fection par leur modestie et leur humilité. Lorsque Fer- LE P nandez vit pour la première fois les disciples de Fran- la çois d'Assise, il se sentit ému jusqu’au fond du cœur; re id il avait compris jusqu’à quel détachement des choses D terrestres pouvait conduire l'amour du Sauveur. Quel. 42; ri que temps après, un des religieux du couvent d’Oliva- | C rez étant venu à mourir, Fernandez vit son âme s’éle- M a ver glorieuse vers les célestes demeures. Cette vision le
fut pour lui comme un parfum délicieux : il sentit crci-
tre son estime pour cet Ordre, et le désir d'y chercher M cl un refuge plus assuré commença à germer dans son es- Î la prit. us D n Un événement plus solennel changea ce désir en L une résolution inébranlable. Vers 1219,ciny Frères- le Mineurs entraient en Portugal, se dirigeaient de là vers “S les contrées de l'Espagne occupées par les Maures, pé- Fm nétraient ensuite au Maroc, où ils terminaient Jeur. vie vo par un glorieux martyre. L'an 1220, leurs précieuses tic
reliques étaient rapportées à Ccimbre, au milieu de nombreux et éclatants miracles, et déposées dans l’église LR Ur même du monastère de Sainte-Croix.
En apprenant les CHOONAANCES du martyre des cinq
Urraque, ”
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Frères-Mineurs, ét surtout en vénérant leurs reliques,
” Fernandez sentit dans son cœur un immense désir
d’imiter ces vaillants soldats de Jésus-Christ, et de donner son sang pour la gloire de son divin Maître. Cette pensée ne pouvait quitter son esprit ; il y rêvait le jour et la nuit. ‘ Puissé-je, se disait-il à lui-même, puissé-je être rendu participant du triomphe de ces martyrs ! Plût à Dieu qu’il me fût donné de fléchir les genoux et d’ofrir ma tête au glaive du bourreau pour l'amour de Jésus-
* Christ. !” Et il redoublait ses prières et ses austérités,
afin que Dieu lui fit connaître sa sainte volonté et les moyens de l'accomplir.
Un jour, tandis que retiré à l'écart pour mieux cacher à ses frères son secret, il versait d’abondantes larmes, sans pouvoir sortir encore entièrement de ses perplexités, saint François, qui était en Italie, lui apparut dans une vision miraculeuse, rapportée par tous
. les historiens, et il lui annonça de la part de Dieu, qu’il
evait entrer dans la Religion des Frères-Mineurs. En
” même temps il souleva devant ses regards un coin du.
voile de l'avenir, lui faisant ainsi connaître les bénédictions qui étaient réservées à son apostolat.
Tous ses doutes étant levés, Fernandez, sans perdre
un instant, alla trouver son Supérieur, lui découvrit les
désirs de son âme et le conjura de ne point s’opposer à leur exécution. Grande fut l'affliction de celui-et, De:
puis dix ans Fernandez édifiait la pieuse demeuré des Augustins par une ferveur qui ne s’était pas démentie un seul jour : il était considéré comme une des gloires
futures de l'Ordre. Craignant néanmoins d'aller contre les desseins de Dieu en s’opposant à cette demande, le vénérable Supérieur laissa à Fernandez la liberté de répondre à l’appel du ciel ; mais il voulut que la cérémonie de vêture eût lieu dans le monastère de Sainte- Croix.
Fernandez s'’empressa de révéler sa résolution aux Frères-Mineurs, et leur dit entre autres choses : ‘* Frères bien-aimés, je désire de toute l’ardeur de mon âme prendre le saint habit 4e votre Ordre ; seulement, promettez-moi de m’envova—r, quand je l'aurai revêtu, au pays des Sarrasins, afin que je puisse mêler mon sang à. celui de vos saints Martyrs et avoir part à leur couronne.” Ravis de joie en entendant ce discours, les disciples de François bénirent le Seigneur et promirent à Fernandez de venir le lendemain au monastère de Sainte-Croix pour le revêtir de l’habit de leur Ordre. Le lendemain, en effet, Fernandez quittait la blanche tunique des chanoines Réguliers, pour prendre l’humble et grossière bure de Saint-François. Il dit adieu ensuite à cette maison, témoin de ses rapides progrès dans la piété et la science, emportant le regret de tous ss confrères, Ceux-ci ne purent retenir leurs larmes.
ouré des
déméntie * de leurs espérances les plus chères.
es gloires Ce fut vers le mois de juillet de l’année 1220 que
Fernandez de Bouillon entra chez les Franciscains, au
ler contre ci | demande, | petit couvent de Saint-Antoine-des-Oliviers (Olivarez) liberté de près de Coïmbre : il avait vingt-cinq ans. Il prit alors ela céré: D le nom d'Antoine, soit qu’il voulût par là se faire oublier de Sainte du monde, soit qu'il voulût honorer de cette manière
le saint patriarche de la vie cénobitique, à qui le cou- Hivent d'Olivarez était dédié. s lution aux dus UT | Après s’être bien pénétré de l'esprit de sa nouvelle Fi E Règle, après l'avoir étudiée dans.ses moindres détails, et avoir imploré dans la pénitence et l’humiliation les lumières du Père céleste, Antoine obtint de passer en
mon âme ment, pro- .
revêtu, au Le . s sh mon sang a a . e fai £ ss leur cou artyrs, ses Frères. espérait faire luire la lumière
j ide la foi sur ces régions infortunées,ou devenir victime scours, les
promirent Ge son zèle. Dieu en avait décidé autrement; Antoine Libre de pit réservé aux travaux et au martyre de la vie aposeur Ordre. pique.
la blanche A peine débarqué sur le sol africain, il fut saisi dre lhur- d’une fièvre violente contre laquelle les remèdes et les à die En: soins Fspens sans effet. Frère Philippin, son compagnon, les progrès en avertit les supérieurs, qui lui donnèrent ordre de et de tous M °turner en Espagne ; mais Dieu lui-même se chargea
urs larmes.
es
| Len voyant s'éloigner l'objet de leur légitime orgueil et:
de conduire Antoine où l'appelait sa volonté. Comme.
le vaisseau qui le pottait s'approchait des côtes d’'Espagne, une violente tempête l’assaillit et le conduisit en Sicile. De là, après quelque temps de repos, Antoine, accompagné de frère Philippin, se rendit à Assise, où saint François avait convoqué un Chapitre général pour la fête de la Pentecôte (1221).
Tout dans cette auguste assemblée intéressa la piété d'Antoine et son désir de perfection. Il contempla avec
bonheur cette intrépide phalange d’apôtres, prêts à
donner leur sang pour Jésus-Christ. Il admira surtout son bien-aimé Père, et recueillit précieusement toutes ses paroles pour les conserver pieusement dans son esprit et dans son cœur. Se réputant indigne de la
société de ces serviteurs de Dieu, Antoine gardait le |
silence et se plaçait toujours au dernier rang ; aussi personne ne le remarqua, nine s’occupa de lui. A la fin du Chapitre, lorsqu'on distribuait les charges et les missions diverses, nul ne le réclama ; d’ailleurs, étranger au pays, il n’était connu de personne (1), et seul, parmi tous ses Frères, il allait rester à la disposition du
Général, lorsque frère Gratien, Provincial de Bologne, |
j'ayant rencontré, lui demanda s'il était prêtre: sur sa réponse affirmative, il obtint du Général qu’Antoine fût associé à sa Province pour dire la messe dans le
(1) Excepté de saint François, son séraphique Père, qui lui était apparu, comme nous lavons vu précédemment, lorsqu'il était encore"dans son couvent de Sainte-Croix, à Coïmbre,
côtes d'Ëse conduisit
repos, Andit à Assise, itre général
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g ; AUSSI perui. Alfin arges et les leurs, étran- (1), et seul, sposition du
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rêtre : sur sa qu’'Antoine esse dans le
ère, qui lui était lorsqu'il était dbre.
couvent solitaire de Monte-Paob, près de Forli. : Antoine passa environ dix mois dans cette retraite. Inconnu au monde, il était ignoré même de ses frères. 1 célébrait tous les jours l'auguste Sacrifice, et partageait ensuite son temps entre la contemplation et les plus humbles emplois de la maison. Ün des frères s'était creusé une petite celluie dans le flanc d'un rocher pour y vaquer plus tranquillement à la prière ; Antoine obtint que celui-ci lui en. fit l'abandon. Il s’y livra aux rigueurs de la pénitence la plus austère et à la méditation des Saintes Ecritures, heureux de pouvoir ensevelir dans la solitude les faveurs du ciel, et d’immoler dans une rigoureuse pénitence une vie échappée au martyre. L'an 1222, plusieurs religieux du couvent de Monte- Paolo se rendirent, avec quelques frères Dominicains, auprès de l’évêque de Forli, pour recevoir les Saints Ordres-; Antoine les accompagnait ainsi que le Supé-
Wieur de la communauté. Le gardien, prié par l’évêque {d'adresser aux ordinands quelques paroles d’édification, .renvoya. l'honneur. aux erfants de saint Dominique.
Ceux-ci s’en étant excusés, le gardien s’adressa à ses religieux, mais sans plus de SUCCÈS. Saisi alors comme d'une inspiration soudaine, il se tourne vers Antoine, à qui personne n'eût osé songer, et lui enjoint, au nom de l'obéissance, de prendre la parole (1). ”
(1) Aur, Sér., Saint Antoine de Padoue : ï:
PS EE NES, LP etc Rbn ce en pee HP Fr NU
te L'Auteur de :a Vie Anonyme du Saint, reproduite MS" dans les Acta Sanctorum, place ici ces touchantes réflexions : ‘ Le Supérieur, en lui ordonnant de parler, ne pensait pas qu“ sût un mot d’Ecriture Sainte, ni qu’il eût jamais lu autre chose que ce qui est renfermé dans l'Office divin. Il espérait néanmoins qu’il pourrait dire quelque chose, parce que, dans de très rares circonstances, il l'avait entendu exposer son avis en bon, termes, quand il y était contraint. Chose étonnante. ” Bi} Ce grand homme, à qui la mémoire tenait lieu de bibliuthèque, et-qui était merveilleusement doué pour exposer la théologie mystique, passait parmi ses frères pour { un religieux qui savait mieux laver les ustensiles de la cuisine, que développer les mystères de l’Ecriture. Lui-même avait conjuré son Gardien de lui accorder la faveur de laver les assiettes à la cuisine, et de balayer: chaque jour les corridors du couvent, confessant qu'il n’était pas bon à autre chose, tandis qu’en réalité il était ; un vase d'élection, orné des plus riches dons du Saint- Esprit: En conséquence, il lavait chaque jour la vaisselle: avec beaucoup de dévotion ét une profonde humilité, | et il mettait également de l’ordre dans les cellules de ses frères, donnant ainsi un rare exemple d’humilité et de mépris de lui-même. ”
Invité donc à prendre la parole devant ce religieux | auditoire, Antoine hésita d’abord : il essaya de s’excu-
SE . ; ÿ . . $ “ ; ; reproduite er; mais bientôt cédant à l’obéissance, il vint se pros 4 , A * ? . à
s touchantes Mterner aux pieds de l’évêque pour recevoir sa bénédic
int de parler, jon et commença à parler.
. . 1 ET U °C: r »
re Sainte, ni Il prit pour texte de son discours ces paroles de
est renfermé Ml Apôtre : “ Le Christ est rendu obéissant pour nous
D | ? » , ° , qu'il pourrait usqu'à la mort.” Elles s'appliquaient très exactement
ès rares cir- à sa situation personnelle. ‘“ Animé de la crainte de avis en bons, étonnante.” Rl ieu de bibliu-
é pour expo-
2 Dieu, il s’exprima d’abord avec simplicité ; mais à mesure qu'il avançait dans le développement de son sujet, il employa un langage si brillant, il s’éleva à une elle hauteur, dans l’exposition des doctrines mystiques, s frères pour qu’il plongea tout son auditoire dans l'admiration, auant à cause de son éloquence qui était une surprise,
qu'à cause de sa parfaite charité dont on resta très
tensiles de la
e l’'Ecriture.