‹ Saint AugustinChapitre 67 sur 292 · L ERREUR · texte numérisé non relu

L ERREUR

En bien des manières, tous les anciens philosophes se sont trompés^; chacun d'eux a pourtant certaines

1. Pour les appréciations trop favorables émises dans le traité Contre les Académiciens et dans celui de l'Ordre, voir : Rétractations (lib. I, c. I, no 4; c. III, n°2). Voir pour le sujet même : 1° [390] Vraie Religion (c. ii-iv); — 2° [il3-415] les dix premiers livres de la Cité de Dieu, notamment lib. VIII, sur les écoles des philosophes, et lib. X, sur Porphyre, Apulée et les Néoplatoniciens; ajouter lib. XII. — 3° [410] Ep.<, CXYHI, àDioscore; Ep., CXX, àConsenlius; [414] Ep., CLV, à Macédonius. — Remarquer : 1" sur Cicéron, De Civitate Dei, lib. IX, c. v, et lib. II, c. xxvii, oùCicéron est appelé philosophaster; Ep., CXVIII, et, à propos de I'Hortensils, Confess.y lib.lll, c. iv, et [412] Ep., CXXX, àProba, c. v, n^lO; — 2° les philosophes ont laissé croire qu'ils partageaient les superstitions populaires (Platon et Socrate, De vera Religionc. c. ii, n" 2 ; — Sénèque, De Civitate Dei, lib. VI, c. x; cf. Contr. Acad., lib. III, c. xix, n° 42; Co7i' fess., lib. VII, c. xviii, n° 24). — 3' Plotin est le plus excellent interprète de Platon {De Civitate Dei, lib. IX, c. x; cf. Contr. Acad., lib. III, c. xviii, n° 41). — 4" Les Académiciens avaient une doctrine très ferme, mais, pour ne pas l'exposer à la profanation des disputes, ils affectaient de douter {Contr. Acad., lib. III, c. xvii, n« 38; c. xviii, n" 40; cf. c. vu, n" 14; Confess., lib. V, c. x, n» 19; c. xiv, n° 25; et [410] Ep., CXVIII, c. III, n° 16 et n° 20; c. v, n° 33). Mais appréciation contraire : les Académiciens ont réellement douté {De Trinitate, lib. XIII, c. ix, n- 26; lib. XV, c. XII, n» 21, et De Civitate Dei, lib. XIX, c. xviii). — 5° Les jugements sur Platon et les platoniciens {De vera Religionc), où il est dit, à la fois, qu'avec peu de changement, la doctrine de Platon serait chrétienne (c. IV, n" 7; cf. [410] Ep., CXVIII, c. m, n" 21), et que celte même doc-

vues justes; et, « à travers bien des siècles, après d'infinies disputes, s'est enfin dégagée une philosophie très véritable 1 ».

L'erreur, à toutes les époques, dépend de causes bien nombreuses, parmi lesquelles la principale, et on pourrait dire la seule véritable, est l'orgueil intellectuel. Or, partout où il étudie l'orgueil intellectuel, saint Augustin songe aussi à la preuve du christianisme 2.

trine est un amas de timides conjectures (c. iv, n° 6; t. 111, col. 126). Enfin, les jugements dénnilifs : « Parmi les philosophes, quelques-uns, selon qu'ils reçurent le secours divin, firent quelques grandes découvertes; mais selon que l'infirmité humaine les arrêta, ils se trompèrent » [De Cicitate Dei, lib. II, c. vii; t. VII, col. 52). — « Plus que personne, les platoniciens se rapprochent de nous » [Ibid., lib. VIII, c. v; col. 229).

— « Si les Platoniciens l'emportent de beaucoup sur les autres philosophes (c'est uniquement parce que, tout éloignés qu'ils soient encore, ils s'approchent pourtant de la vérité plus que ne font les autres ^) (Ibid.^ lib. XI, c. V; col. 321). — « Pour nous, nous ne faisons de Platon ni un dieu, ni un demi-dieu; nous ne le comparons ni à aucun ange du Dieu souverain, nia un prophète véridique, ni à un apôtre, ni à un martyr du Christ, ni à un chrétien quel qu'il soit » [Ibid., lib. VIII; col. 229).

1. Contr. Âcad., lib. III, c. xix, n» 2 ; t. I, col. 956. Cf. Soliloq., lib. I, c. IV, n" 9; t. I, col. 874.

2. Pour la preuve elle-même, on consultera : 1° [388 ou 389] Des Mœurs de l'Église; — 2» [391] De l'Utiliié de croire (c. xiv, n° 32; et cf. c. III et iv) ; — 3° [399] De la foi des choses qui ne se voient pas (c. iii-viiij ; — 4° [400] Contre tauste le Manichéen (lib. XVI, c. xxet xxi) ;

— 5° [416] Les Traités sur saint Jean (Tract. XXXV) ; — 6» [427] La Cité de Dieu (lib. XXII, c. v-ix). — Plus spécialement, sur l'orgueil intellectuel, voir : 1" [391] De l'Utilité de croire (surtout c. xiv-xvi); — 2" [391] Des deux âmes (c. i-viii); — 3" Contre Fauste le Manichéen (lib. XIII, capital); — 4*^ [408] Ep., CIL, à Deogratias, vers la lin; [410] Ep., CXVIII,

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Il écrit en 427 : « Jésus-Christ, par le ministère des apôtres, s'empara même de philosophes d'autant plus admirables qu'ils furent plus rares ^ » Il indique souvent combien la conversion d'un philosophe suppose de difficultés. Il le fait voir surtout d'une manière très sensible, en 391, dans le traité de V Utilité de croire.

La Cité de Dieu et le traité De la Foi des choses qui ne se voient pas démontrent le christianisme par l'existence mêmede l'Église, parl'énergie morale desfidèles, parles miracles de Notre-Seigneur et des apôtres, enfin par les prophéties. Toutes ces preuves paraissent dans Y Utilité de croire. Or, ce traité, l'un de ceux où saint Augustin procède le plus enphilosophe, contient, d'abord, un certain nombre de considérations singulièrement faibles 2. Mais saint Augustin en sort bientôt. Il a conscience de communiquer avec une intelligence philosophique. Il lui expose donc la preuve par le miracle 3, mais sans insister. Et sans doute il prévoit qu'Honoratus n'en reconnaîtra pas la valeur.

« Je n'ai pas le pouvoir de vous enseigner, dit-il à Honoratus, mais je ne cesse pas de vous avertir : employez toute votre force, tous vos vœux, vos gémis-

à Dioscore(c. m, n° 22; c. iv, n» 24); Ep., CXX, à Consentius (n" 1); [412] Ep., CXXXVII, à Volusien; — 5° [415] Cité de Dieu (lib. X, notamment depuis c. ix); — 6" [416] Traités sur saint Jean (Tract. LIV, n° 1).

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