‹ Saint Basile (329-379): (329-379)Chapitre 114 sur 146 · I. Hexaem,, III, 9. Voir aussi IX, i · texte numérisé non relu

I. Hexaem,, III, 9. Voir aussi IX, i

a. Ibid., V, 2.

fendre la liberté et la responsabilité humaines par des arguments qui gardent toute leur valeur contre le moderne déterminisme*.

Amené par son sujet à passer en revue toute la création, planètes, mers, plantes, oiseaux, poissons, reptiles, quadrupèdes, et à chercher dans chacune des créatures de Dieu une raison de le louer, Basile se trouve décrire la nature, telle qu'on la connaissait de son temps. C'est, en quelque sorte, l'astronomie, la physique, l'histoire naturelle, qu'il résume pour ses auditeurs. Sans doute, les erreurs sont nombreuses. Les sciences naturelles de ce temps offraient d'énormes lacunes, acceptaient sans les vérifier d'étranges hypothèses, et demeuraient resserrées entre les bornes les plus étroites. Il serait aisé de le montrer par les discours mêmes de Basile. Mais en avons-nous le droit? L'enchaînement des idées, la trame solide et sobre du raisonnement, dans la première homélie sur VHexaemeron^ fait songer à Descartes : se souvient-on de ce qu'était la physique de Descartes, et de quelles hypothèses se contentait quelquefois son génie? Qui sait même si plusieurs de celles qui font la gloire de la science moderne seront encore acceptées de nos descendants ? Il vaut mieux voir dans V Hejcaemeron ce qui s'y trouve en effet : un tableau du monde créé, où bien des détails pourraient être corrigés, mais où se montre une information très vaste, où abondent les images splendides et les peintures déli^ < cates, et qui annonce le Traité de V existence de Dieu de Fénelon ou quelques-uns des plus beaux chapitres du Génie du christianisme.

On comprend tout ce qu'un esprit pratique comme celui de Basile devait, dans un tel cadre, placer d'u-

I, Ucxacm,^ VI, 7,

tiles conseils et d'allusions ingénieuses. Les auditeurs suivaient avec ravissement ses descriptions ; tout a coup, un trait moral s'en dégageait, et Tun ou l'autre le recevait en plein cœur; les créatures sans raison devenaient au besoin les moniteurs de l'homme. L'indiflerence ou la cruauté de certains oiseaux pour leurs petits, qu'ils abandonnent ou rejettent du nid dès qu'ils les voient en état de voler, lui est une occasion d'avertir les pères dénaturés qui, par avarice, vendent leurs enfants, ou par caprice leur font une part inégale. Le veuvage fidèlement g;irdé par la tourterelle lui sert à faire rougir les femmes cbrétiemies trop empressées à de nouvelles noces. S'il décrit, de façon charmante, la construction d'un nid d'hirondelle, bâti d'un peu de paille et d'un peu de boue, c'est pour apprendre aux plus pauvres à ne pas désespérer de la Providence. Les soins prodigués par les jeunes cigognes aux vieilles prêchent la piété filiale. Les services que rendent, dit-on, les corneilles aux cigognes voyageuses condamnent ceux qui manquent aux devoirs de l'hospitalité et ferment en hiver leur porte au voyageur. Les oies du Capitole, elles-mêmes, ne sont pas oubliées : allusion rare chez Basile à l'histoire romaine'. La nature est ainsi, pour l'orateur de Césarée, « une ample comédie aux cent actes divers, » dont le dénouement est toujours une leçon de morale.

L'homélie VII, sur les habitants des eaux, est pleine de conseils ingénieusement tirés des mœurs des poissons'. Un auditoire composé de Cappadociens devait les écouter avec d'autant plus d'intérêt qu'il était, par l'éloignement, plus étranger aux choses maritimes, et que beaucoup des récits de Basile avaient pour lui

I, Hexaem.^ VIII, 5, 6, 7.

a. Hexaem,, Vllf 3.

l'attrait de la nouveauté. Quand celui-ci, par exemple, après avoir décrit la migration de certains poissons, « à l'époque de la ponte passant comme un torrent de la Propontide dans le Pont-Euxin, » disait : « J'ai vu ces choses, et j'ai admiré la sagesse de Dieu*, j> tous les regards devaient s'attacher sur l'orateur, ajoutant à ses enseignements de théologie ou de morale le poids de son expérience de voyageur. Ce qu'il cherche surtout à prouver, dans cette homélie et dans les deux suivantes, c'est la théorie des causes finales et des harmonies providentielles. Tout organe, dans la nature, est adapté à une fin, qui est la conservation de chaque espèce par les moyens qui lui sont propres. De là, le sentiment obscur qui pousse les poissons h chercher des eaux plus douces pour y déposer leurs œufs*; de la la structure différente des oiseaux, selon qu'ils sont destinés à s'élever dans les airs ou à nager sur les étangs, à saisir leur nourriture au vol ou a la chercher dans la vase'; de là l'organisation merveilleuse et la discipline extraordinaire de la monarchie des abeilles et de la république des fourmis*; de là, chez les quadrupèdes, la rapidité avec laquelle se multiplient les plus faibles et les plus exposés à la destruction, et la stérilité relative des puissants carnassiers'; de là surtout l'instinct des animaux, qui leur indique la pâture qui leur convient, au besoin les herbes qui les guérissent', « et compense par une surabondance de sensibilité la raison dont ils sont privés'. »

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