‹ Saint Basile (329-379): (329-379)Chapitre 134 sur 146 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

J'aî parlé longuement de l'œuvre oratoire de saint Basile, parce que Tliomme, avec ses qualités si diverses, avec ses dons de nature et ce que Tétude et la sainteté y ajoutèrent, se laisse voir là tout entier.

Né pour le gouvernement et l'action, vrai conducteur d'âmes, Basile devait être avant tout orateur. C'est par la parole qu'on gouverne. Au iv® siècle, la vie publique n'existait plus. Cette puissance formidable qu'est de nos jours la presse n'était pas encore. Seul l'orateur chrétien avait le pouvoir de répandre des idées et de donner une direction aux esprits. Sans doute, les sophistes continuaient à attirer autour de leurs chaires la foule sensible à l'art de bien dire ; mais ce plaisir superficiel effleurait seulement les âmes : le vide qu'elles ressentaient, après avoir goûté les déclamations de l'école, leur faisait apprécier davantage les enseignements plus substantiels de la chaire chrétienne. Là, ce n'était plus de fictions que les entretenait l'orateur. Il touchait, avec la plus grande liberté, à tout ce qui fait la vie des âmes, dogme, morale, questions sociales. La prédication n'était pas encore un genre littéraire, ayant des règles, enfermé dans des cadres inflexibles. Même quand elle atteignait la phis haute éloquence, elle ne cessait d'être

naturelle et familière. Les événements de chaque jour, les plus petits détails parfois de Texistence populaire, s'y reflétaient comme dans un miroir. Le peuple se reconnaissait dans l'orateur chrétien. Celui-ci n'était un étranger pour personne. Il avait grandi, le plus souvent, dans la ville où il exerçait le ministère pastoral. Il s'était mêlé à la vie de tous. De sa chaire, il aurait pu nommer beaucoup de ses auditeurs. Il lisait leurs sentiments et leurs pensées sur leurs visages. Il avait expérimenté de longue date les cordes qu'il fallait toucher pour éveiller dans leurs cœurs les émotions salutaires. Il savait de quelles erreurs ou de quels entraînements il était plus utile de les défendre. Comme le Sauveur lui-même, il pouvait dire : « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. » Tel fut Basile à Césarée, tel sera, un peu plus tard, Jean Chrysostome a Antioche et h Constantinople. On comprend que les discours de tels hommes n'aient rien d'arbitraire ou de conventionnel, aillent toujours au but, et soient encore pour nous si vivants. C'est par la parole que Basile se donna le plus aux âmes. Sa vie relativement courte, remplie d'affaires, d'œuvres et de soucis, ne lui laissa peut-être pas le loisir de composer beaucoup de livres. Au moins en estil resté peu qui puissent avec certitude lui être attribués. Nous connaissons déjà, pour les avoir étudies ailleurs, ses écrits ascétiques, c'est-à-dire ses deux recueils de Règles*. Saint Grégoire de Nazianze parle des livres que Basile publia pour la défense de la foi chrétienne, et les compare « à nn feu dévorant qui anéantissait Terreur comme le feu du ciel réduisit Sodome en cendres*. » De celte catégorie d'écrits subsistent seuls

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