I. Saint Basile, Réguler fusius tractatae^ a5, 26, 3o, 3i
a. Ibid,y 37. Un passage (37, 5) fait allusion à un office du commencement de la nuit, avec récitation du psaume XC ; il est difficile de ne pas reconnaître complies. Cf. Revue d'histoire et de littérature religieuse , 1898, p. 466.
kO SAINT BASILE.
pour vendre leurs produits*. » Il faut autant que possible que ces produits soient consommés sur place, afin d'éviter aux préposés du couvent des voyages qui dissiperaient leur piété : dans les occasions exceptionnelles où ils y seront contraints, ils auront soin de suivre en route toutes les pratiques prescrites par la règle, de loger tous ensemble, et de préférence chez de pieux chrétiens, d'éviter les foires, même celles qui se tiennent autour du tombeau d'un martyr*.
Les raisons que donne Basile pour préférer le monastère ainsi réglé à l'ermitage sont très belles. « La vie solitaire, dit-il, n'a qu'un but, sa propre utilité. » Mais la charité n'y a point l'occasion de s'exercer. « Nous ne pouvons, si nous vivons à l'écart des autres hommes, nous réjouir avec les heureux, ni pleurer avec ceux qui souffrent. » L'exercice d'un grand nombre de vertus se trouve ainsi paralysé. « Notre-Seigneur a lavé les pieds de ses apôtres : vous qui êtes seul, qui laverez-vous ? à qui rendrez-vous service ? aux yeux de qui serez-vous volontairement le dernier? Car comment s'exercerait-il à l'humilité, celui qui n'a personne devant qui s'humilier? à qui fera-t-îl miséricorde, celui qui n'a point de prochain ? comment apprendra- t-il la patience, celui aux volontés de qui personne ne s'oppose ? » Rappelant, avec le psalmiste, qu'il est bon, doux et salutaire à des frères d'habiter ensemble, il conclut que servir Dieu en commun est le plus conforme à l'esprit de l'Ancien comme du Nouveau Testament'.
Des questions délicates se présentaient à Tesprit de
I. Saint Basile, Hegulae fusius traetatae, 38. a. Ibid.^ 39, 4o.
3, Jbid,, 7. — Voir encore sa lettre agS, à des ermites qu'il exhorte à se réunir en communauté.
lA VIE MONASTIQUE. (»I
Dasile : il les résout avec autant de fermeté que de prudence.
Quelquefois des hommes mariés frappent à la porte des monastères, demandant à y être reçus. Il faut s'informer avant tout si la volonté des deux époux a été de se séparer; car si l'un d'eux seulement se sent attiré vers une vie plus parfaite, et si l'autre désire rester dans son premier état, il n'y a point à tenir compte de la demande, mais à rappeler à celui qui Ta faite que, seloa le mot de l'Âpôtre, il n'était plus libre de disposer de lui-même. Au cas même où sa réponse aura été favo* rable, on ne devra le recevoir qu'en présence de plusieurs témoins*.
Plus didicile est la situation du supérieur, quand c'est un esclave qui se réfugie au couvent. Tant que l'esclavage n'aura pas été aboli, le pouvoir du maître devra être respecté. Mais l'Église a la mission de s'interposer entre lui et son serviteur, afin d'adoucir, en quelque sorte, le choc mutuel, et de poser, quand il le faut, des limites à ce pouvoir. Saint Basile déclare que les esclaves qui se sont enfuis près des moines pour esquiver quelque châtiment devront être exhortés à devenir meilleurs, mais que le supérieur, à l'imitation de saint Paul intervenant près de Philémon en faveur d'Onésime, a le devoir, en rendant le fugitif à son maître, d'engager celui-ci au pardon. Cependant il se peut que l'esclave ait pris la fuite pour se soustraire à des ordres contraires à la loi de Dieu. On sait combien, dans ce monde romain où le paganisme n'élait pas encore vaincu, où dans beaucoup de familles se perpétuaient son culte et plus encore ses mœurs, la conscience et la moralité de l'esclave couraient de