CHAPITRE VI
lES RAPPORTS AVEC L OCCIDENT
On a dit que les épreuves de Basile se confondent avec celles de FOrient chrétien. Cette « sollicitude de toutes les Églises, » dont parle saint Paul, il la porte partout : elle est de moitié dans les affections ou les déceptions de sa vie. Rien ne le fait mieux voir que ses efforts pour appeler au secours des chrétiens orientaux, divisés entre eux et persécutés par Yalens, les Églises occidentales, qui jouissaient de la paix sous le règne de Valentinien P'.
Dans la première phase de la persécution arienne, au temps de Constance, les Églises de TOrient avaient reçu de celles de TOccident un chaleureux appui. Le pape Jules P', son successeur Libère, donnèrent asile aux orthodoxes proscrits. Expulsé d* Alexandrie, saint Athanase vint « soumettre sa cause » à FÉglise de Rome. Le pape condamna ses adversaires, « leur déniant, au nom de la discipline epclésiastique, le droit d^ lien décider sans l'approbation du pontife romaine » Athanase passa trois ans à Tombre de la chaire de saint Pierre. Vers le même temps s'y réfugièrent des
I. Socrate, Hist, eccL^ II, 17; Sozomène, Hist. eccl,^ III, lo* Cf. saint Athanase, ApoL^ IL
évêques et des prêtres de Thrace, Célésyrie, Phénicie, Palestine, Egypte, déposés par les ariens; le pape, devant lequel ils portèrent aussi leur cause, « en vertu de la prérogative de T Église romaine, les renvoya en Orient, munis de lettres les rétablissant sur leurs sièges et condamnant ceux qui les en avaient chassés*. »
En proie, sous Valens, à une persécution plus atroce encore, les Églises orientales tournèrent de nouveau leurs yeux vers le siège de Rome et vers les évêques d'Italie et des Gaules qui, à son exemple, « avaient gardé intact et inviolable le dépôt de la foi reçu des apôtres*. » Elles leur demandèrent de les défendre contre les hérétiques, et, en même temps, de faire cesser leurs divisions intérieures. La principale était le schisme qui, depuis plusieurs années, divisait rÉglise d'Antioche. Il était d'autant plus douloureux que les deux évêques entre lesquels se partageait Tobédience des catholiques étaient l'un et l'autre de fermes défenseurs de l'orthodoxie et des hommes d'une éminente vertu : l'un, Mélèce, exilé pour la foi par Valens, avait les sympathies des Églises asiatiques et comptait parmi les meilleurs amis de saint Basile; l'autre, Paulin, épargné par les persécuteurs « à cause de sa grande piété', » était favorablement vu en Egypte, en Orient et à Rome.
Dès 371, Basile informa Mélèce de son intention d'envoyer le diacre Dorothée à Rome. Les catholiques de la cour de Valens, avec lesquels il entretient des relations, renoncent à rien obtenir et s'estiment heureux que la persécution ne soit pas encore plus vio-
I. Socrate, II, i5; Sozomène, III, 8« a. Saint Basile, Ep, a43. 3 3. Socrate, ffist, eccl , lA , a
lente. Il faut solliciter une intervention des évêques d'Occident. Basile communique à Mélèce le mémoire qu'il se propose de remettre à son messager et prie Mélèce de munir, de son côté, celui-ci de lettres et d'instructions*. En même temps, il écrit à saint Athanase, qu'il n'a jamais vu, mais pour lequel il professe un véritable culte*, lui demandant de couvrir cette mission de sa grande autorité'.
Basile compte que l'illustre docteur alexandrin, sî puissant dans la ville éternelle, voudra bien y accréditer le diacre Dorothée. Celui-ci devra supplier le pape Damase d'envoyer en Orient, non les délégués d'un synode, ce qui pourrait offrir des difficultés, mais ses représentants personnels. On priera le pape de choisir des hommes doux et fermes, sachant parler, capables de ramener les égarés. Parmi les pièces qu'on leur demandera d'apporter seront les actes de ce qui a été fait en Occident pour casser les décisions hérétiques du concile de Rimini, et aussi une sentence de condamnation des erreurs de Marcel d'Ancyre, qui n'ont pas encore été condamnées à Rome. Un des buts de leur mission sera de faire cesser le schisme qui désole l'Eglise d'Antioche. Mais aux qualités morales nécessaires pour accomplir cette œuvre multiple de pacification religieuse, les envoyés de Damase devront joindre l'endurance physique nécessaire pour supporter les fatigues d'un long voyage ; celui-ci devra être fait par mer, afin de leur permettre d'arriver sans bruit et de surprendre les adversaires de la paix*.
« Autant que me laisse voir mon peu de connais-