Ibid
che des professeurs illustres et k la conquête du savoir. Les plus zélés y consacraient toute leur jeunesse, et même le commencement de leur âge mûr; certains étudiants, comme Grégoire de Naziaûze, ne cessaient qu'à trente ans cette forte préparation à la vie publique*. Une poursuite si désintéressée de la science est Thonneur du iv® siècle et sufTirait à relever dans Testimc des historiens un temps qu'ils sont trop portés à mépriser. On entreprenait, dans ce but, de longs et pénibles voyages, on affrontait de périlleuses navigations, comme celle où Grégoire de Nazianze faillit perdre la vie*. A l'exemple du négociant dont parle l'Évangile, on sacrifiait tout pour acquérir la perle unique. Sans doute, les connaissances recherchées avec tant d'ardeur nous paraîtraient, à beaucoup d'égards, insuffisantes. L'immense domaine des sciences naturelles y est maigrement représenté ; l'histoire, aussi, y tient peu de place. Tout semble se réduire à l'art de bien écrire et de bien parler. Mais l'étude de cet art comprend celle de tous les classiques de l'antiquité, et cet immense répertoire de prose et de poésie qui renferme d'incalculables trésors et a tant de valeur pour la formation de l'esprit. On y joint la philosophie, bien dégénérée sans doute depuis Platon et Aristote, mais qui a produit encore, au IV* siècle, plus d'un original et profond penseur. Pour estimer à son prix cette haute éducation intellectuelle, il suffit de se souvenir de ce que lui doivent un Basile, un Grégoire de Nazianze, de la reconnaissance qu'ils lui montrent, et de tout ce que, visiblement, elle ajouta de force et de souplesse à leur génie.
Nous n'avons de détails ni sur le temps que Basile
I. Saint Grégoire de Nazianze, Poemata de se ipso, XI, aSg. a. Ibid,^ i3o-ao5.
passa à Constantinople, ni sur les professeurs dont îl suivit les cours. On n'est pas sûr qu'il se soit fait inscrire parmi les disciples du célèbre rhéteur Libanius : les historiens Socrate et Sozomène, qui le disent*, mêlent à leur récit une erreur de lieu, qui peut faire soupçonner une confusion avec un homonyme de notre saint*; et quant à la correspondance de Basile et de Libanius, elle est tenue aujourd'hui pour suspecte. Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur son séjour de quatre ou cinq ans à Athènes. La capitale de l'Attique était alors, avant tout, une ville universitaire. Ce qui attirait chez elle les étrangers, ce n'étaient plus l'éloquence des orateurs politiques, les créations sublimes de la poésie, les merveilles d'art naissant sous le ciseau du sculpteur ou le compas de l'architecte. Mais les écoles d'Athènes avaient survécu à sa splendeur éteinte, et recueilli les débris de sa gloire. Vers leurs chaires affluaient les disciples On y venait non seulement de tous les pays de langue grecque, mais même de l'Occident. I^a turbulence des étudiants remplaçait, dans les rues d'Athènes, le mouvement qu'y avait entretenu naguère une population nombreuse et affairée. Ils se portaient avec une passion égale vers le plaisir et l'étude. Diverses causes formaient parmi eux des groupes et des cabales. Il y avait la rivalité des professeurs, pour lesquels prenaient parti les élèves, avec une ardeur entretenue par des répétiteurs subalternes aux gages des maîtres*. Il y avait aussi les nationalités diverses entre lesquelles se partageaient les étudiants. Sans que la distinction fût officielle, comme elle le sera dans les universités du moyen âge, on peut dire que déjà, à Athènes,