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traire, composé avec art, à la manière des dialogues de Platon. Basile lut ce dernier, puis le renvoya à son auteur; il conserva le premier pour en prendre luimême copie. Avec cette liberté de lang agèdont il demandait qu'on usât aussi à son égard, il explique à Diodore les raisons de sa préférence.
L'un des livres « abonde en pensées, met en évidence les objections de l'adversaire et les réponses à ces objections : le style simple, sans apprêt, convient au but d'un chrétien qui se propose d'écrire non pour montrer son talent, mais en vue de l'utilité commune. » L'autre a la même valeur pour le fond des idées, mais des agréments inutiles prennent le temps du lecteur et fatiguent parfois son attention. La forme dialoguée sert trop facilement aux personnalités, blâme jeté sur les adversaires, louanges données aux amis : la pensée se découvre plus lentement et la conclusion, trop différée, s'expose à perdre de sa force. Il y a, d'ailleurs, deux manières de dialoguer. Si, comme Théophraste ou Aristote, « on ne se sent pas dans l'esprit les grâces platoniciennes, » on fera servir seulement ledialogue à l'exposition des idées. « Platon, lui, avait tant de talent, qu'à la fois il discu^ tait les idées et marquait d'un trait comique les personnes, Thrasymaque avec son audace et son impudence, Hippias et son esprit frivole, le faste arrogant de Protagoras. Lui-même, cependant, quand il introduit dans le dialogue des interlocuteurs anonymes, ne les fait disserter que pour rendre plus claires les idées, sans y mêler aucun trait de caractère : ainsi a-t-il fait dans les Lois, » Employé pour l'apologétique chrétienne, le dialogue aura à se garder de deux écueils : manquer à la charité, si l'on met en scène des personnages réels, dont on connaît et dont on accuse les défauts; feindre des traits inutiles, si l'on fait parler des personnages imaginaires.
202 SAINT BASIIJÎ.
J'ai résumé un peu longuement cette lettre, parce qu'elle montre tout ensemble en Basile le critique litté* raire, familier avec les modèles antiques et d'un jugement à la fois très fin et très libre, et le censeur chrétien , qui ramène tout ouvrage de l'esprit aux règles de l'utilité et de la charité. On a remarqué sans doute que dans le résumé qu'il fait de celui de Diodore qui a sa préférence, le livre court, où tout va au but, et d'où toute vanité d'auteur est absente, il définit, à son insu, le caractère des deux seuls écrits dogmatiques qui nous soient restés de lui.
Malgré l'austérité de cet idéal, dont, au moins dans ses compositions écrites, il ne s'écartait pas, le style de saint Basile excita l'admiration des anciens. Saint Grégoire de Nazianze en loue la facilité élégante; il fait remarquer la propriété des expressions ; il met en lumière la construction logique, l'équilibre parfait du discourse Grâce à ces mérites de forme, les ouvrages de Basile passèrent, de son vivant, dans toutes les mains. Ils devinrent vraiment populaires. Le monde profane y trouvait autant de charmes que le monde ecclésiastique. Les princes, nous dit-on, en faisaient leurs délices aussi bien que les moines. Ces homélies, ces panégyriques, ces traités dogmatiques eux-mêmes consolaient la retraite d'anciens magistrats, de politiques écartés des affaires, et charmaient les loisirs de leurs successeurs^ Les professeurs, les étudiants y cherchaient les règles de l'art de penser juste et de bien dire, comme les aspirants au sacerdoce y trouvaient l'aliment le plus propre à nourrir leur vocation'. Cinq siècles plus tard, un illustre helléniste, Photius, leur reconnaîtra les mémçs mérites :