‹ Saint BasileChapitre 29 sur 137 · Saint Grégoire de Nysse, De vita S, Macrinae · texte numérisé non relu

Saint Grégoire de Nysse, De vita S, Macrinae

2. Saint Grégoire de Nysse, ibid, ; saint Grégoire de Nazianze, Oratio XUII, 6i.

LA VIE MONASTigUE. 35

donne comme la première ébauche des règles détaillées qu'il tracera plus tard, en même temps qu'elle résum« les instructions que dès lors il adressait auxcompag^nons de sa retraite.

Ces instructions s'occupaient en premier lieu du régime intérieur, du travail de l'âme. Que celle-ci s'applique à tout oublier du passé, affections, intérêts, opinions, plaisirs, habitudes, et à faire le vide en soi; qu'elle devienne comme une tablette de cire où l'on vient d'effacer les lettres anciennes, et qui est toute prête à recevoir une écriture nouvelle. La première condition pour arriver à cet état, c'est la séparation complète du monde. Il faut donc choisir, comme l'a fait Basile, un lieu où les étrangers ne pénètrent pas, et où rien n'interrompe les méditations solitaires ou les exercices religieux pris en commun*.

Là, dès le point du jour, on se lève pour louer Dieu par la prière et le chant des hymnes; puis, quand le soleil est sur l'horizon, on se met au travail manuel, travail mêlé de prières et « assaisonné de cantiques. » La journée aura des heures d'études, consacrées à la lecture de l'Écriture sainte. Basile, qui les lut avec Grégoire, d'un esprit sinon critique, au moins attentif à l'explication et au commentaire, paraît se préoccuper seulement ici de l'intérêt pratique, du surcroît de vie morale que chacun devra retirer de la fréquentation du livre divin. La mémoire et l'imagination auront à jouer leur rôle, car il faudra garder le souvenir des saints personnages entrevus dans la Bible, et les contempler « comme des statues vivantes et des images animées. » Cette alternance de prière et d'étude rendra l'âme capable de s'élever à « la belle oraison, » celle qui imprime en elle la notion

claire de Dieu, le sentiment habituel de sa présence, et en fait vraiment son temple'.

La communauté que gouverne Basile n'est pas vouée au silence : mais les conversations elles-mêmes doivent être réglées . Ne point parler inutilement ; ne point poser de questions captieuses ; répondre sans pensée de dispute ; ne pas craindre de laisser voir son ignorance, d'apprendre de ceux qui savent, et de rapporter aux autres le mérite de ce qu'on a appris. Réfléchir avant de parler. Se montrer agréable à tous, doux dans les propos, sans facéties, charitable dans les conseils, sans àpreté dans les réprimandes, humble pour soi-même quand on est contraint de corriger ses frères. Gouverner jusqu'au son de la voix, qui ne doit être ni trop basse, de peur de n'être pas entendue, ni trop aiguë, de peur de devenir importune*.

Rude aux autres comme à lui-même, Basile veut que ses religieux aient les yeux habituellement baissés, la chevelure négligée, le vêtement sordide, l'aspect humilié et triste des pénitents. La tunique sera serrée au corps par une ceinture, et devra être la. même en hiver comme en été, assez épaisse pour ne pas en exiger une seconde dans les grands froids. On portera des souliers grossiers, mais solides. La nourriture se composera de pain et de légumes : on ne boira que de l'eau; sur vingt-quatre heures, une seule sera donnée aux repas, qui commenceront et se termineront par la prière. Comme la nourriture, le sommeil sera léger : on se lèvera tôt : « ce qu'est le point du jour pour les autres, minuit l'est pour les serviteurs de Dieu'. »

Telles sont les idées jetées par Basile, à l'adresse

Page 1