XVI SAINT BONAVENTURE
Madrid, le diplôme de correspondant de l'Académie royale ; à Paris, l'honneur d’un rapport élogieux
prononcé par Léopold Delisle à l'Académie des
sciences et belles-lettres ; dans toute l’Europe, les chaleureuses félicitations de la presse catholique. Il fut prématurément enlevé par la mort, en 1881,
au moment où il allait jouir du fruit de ses recher-
.ches; mais son œuvre ne périt pas avec lui, et les Franciscains de Quaracchi, héritiers de ses trésors d’érudition, publièrent en 1883 un premier volume qui excita l'admiration de tous les connaisseurs. Sept autres volumes ont paru depuis, dans le même format (grand in-4°) ; les Œuvres Spirituelles ont été imprimées à part, sous un format plus portatif. Quand l'édition sera terminée, les successeurs du P. Fidèle de Fanna, tout en s'inspirant d’un esprit de critique différent et peut-être parfois un peu trop sévère, pourront se rendre le témoignage d’avoir élevé un véritable monument à la gloire du Docteur séraphique.
Nous indiquerons, à la fin du volume, les ouvrages ou opuscules parus jusqu'ici; mais nous ne pouvons nous dispenser de noter tout de suite ce qui distingue cette édition : la sagesse des critiques, l'abondance des témoignages relatifs à l’authenticité de chaque ouvrage, la clarté des annotations (scholia) sur les passages obscurs ou sur les questions plus abstruses, enfin la netteté des caractères typographiques, |
PRÉFACE XVHE
Pour donner une histoire complète et scientifique de notre Bienheureux, il eût fallu attendre que l'édition de Quaracchi fût terminée : d'autant plus que la vie du Saint lui servira de couronnement... Mais d’ici là il peut encore se passer de longues années; le festin n’est pas près d'être servi, et la piété des fidèles nous en réclame au moins quelques miettes. Le présent volume a pour but de satisfaire à leur désir. Il aura çà et là des lacunes que nous signalerons, mais du moins ne contiendra rien de contraire aux données de l'histoire et aux lois de la critique, et les amis de l’Ordre séraphique pourront y trouver encore un aliment savoureux. Pour nous, nous nous estimerons largement payé de nos peines, si nos lecteurs nous rendent ce témoignage que le Docteur séraphique est mieux connu, sa physionomie plus nettement tracée, ses ouvrages plus sainement appréciés.
Saint Bonaventure, comme saint Antoine de Padoue, appartient au premier cycle de l'épopée franciscaine. Ces deux grandes figures encadrent admirablement celle du Patriarche d'Assise, leur père et leur modèle; et les unes et les autres, filles du cloître, rayonnent également de cette douce lumière, de cet amour, de cette paix, qu'a si bien chantés l'un de nos poètes modernes.
Cloîtres silencieux, voûtes des monastères, | C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer,
XVHI SAINT BONAVENTURE
Ce sont vos froides nefs, vos parvis et vos pierres, Que jamais lèvre en feu n’a baisés sans pâmer. Qui, c’est un vaste amour qu’au fond de vos calices Vous buviez à plein cœur, moines mystérieux.
La tête du Sauveur errait sur vos cilices, Lorsque le doux sommeil avait fermé vos yeux; Et quand l'orgue chantait aux regards de l'aurore, Dans vos vitraux dorés vous la cherchiez encore. Vous aimiez ardemment. Ah! Vous étiez heureux (1)!
Le poète l'a dit, l'amour, un amour pur, désintéressé, surhumain, donne aux visages des saint Francois, des saint Antoine de Padoue, des saint Bonaventure, un rayonnement à part, des reflets célestes, une jeunesse éternelle; et c’est le cloître qui a été le foyer des dévouements dont ils ont laissé de si nobles exemples. Maïs le divin y éclate! Or, c'estle divin qui excite toutes les colères de nos iconoclastes et de nos septembriseurs, comme c'est le divin qui attire les cœurs épris du beau idéal et provoque leur admiration. |
Nous déposons le présent volume, comme ses aînés, aux pieds du Souverain Pontife, heureux de
pouvoir lui offrir, une fois de plus, un témoignage de notre profonde reconnaissance et de notre filiale vénération. | | | Fr. LÉOPOLD DE CHÉRANCÉ,