‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 29 sur 121 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le noviciat était terminé; mais le noviciat n’est :

qu'un prélude. Il éprouve les vocations, trempe les caractères et imprime à la physionomie un trait spécial, indélébile, le trait caractéristique de la famille religieuse à laquelle on appartient. En un mot, il forme l’homme intérieur; mais à l’enfant de saint François celte première formation ne suffit pas. Il lui en faut une autre, non moins importante, et qui exige plus d'efforts. Semeur de la bonne nouvelle, il a besoin d’être armé pour les luttes de la parole; et de là la nécessilé d’une science vaste et solide, capable de résoudre les objections de l'ignorance ou de la mauvaise foi, et qui ne s’acquiert qu’à l’aide d’études prolongées. De là aussi, selon les temps, la création des séminaires, des scolasticats et des Universités. D’après Rodolphe de Tossignano (1), le couvent d'Orviélo servait de maison d'Études pour la Province

romaine. C’est donc là que Bonaventure ful envoyé .

1, Histoire séraphique, 1. IT.

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au lendemain de sa profession religieuse; c’est là, en compagnie de nombreux condisciples de son âge

que commença cette formation intellectuelle dont nous avons parlé, et qu'il appliqua son esprit aux sciences qui servent de base à la théologie (1). C'est là encore qu'iltranscrivit deux fois la Bible, non dans le bul de recevoir la rémunération de son travail, comme le suppose à lort Ciaconius (2), mais uniquement par esprit de foi et pour la fixer dans sa mémoire. On conserve précieusement ces deux copies. l’une fait partie du trésor de la cathédrale de Bagnoréa ; Pautre se trouve à la bibliothèque borroméenne de Milan.

Dans l'atmosphère sereine d’une maison d'Études, la riche nature du fils des Fidanza s’épanouit tout à son aise. Il lit, et retient tout ce qu'il a lu ; sa mémoire s'enrichit, sans effort ni fatigue, des trésors de l’antiquité; sa vaste intelligence lui permet de mener de front les travaux les plus variés, les études les plus abstruses. Mais il ne se borne pas à lire ou à transcrire. IL prend des notes et s’essaie déjà à quelques compositions imposées par le cours des études : éminence de l’état religieux, graves obligations du Frère-Mineur, sources des connaissances humaines, sublimités de la Bible. C'est le soldat se préparant sous la tenle aux combats de l'avenir, mais le soldat alerte, actif, passionné pour la conquête de la vérité, indifférent à tout le reste. Ses

4, Le Trivium et le Quatrivium.

2. Féret, la Facullé de théologie de Paris, Moyen âge, t. W, p. 276.

maîtres eux-mêmes sont étonnés d’une sagesse si précoce et d’un talent qui FRÈRE de si belles victoires.

Bonaventure demeure ainsi le modele de l’étudiant épris de l'idéal et ami de la discipline. Les jeunes gens apprendront de lui à ne pas trop se fier à leurs propres lumières et à ne pas dédaigner les chefs-d'œuvre légués par les sages et les philosophes des âges précédents. Ils apprendront de lui, également, à suivre dans leurs études une méthode rationnelle et vraiment scientifique, dont il formule ainsi les lois dans son Commentaire sur les Sentences. « Il faut chercher sincèrement la vérité et la défendre avec modération ; dans les discussions, ne pas trop tenir à son propre sentiment. Dans les choses douteuses, il suffit de savoir quelle est l'opinion des hommes comptients. Apprendre pour apprendre est une satisfact.on slérile ; la vraie sagesse consiste à tirer profit de son instruction, à savoir plus pour aimer mieux, et à placer toujours au premier plan la charité divine, qui est le joyau de la terre et du ciel (1). »

Les étudiants de nos salées et de nos Universités ne pourront que gagner à s'inspirer des conseils de Bonaventure et à faire marcher de pair, à son exemple, l'étude et la prière, « deux sœurs qui -doivent se prêter un mutuel appui et qu'il ne faut jamais séparer (2) ».

Pour lui, il n’a garde de les séparer! Travailler est

1. Lib. Sentent., prolog.; — De perfectione vilæ, ce. vin. 2. Bonav., les six ailes du séraphin. — Cf. Hexameron, 8. XIX.

la loi de sa vie ; prier, un besoin de son cœur; l’un et l’autre, un moyen de s'élever au-dessus de la nature et d'atteindre Dieu, but final de toute destinée humaine. C’est ce qu’exprime admirablement la devise qu'il s’est choisie, conformément à l'usage de ces temps, et qui, sous une forme on sous l’autre, cou- ronne toutes ses œuvres :

«In omnibus videas Deum et laudes : En toutes choses regarde Dieu; en toutes choses loue Dieu (1). »

Seulement, il assigne le premier rang à la prière, et avec raison; car si l’activité personnelle fait les vies honorables et fécondes, la prière seule fait les saints. C’est elle qui soutient l'âme aux prises avec l'esprit du mal; c’est elle qui assure les victoires définitives, et sans elle l'homme, même le plus fort et le mieux doué, court à d'irrémédiables défaites.

La plupart des biographes croient que Bonaventure resla trois ans au couvent d’Orviéto (2). En l'absence de documents contemporains et de traditions certaines, le champ est ouvert à toutes les hypothèses, parmi lesquelles on est libre de choisir. Ce qu'on ne saurait contester, c’est que les professeurs eurent vite découvert le talent hors ligne de leur élève et qu'ils en informèrent le Général de l'Ordre. Aymond de Faversham comprit qu’à cette intelligence d'élite, il fallait un maïtre plus expert et une école plus renommée; et comme il avait à cœur, dès les débuts de son administration, de promouvoir

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