‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 79 sur 121 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Exégète, il l’est, et des plus profonds. Il a parcouru d'un bout à l’autre les saintes Écritures, s’en est approprié le style et s’est appliqué à nous en dévoiler les mystères. Ses travaux herméneutiques sont considérables. Ils comprennent plusieurs livres de l’Ancien et du Nouveau Testament : l’Ecclésiaste, la Sagesse et les Évangiles selon saint Luc et saint Jean.

Pour Bonaventure, comme pour saint Antoine de Padoue, comme pour tous les vrais serviteurs de Dieu, l'Écriture sainte est tout. « C’est le fleuve d’eau vive qu'a dépeint l’Apocalypse : fleuve limpide, intarissable, jaillissant du trône de l’Agneau, avec une impéluosité que rien n'arrête, et arrosant le nouvel Eden, l'Église catholique (1). » Illa médite, en interprète tour à tour le sens littéral et le sens spirituel, et les expose l’un et l’autre avec une extrême clarté. Ce qu'il cherche, ce ne sont pas les beautés littéraires, quoiqu'il sache les goûter. Ce qui l’attire, c’est le Christ, « principe et centre de toutes les

1, Bonav., Breviloquium.

sciences. Qui comprend le Verbe sait tout (1)». Les traits du: Verbe incarné sont esquissés, il est vrai, dans les Écritures, mais épars et sans ordre apparent. Bonaventure les recueille avec respect, les réunit en un seul tableau et s’en fait une image adorée qui le suit partout.

Mais il n’est pas de ceux qui retiennent la vérité captive. Riche des trésors de la science sacrée, il les répand à profusion autour de lui. Adorateur du vrai Dieu, il veut le faire connaitre. Il a pitié des pécheurs qu'il voit esclaves de l’or et de la volupté; il a pitié des nations encore assises à l’ombre de la mort, et de celles que dévore le chancre du schisme ou de l’hérésie. Le Franciscain n'est-il pas essentiellement un moine-apôtre, un sauveur d’âmes, le chevalier errant de la vérité, le pionnier de la civilisation? Et toutes les régions de l’univers ne sont-elles pas ouvertes aux saintes audaces de son zèle (2)? Tel était l'idéal de saint Francois d'Assise; ses successeurs l’ont adopté, et Bonaventure s'efforce à son tour de le réaliser.

Dès les premières années de son généralat, il envoie des missionnaires dans toutes les directions. De concert avec saint Louis, il charge le fameux Guillaume de Ruysbrock d'apprendre aux Tartares le nom du divin Rédempteur. Sur le désir d’Alexandre IV, il offre des apôtres à vingt-trois nations plus ou moins barbares, que le même Pape énumère en tête de la bulle Cum hora (1258) : « Sarrasins, Bul-

1. Si intelligis Verbum, intelligis omnia scibilia. 2. Bonav., Exposit. regul.

ToU 1, SAINT BONAVENTURE

gares, Cumans, Ethiopiens, Goths, Ruthènes, Hon- |

grois, Arméniens et autres peuplades de l'Orient. »

Ces missionnaires sont voués par état à toutes sortes de périls, de privations et de souffrances. Bon nombre d’entre eux sont jetés en prison. D’autres sont massacrés, comme ces deux Franciscains de Saphet, que Bibars, sultan d'Égypte, somme de choisir entre l’apostasie ou la mort. IIS choisissent la

mort, et versent leur sang pour la foi, avec six cents

chrétiens qu'ont animés leurs exhortalions et le spectacle de leur constance héroïque (1). Mais ni les menaces ni les supplices n’enrayent le mouvement d'expansion catholique. Le martÿre lui-même est une semence de vocations; et en dilatant ses tentes

jusqu’au fond de la Tartarie et des Indes, l'Ordre ne

perdra rien de sa fécondité.

C'est Bonaventure qui «à lancé Sur tous les chemins ces semeurs de la bonne nouvelle dont nous venons de parler; c’est à lui que revient tout d’abord le mérite de leur fructueux apostolat. Pour lui, il reste en Europe, mais non dans l’inaction. Lui aussi, il prêche. À parlir de 1257 surtout, une fois déchargé de l’enseignement de la théologie, il s'emploie Courageusement au ministère de l’évangélisation, et s’en va, au cours de ses visités pastorales, semant à droite et à gauche le bon grain de Ia vérité. Tant il sent l'importance et la nécessité de la prédication! « Elle est,

dit-il, le soleil des intelligences. Sans elle, l'âme ressemble à l'aveugle du chemin, à une toile où le pin-

4, Wadding, ann. 1266.

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ceau de l'artiste n’a encore rien tracé, à un charbon éteint! Avec elle, tout change, tout se transforme. Elle illumine, elle échauffe, elle embrase, elle trans: figure l'auditoire non moins que l’orateur. Transfiguration qui n’a rien d'incroyable! Est-ce que la parole humaine ne produit pas, elle aussi, des effets merveilleux ? Elle anime l’athlète dans les joûtes de l'arène, le soldat sur les champs de bataille, le laboureur Sur le sillon. Est-il étonnant que la parole divine opère, dans un ordre supérieur, les mêmes merveilles et de plus grandes encore? »

Où prècha saint Bonaventure? A vrai dire, nous n'avons aucun renseignement exact qui nous permette de le suivre au jour le jour dans ses pérégrinations, ni aucun moyen de constater le résultat de ses travaux apostoliques. Cependant, le P. Fidèle de Fanna a trouvé, en Ilalie, un manuscrit anonyme du commencement du xiv° siècle, qui signale soigneuse- ment, avec le titre des sermons, les villes où ils ont été prononcés (1). Ce catalogue, si incomplet qu'il soit, à du moins pour nous l'avantage d’infirmer la thèse d'Oudin et des autres détracteurs du Bienheureux, qui rejetaient comme apocryphes la plupart de ses discours, sous prétexte qu’un Général d'Ordre ne. pouvait avoir tant préché! Sur ce manuscrit nous re levons les noms suivañts : — pour la France, Arles, Arras, Carcassonne, Lyon, Mâcon, Marseille, Meaux, Montpellier, Narbonne, Orléans, Paris, Reims, Rouen, Sens, Toulouse, Tours, là Cour royalé à Vincennes ou

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