‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 129 sur 143 · SON CULTE · texte numérisé non relu

SON CULTE

Pendant les deux mois; que dura le concile, l'Eglise eut à déplorer la perted'un grand nombre de cardinaux, d'évêques et de prélats, au dire de la chronique de Parme. Parmi tant de décès, nulle mort ne causa plus de peine que celle du saint et religieux frère Bonâ-' venture. Par ses' ^sertus et qualités, par son étonnanit savoir il s'était acquis Testime et la confiance de tous, Bonaventure n'était pas de ces hommes qui ne font les choses qu'à demi; dès sa première enfance il avait contracté l'habitude de se faire tout à tous, et dans le travail il sut toujours se dépenser sans calculer, et sans ménager ses forces;: il était dé ceux qui ne s'épargnent jamais. Chargé pendant le concile de négocier de mul-^ tiples affaires, il eut à cœur de le^ faire heureusement aboutir, ce qui l'obligeait à: traiter avec un grand nombre de personnages, de toute condition et de tout rang, afin surtout de mener à bonnes fin la question délicate de l'union des Grecs avec les Latins. Il conduisait de front plusieurs sortes de choses, y compris l'administration de l'Ordre dont il était le chef et le père. Pour les fêtes de la Pentecôte il avait dirigé les grandes assises d'un chapitre général, où furent traitées de graves questions concernant la prospérité

delà famille franciscaine. Quelle santé humaine était capable de résister à un tel surcroît de labeurs? Les forces physiques trahirent en Bonayenture une volonté dont Véhergie paraissait inépuisable. Le vaillant champion de Dieu tomba victime de son infatigable zèle. La mort qui venait mettre un terme à son activité ne lui causa nulle surprise. Vigilant serviteur, il l'attendait; pour lui, la mort n'était pas une étrangère; souventes fois en ses ferventes oraisons il l'avait envisagée sans crainte. A l'école du grand évêque d'Hippone, Bdnaventure avait appris que commencer à vivre c'est déjà s'acheminer vers la tombe.

C'était au lendemain de la quatrième session ; l'infatigable conseiller pontifical, lumière de tout le concile,

^ succomba frappé par un mal qui ne pardonne pas; il tomba fracassé par un n^alaise inexplicable; il tomba, s'effondra, c'est le mot, telle une colonne qui s'écroule en un violent cataclysme. L'arrêt fut aubit, et la mort

- suivit de près.

Le mal inopiné qui, en l'espace de quelques jours, devait priver Grégoire X de l'appui de son principal conseiller, et le concile du secours d'un théologien si rempli de sagesse, n'eut-il d'autre cause que l'épuisement physique occasionné par le surcroît de travail? La chronique abrégée des Ministres Généraux, dont Frère Pèlerin de Bologne est l'auteur; laisse planer un doute qu'on voudrait savoir n'être qu'une fable. Frère Pèlerin est le seul qui le dise, mais son affirmation est absolue : « Une main criminelle empoisonna une coupe dont le contenu conduisit au tombeau l'illustre champion de la sainte Eglise^. » Des jaloux, il s'en glisse partout, ne pouvaient supporter que le pape et les Pères du concile accordassent tant de confiance à de pauvres religieux;

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