I. V. ci-dessus p
a. Epist, 5a, p. i53. Le pape recommande d^ailleurs à à Tëpiscopat franc, /. c, et à Boniface lui-même, Epist, 5i, p. i5a, de tenir un concile tous les ans.
3. Wiilibald, c. 7, p. 4^3 : Cumque Carli ducîs gloriosi temporale finitum esset regnum etfiliorum ejus Charlomani et Pippini roboratum esset imperium, tum quippe Deo opitulante ac suggerente sancto Bonifatio archieplscopo, religîonis chrîstianse confirmatum est testamentum, etorthodoxorumpatrum sjnodalia sunt in Francis correctainstituta, cunctaque cane-' num auctoritate emendata atque expiata. Ce passage, qui pourrait laisser encore quelque incertitude, est éclairé par le suivant, c. 8, p. ^61^ qui ne laisse place à aucun doute : Sanctus hic Domini autistes, hac soiertissimae sollicitudinis cura inspiratus, plebem a pestifera tortuosi serpentis persuasione eripere curavit, et Charlomannum ducem ad congregandum supradictwn synodorum conventum stepissime ineitavit^
réussir, et le jour vint où, écrivant au pape, il put lui annoncer que le duc Carloman venait de s'adresser à luiy en le priant de convoquer une assemblée des évoques de son royaume, c^est-à-dire, de TAustrasie^ Il demandait à cette occasion les conseils et les instructions du Saint-Siège, afin, comme il le disait, que raccord fût parfait entre le souverain pontife et son légat, et que chacun proclamât la même chose, le pape à Rome, et Boniface en Germanie'.
La réponse très encourageante du pape Zacharie ne se fit pas attendre', et Boniface se mit à l'œuvre.
I. Epist, 43, p. lia (lettre de Boniface au pape Zacharie, janvier-mars 74») *. Notum similiter sîi paternitati vestrae, quod Carlomannus dux Francorum me arcessitum ad se rogavit ut in parte regni Francorum quae est in sua potestate sjnodum ceperem congregare. Ce passage ne saurait prouver aucunement, comme on Ta soutenu, que l'initiative des conciles d*Autrasie appartient à Carloman ; voir là-dessus les excellentes considérations de Hahn, Jahrbiicher^ p. 3i, que je fais miennes.
a. Epist, 4^1 pp. lia et 1 13 : Quapropter, si hoc Deo inspirante veraciter implere voluerit, consilium et prœceptum vestrae auctoritatis, id est apostolicae sedis habere et sapere debeo.... Nam si per verbum vestrum hoc negotium, duce rogante supradicto, movere et incipere debeo, praeceptum et judicium apostolicœ sedis cum canonibus ecclesiasticis praesto habere cupio.
3. Epist. 43, p* 116. Cette ëpître portant la date du i*' avril 743, il faudrait admettre : a) que le pape a attendu plus d'un an pour répondre à Boniface sur la question si importante du concile; b) qu'il n'a pas même pris la peine de s'expliquer au sujet d'un retard si préjudiciable; c) que Boniface est allé de l'avant sans attendre la décision du souverain pontife. Ces trois invraisemblances disparaissent si l'on admet avec Dûnzelmann (Forschungen zur deutschen Ge~ schichte, t. XIII, p. 8) amendé et complété par Hahn (même
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Alors commença ce qu'on pourrait appeler le mouvement conciliaire de l'Empire franc. Il y eut d'abord deux conciles d'Austrasie successifs réunis par Carloman, le premier, le 21 avril ^4^ on ne sait où, le second auxEstinnes en Hainaut, le i^'^mars y 4^. Puis, pris d'émulation, Pépin le Bref voulut avoir aussi sa réforme, et le concile tenu en 744cl^ns son royaume, n Soissons, reproduisit en grande partie les dispositions des deux synodes austrasiens. Enfin, pour couronner l'œuvre, un concile général de tout l'empire franc fut réuni en y^S, Le travail de réforme accompli par ces quatre grandes assemblées est un des plus salutaires de l'histoire. Il tira l'Église franque du chaos et de l'opprobre, et la débarrassa des principaux abus dont elle souffrait; il lui rendit son prestige avec sa fécondité ; et l'on peut, dans une bonne mesure, comparer la régénération religieuse qui en fut le résultat à celle dont le concile de Trente, au xvi® siècle, fut le point de départ pour l'Église universelle.
Il n'entre pas dans le plan de ce modeste écrit de retracer dans son ensemble l'histoire de cette grande épuration ; il suffit d'y marquer la place qui revient à Boniface. C'est lui qui présida aux travaux des conciles en qualité de légat du pape, tant en Austrasie qu'en Gaule. C'est son programme aussi qu'on y réalisa, souvent même en employant ses propres expressions. Rendre à l'Église franque son organisation
recueil, t. XVI, p. 5a) que la date est fautive, et que la lettre du pape est en réalité de 74a.
hiérarchique et son activité conciUaire, ramener à sa pureté première la vie du clergé, débarrasser la foi des fidèles des superstitions qui Tobscurcissaient, telle avait été de tout temps sa triple préoccupation, et tel fut aussi le triple résultat acquis par les quatre conciles francs, ainsi qu'on va le voir.
La hiérarchie métropolitaine était tombée en désuétude dans l'empire franc, et avec elle les conciles. Elle fut rétablie. De même que Boniface était archevêque de Germanie, de même il y eut des archevêques à Reims, à Sens et à Rouen. Tous les ans il devait se tenir un concile, chargé d'élaborer la législation ecclésiastique, de rétablir l'Eglise dans ses droits, et de veiller à la pureté de la foi et des mœurs. Soumis d'une part à son archevêque, Tévêque devait être, d'autre part, le seul maître dans son diocèse : on refusa toute juridiction aux évêques et prêtres ambulants, aussi longtemps que leurs titres n'auraient pas été examinés dans un concile. Les prêtres étaient visités par leurs évêques ; pendant le carême, ils lui rendaient compte de leur gestion; tous les jeudis saints ils recevaient de lui les saintes huiles, ils devaieiit l'assister lorsqu'il venait distribuer la confirmation.
De nombreuses et minutieuses prescriptions s'attachèrent à réformer la vie du clergé. Il lui fut interdit de porter les armes, d'aller à la guerre et à la chasse, de tenir des faucons. Il dut s'astreindre à revêtir le costume ecclésiastique, et renoncer à garder une femme sous son toit, à moins que ce ne fût sa mère,
sa sœur ou sa nièce. Les ecclésiastiques fornicateurs et débauchés furent condamnés à être déposés, enfermés et mis au pain et à Teau ; s'ils étaient prêtres, ils étaient fustigés et subissaient deux ans de prison ; étaient-ce de simples clercs ou des religieux, la fustigation était appliquée trois fois et la prison était d'un an. Les religieuses, en cas d'inconduite, étaient frappées de la même peine et on leur rasait les cheveux. Enfin, la règle de saint Benoît fut rendue obligatoire dans les monastères ^
La troisième tache des conciles était plus vaste et plus ardue que les deux premières. Le combat contre les superstitions et contre les pratiques païennes des fidèles embrassait à peu près tous les actes de la vie. L'énumération que fait le concile des Estinnes des principales paganies^ ne nous apprendrait que fort imparfaitement la situation, si nous n'avions pas conserve un précieux document élaboré, ce semble, dans un des quatre synodes francs, et qui porte le titre d'Indiculus Superstitionum, C'est, dans ses trente articles, un vrai Syllabus des erreurs religieuses des fidèles du viu^ siècle, ou du moins de celles qui paraissaient à TÉglise les plus dangereuses ou les plus condamnables. On y voit que les populations chrétiennes étaient restées en grande partie, surtout dans les campagnes, sous Tinfluence des vieilles idées mythologiques. Elles n'étaient plus
I. Sirmond, Concilia Galliœ, t. I, pp. 537-589. a. Sirmond, op, cit,, t. I, p. 539, canon 5.
LA RÉFORME DE L'ÉGLISE FRANQUfî. 97
officiellement idolâtres, elles appartenaient, par le baptême et par le culte, à la communion catholique, mais toutes leurs pratiques et toutes leurs idées restaient empreintes d'un cachet païen dont souvent elles n'avaient pas conscience. Rien de plus curieux que cette existence en partie double, si Ton peut ainsi parler, qui associait dans les hommages des chrétiens d'alors Jésus-Christ et Wodan. « La vie religieuse des Francs était entièrement sous le charme des vieux mythes et du vieux culte. Attirés par l'horreur mystérieuse des banquets sacrés, ils couraient en secret, souvent au sortir du festin eucharistique, ofFrir des sacrifices ou célébrer des fêtes devant les dolmens, au pied des arbres, au bord des fontaines; ils y chantaient leurs hymnes traditionnelles, ils s'y asseyaient à des repas où l'on mangeait la viande des chevaux immolés aux dieux, et ils se retrouvaient avec délices dans l'atmosphère d'un passé qui avait gardé tant de charmes pour des âmes à moitié sauvages. Ceux-là même qui ne poussaient pas aussi loin l'infidélité au Dieu de l'Évangile emplissaient leur vie d'une multitude de pratiques empruntées aux erreurs païennes. Ils chômaient le jeudi en l'honneur de Thor, croyaient à des jours prédestinés, tiraient des horoscopes, lisaient l'avenir dans le vol des oiseaux, dans le hennissement des chevaux, et dans les cendres du foyer, consultaient des pythonisses, avaient des incantations ou autres moyens magiques pour se rendre le destin favorable, se chargeaient
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d'amulettes, envoûtaient leurs ennemis, allumaient des feux sacrés aux époques fixées par la tradition, et se livraient avec frénésie aux divertissements obscènes et barbares que leur avait légués la tradition primitive*. »
Contre toutes ces pratiques païennes, et contre d'autres usages qui n'étaient pas moins en contradiction avec la loi morale du christianisme, comme le mariage entre proches parents ou avec des religieuses, ou encore la vente d'esclaves chrétiens à des païens, le concile voulut que le bras séculier prêtât main-forte à l'autorité religieuse. Dans chaque diocèse, le comte, qui était le défenseur de l'Eglise, comme s'exprime le concile des Estinnes, devait avoir soin d'empêcher et d'interdire rigoureusement les pratiques païennes ; une amende de quinze sous était fulminée contre ceux qui s'y livraient.
C'est aussi dans un de ces conciles francs que Boniface fit juger la cause des hérésiarques Aldebert et Clément. Le concile' décida que toutes les croix que le premier avait fait ériger seraient abattues'; il condamna ces deux aventuriers et ordonna qu'ils fussent enfermés'. Ces mesures de rigueur détermi-
I. G. Kurth, Ias Origines de la cmlisaùon moderne^ 4* édition, t. II, p. io3. Les traits de ce tableau sont empruntes surtout à Epist, a8, p. 93, à Vindiculus superstittonum et aux canons du concile des Estinnes.
3. Concile de Soissons en 744, canon 7 dans Sirmond, o. c, t. I, p. 545*