R. P. DOM BONIFACE FERRIER
ONIFACE Ferrier, d'une noble maison de Valence, en Espagne, naquit en i355. Ayant été reçu docteur en l'un et l'autre droit, dans
■i Brevis Historia ap. Martène, t. VI, col. 2o5. — Le Coulteux, Annales cit. ms. — D'Achery, Spicilegium^ t. VI, p. 632. — Kalendarium Cartusice Vallis-bonœ, p. 843 et sq. — Dorlandus, Chronicon cit. lib. IV, cap. xxv. — Pétréius annot. Dorl. lib. IV. — Dom Sutor, de vita Cartusiana, lib. II, tract, m, cap. vu. — Tromby, Storia cit. t. VII, append. I et II, pp. CLXiii, CLXVii. — Morozzo, Theat. p. 25-26. — R. P. Helyot, op. cit. — De Tracy, op. cit. p. 261. — Moreri, Dict. Hist. — La Grande Chartj'eiise^ p. 77 et 79.
rUniversité de Lérida, il exerça la magistrature dans sa ville natale. Il acquit bientôt la réputation de Jurisconsulte distingué et se maria selon le désir de sa famille -, mais Dieu l'ayant frappé dans ses affections terrestres., en lui enlevant son épouse et de nombreux enfants, il résolut de se retirer dans la solitude et de se vouer à l'état monastique. Son frère, saint Vincent Ferrier, Religieux de rOrdre de Saint-Dominique, le confirma dans ce pieux dessein. C'est pourquoi, après avoir vendu ses biens, il en distribua le prix aux pauvres, ne conservant que ce qui était nécessaire à l'établissement des deux fils qui lui restaient. Alors dégagé des choses du monde, il entra chez les Chartreux de Porta-Cœli, près de Valence, en iSqô, à l'âge de quarante et un ans.
Tout entier à sa nouvelle vocation, il fit bientôt Profession, reçut les saints Ordres et peu après fut élu Prieur de sa Maison. « Estant éprouvé — dit Un de ses biographes — et estimé fidel, il parvint bien tost au nombre des parfaicts ; car il estoit si humble, charitable, grave et dévotieux qu'il ravissoit tous les autres en admiration de ses vertus. » La renommée de sa sainteté, de sa science et de sa prudente administration étant connue des Religieux de la Grande Chartreuse, ils l'appelèrent, en 1402, quatre ans après sa Profession, à succéder à Dom Guillaume de Raynald. Dom Boniface dirigea avec habileté les disciples de saint Bruno , « estant — dit un de ses historiens — homme a dextre tant pour le temporel que pour le spirituel. » Il
résida cependant peu à la Grande Chartreuse, étant très souvent appelé près du Pape à Avignon. Les circonstances étaient difficiles ; le schisme continuait, et Benoit XIII, qui avait succédé à Clément VII, disputait le Pontificat à Grégoire XII, successeur de Boniface IX et d'Innocent VII. L'Ordre des Chartreux continuait aussi à être divisé et possédait deux Généraux. Ces Religieux éminemment remarquables par leurs vertus, s'affligeaientde cette division, et réunissaient leurs efforts pour faire cesser cet état de choses. On a conservé une lettre de Dom Etienne Maconi aux Religieux de la Grande Chartreuse, dans laquelle il supplie ses frères défaire cesser le schisme. La lettre est de 1408.
Les avances de Dom Maconi ne furent pas, dès le principe, couronnées de succès. La désunion provenant uniquement des dissensions qui déchiraient l'Église, il fallait attendre la fin du schisme. Dès qu'on apprit la convocation d'un Concile Général à Pise, Dom Maconi écrivit aux Religieux de la Grande Chartreuse et les supplia d'envoyer au Concile deux députés pour s'entendre avec lui sur la grave question en litige. Cette proposition ayant été accueillie avec bonheur, Dom Jean de Griffenberg, Prieur de la Chartreuse de Paris, et Dom JeanTirelle, Prieur de Bourg-Fontaine, furent envoyés à Pise, où s'était rendu le Révérend Père Dom Boniface Ferrier en 1490.
Dans le Concile, les deux compétiteurs Benoit XIII et Grégoire XII furent déposés et Alexandre V proclamé Pape ; les deux Généraux des Chartreux
avaient déjà renoncé simultanément à leur dignité. A la demande des députés, Dom Ferrier, pour pacifier TOrdre et le ramener à Tunité, donna par écrit sa démission. Il en fit part à la Cour pontificale, et termina ainsi sa lettre : « Statuisse Car- (c tiisiœ Prioratiim ac Gêner alatum simili deponere^ a liti per has litteras depono^ abdico, iisque omni- « nô refiuncîo^ in tiomine Patris et Filii et Spi- « ritus Saticti. » En même temps, il engageait son compétiteur, Dom Maconi, à suivre son exemple. Ce saint Religieux, qui avait fait lui-même les premières démarches, accepta avec empressement le moyen qui lui était offert de rétablir l'union parmi les Chartreux, et Ton put procéder à Télection d'un nouveau Général accepté par les deux partis.
Le 21 avril 1410, le Chapitre Général tint une séance qui empruntait à la circonstance présente une solennité tout exceptionnelle. Le Père Scribe donna lecture de la démission du Révérend Père Dom Boniface Ferrier, et aussitôt Dom Etienne Maconi présent à la séance a3''ant déclaré qu'il se démettait de sa charge, les Définiteurs se rassemblèrent pour élire un Général. Dans cette grave situation, les Profès de la Grande Chartreuse avaient cru devoir abandonner leur droit d'élection. Les Définiteurs nommèrent à l'unanimité le Prieur de Paris, Dom Jean de Griflfenberg, l'un des deux députés au Concile de Pise. Cette élection fut acceptée avec bonheur par les deux partis, et dès lors la paix la plus profonde régna dans l'Ordre entier.
Cependant, Benoit XIII qui avait de fréquents
rapports avec Dom Ferrier l'engageait à imiter sa résistance. Ce prélat n'avait pas accepté la décision du Concile de Pise et avait écrit à l'ancien Général des Chartreux, pour l'engager à rester au pouvoir sans tenir compte de Télection du Prieur de Paris; la lettre est datée du lo juin 141 o. Malgré ces excitations, rien ne put faire changer la décision prise par Dom Ferrier. Benoit XIII avait cependant insisté pour l'engager à se considérer toujours comme le Général de l'Ordre, et à exercer le pouvoir malgré son abdication. Il lui proposait même de lui donner les autorisations nécessaires à la réunion d'un nouveau Chapitre Général dans le Monastère qu'il jugerait convenable, et de contrebalancer ainsi les décisions prises au dernier Chapitre tenu à la Grande Chartreuse. Ces lettres sont datées du 18 juin et 26 septembre 1410. Dans l'espérance de ramener Pierre de Lune à de meilleurs sentiments, Dom Ferrier resta encore quelque temps auprès de lui, mais le voyant toujours décidé à la lutte pour ressaisir le pouvoir et se maintenir sur le trône pontifical, contrairement aux décrets du Concile de Constance, il abandonna son parti et se retira dans la Chartreuse de Porta-Cœli.
On a conservé de Dom Boniface Ferrier de nombreux écrits, des lettres, des sermons et divers traités. En dehors d'un Mémoire célèbre, écrit pour défendre les droits fort douteux de Benoit XIII, et dans lequel le Général des Chartreux se laisse entrai-, ner par de nombreuses préventions, on cite surtout un traité dans lequel il examine pourquoi il y a eu si
peu de Chartreux canonisés. L'ouvrage a pour titre : Quare Ordo Cartusianorum tion habeai midtos sanctos canoniiatos. Parmi les autres ouvrages,nous trouvons : De cei^emoniis qiiibusdam Ordinis Cartusiani et de approbatione et confirmât io7ie Ordinis Cartusiani à Rojîiana Sede. Enfin une traduction de la Bible en espagnol.
Dom Boniface Ferrier mourut dans le Monastère de Porta-Gœli, au milieu des pratiques des vertus religieuses, le 24 avril 141 7. Il avait gouverné une partie de l'Ordre pendant huit ans ' .
R. p. DOM JEAN III.
EAN de Griffenberg, qu'on trouve encore écrit de GrifFemont ou de Frissemont, était issu d'une noble famille Saxonne. Désireux de se donner tout entier à Dieu, il vint frapper à la porte de la Chartreuse de Paris, fut reçu dans ce Monastère, y fit Profession et en devint Prieur, quelques
^ Charta C apituli Generalis an. 1407, ap. Dom Innoc. Le Masson, Annales^ lib. II, pars II, n. 10. — Ibid. lib. II, pp. 202, 204, 205. — Martène, t. II, Thesaur. Anecdotar. cap. Lxxi, col. 1484, i53o. — Id. Veter. Scriptor. t. VII. col. 474. — D. Barthélémy 'Sicaienûs, VitaB.Stephani Maconi, lib. III, p. 192 et sq. — Martène, Nova Anecdotar. t. II, a fol. 1435 ad 1534. — Sutor, de Vita Cartus. lib. II, cap. VII. — Dom Pétréius, Biblîot. Cartus. lit. B, p. 27. — Anonymus ap. Martène. Veter. Script. — Dorlandus, op. cit. lib. IV. cap. XXVI. — Morozzo, Theatrum cit. pp. 26, 67. — Moieri. Dict. Hist. — De Tracy, op. cit. p. 263. — La Grande Chartreuse par un Chartreux, p. 94 et sq.
années plus tard. Pendant son Priorat, il fut envoyé par rOrdre au Concile de Pise pour faire cesser la division qui désolait la famille cartusienne. Dom Jean de Griffenberg réussit dans ses démarches et revint à la Grande Chartreuse avec la démission de Dom Boniface Ferrier et de Dom Etienne Maconi. Dès lors, le Chapitre Général put se réunir, et le 21 avril 141 o, les Définiteurs l'élurent Général de l'Ordre.
Le nouveau Prieur de Chartreuse était renommé pour sa charité envers les pauvres, mais la bonté de son cœur se montrait surtout dans ses rapports avec ses Religieux. Par sa douceur, sa bienveillance et sa prudence il pacifia les esprits et parvint à faire disparaître les derniers vestiges de la regrettable scission qui avait divisé l'Ordre pendant près de trente ans.
Dom Jean de Griffenberg s'endormit dans la paix du Seigneur, aux calendes de novembre 1420, ayant sagement gouverné, pendant l'espace de dix années ^
R. P. DOM GUILLAUiME III.
PRÈS avoir fait Profession à la Grande Chartreuse, Guillaume de la Motte était heureux de s'entretenir seul à seul avec Dieu dans
■• Morozzo, Theatrum Chronologîcum^ p. 27. — De Tracy, Vie de saint Bruno^ p 264. — L'antique chronique des Pri-
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la solitude et désirait rester simple Religieux ; mais obligé, par obéissance, d'exercer la charge de Procureur du Couvent, il remplit ce poste important, avec une douceur, une sagesse, et une habileté si remarquables, qu'à la mort de Dom Jean de Griffenberg, en 1420, il fut, quoique déjà fort âgé, élu Général. Austère pour lui, il était indulgent pour les autres. Très charitable envers les pauvres, il était heureux de venir à leur secours. On rapporte que dans une année de disette, il distribua une telle quantité de froment et d'argent aux nombreux malheureux qui venaient demander des secours,à la porte du Monastère, qu'il conserva à peine le nécessaire pour la nourriture de ses Religieux.
Pendant sa longue carrière, Dom Guillaume ne cessa de donner l'exemple de la mortification et de l'austérité la plus grande. Ce saint Prieur se distingua, dit le Père Délie, « par son abstinence et son assiduité à TOffice divin, sans que son grand âge ou ses occupations extérieures aient été pour lui des raisons de s'en dispenser. «
Le Révérend Père Dom Guillaume de la Motte mourut le 18 juin 1487, après un Généralat de dixsept ans. L'Obituaire de la Grande Chartreuse dit de lui qu'il était un Religieux «de pieuse et illustre mémoire. » Après sa mort, de nombreux miracles constatèrent la sainteté de ce vénérable Solitaire * .
eurs de Chartreuse éditée par Dom Martène se termine au Généralat de Jean de GrifFenberg.
^ Dom Pétréius, Annot. Dorland. — Dom Couturier, op. cit. lib. II, cap. v. — Morozzo, Theat. cit. p. 27. — De Tra-
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