CHAPITRE IV
CESAIRE METROPOLITAIN (5o3). SES RAPPORTS AVEC
LA PROVINCE VIENNOISE. LES STATUTS ANTIQUES DE L'EGLISE, LEUR APPLICATION. VICARIAT D'ARLES.
Le privilege de suprematie dont les metropoles des provinces imperiales jouissaient au civil sur les simples cites s'etendit au domaine ecclesiastique. En Orient, cet usage fut regularise par un canon du concile de Nicee, mais en Gaule ce fut seulement au debut du v e siecle que naquit une pareille pretention. Aries et Vienne se disputerent ce litre, en invoquant, Fune, 1'antiquite de son siege episcopal et les faveurs de la maison constantinienne ; Tautre, la presence du vicaire des sept provinces meridionales. L'affaire fut portee devant le synode de Turin, le 22 septembre 4 QI - On decida, pour le bien de la paix, un partage a 1'amiable, et Ton conserva a chacun des deux eveches les villes qui en etaientle plus rapprochees.
Cette situation ne fut pas du gout de Patrocle. Cet etrange eveque d 1 Aries appartenait a la categoric des prelats cupides dont Tambition egalait la vulgarite ou 1'indignite. II obtint du Pape Zosime le decret
surprenant que tout clerc, tout ev^que gaulois allant a Rome ou ailleurs devait prendre a la chancellerie arlesienne le passe-port de lettres formees ou testimoniales afin d'etre recu a la commiunion. Puis, sur la Viennoise et les deux Narbonnaises, Feveque d' Aries aurait la principale auto rite dans les ordinations, a I'exclusion des metropolitains respectifs. Allant plus loin encore, le Pape revendiquait pour son protege la juridictioii superieure sur toutes les paroisses danstous les pays de la Gaule (22 mars 417) *. Enfin, montrant sa volonte de faire de Patrocle le vicaire du Saint-Siege, Zosime ecrivit aux eveques d'Afrique, de Gaule, d'Espagne, au sujet de Tuentius et Ursus, ordonnes illicitement par Procule de Marseille sur des territoires dependant de la metropole d' Aries 2 .
Une nouvelle lettre papale du 26 septembre 4 I 7 signifia a 1'eveque de Narbonne, Hilaire, de s'abstenir de sacrer les eveques dans la premiere Narbonnaise, ce droit etant reserve a Patrocle. Aries, dit-il, a recu la foi de Trophime envoye par le siege apostolique, et depuis lors une veneration toute sainte couvre cette ville et la met justement plus haul que toutes les autres. Si vous veniez a tenter des ordinations de pretres ou d' eveques, ce serait vous priver de la communion catholique .
Le meme jour, le meme Pape confirma les privileges qui nous etonnent et dont nous relisons le texte
. Letlre du Pape Zosime : Quascumque parochias in quibuslibet parochiis etiam extra provincias suas..: Jaffe r
2. Gallia Christiana novissima, par M. le chanoine Ulysse Chevalier. Eveche' de Marseille, n 12. Cette piece a un grand interet. pour Marseille et les paroisses des vid de Garguier et de Ceyreste.
CESAIRE METROPOLITAN. 61
solennel plus favorable encore, s'il se pent, pour Aries et plus cordial envers Patrocle 1 .
En moins de deux ans de presence au Souverain- Pontificat, Zosime avail done beaucoup fait pour son ami d' Aries, le favori du patrice Constance 2 . Son successeur, Boniface, diminua cette puissance et, quand Patrocle mourut assassine par le tribun Barnafye, en 4^6, la situation changea de face.
Le doux Honorat passa si peu de temps a Aries (426-429) qu'il dut s'occuper bien plus de reparer les ruines morales accumulees sous son predecesseur que d'exercer ses droits primatiaux 3 . Mais saint Hilaire, qui resta vingt ans eveque (429-449)? n'hesita pas a prendre en main Fautorite que Patrocle s'etait fait attribuer. Ardent, austere, inflexible, ce moine de Lerins voulut soumettre a sa puissance toutes les ordinations de la Gaule. Le Pape Leon faisant le recit de ses usurpations, blame durement le metropolitain de ses paroles arrogantes envers le Saint-Siege et de son defaut de reverence. II se faitsuivre, ajoute-t-il, de la force armee pour imposer le respect des canons et n'avertit meme pas ceuxqui sontles chefs de la ville ou il entreen maitre 4 .
Quand Celidoine, eveque de Besancon, et d'autres victimes en eurent appele au Souverain Pontife contre les abus d'Hilaire, celui-ci ne reconnut a personne le droit de reformer sa sentence. Leon, blessf3
1. Gallia Christiana novissima. Aries. Instr. 89, 4o? 4 1 ) 4^.