CONCLUSION
genese des mceurs d'aujourd'hui et de la culture generale actuelle doit se reporter a cet auteur. Ses ecrits sont d'autant plus precieux qu'il est place comme sur le versant de deux mondes, celui de Rome pai'enne qui disparait en s'ecroulant, celui des Francs qui se forme dans une conception batailleuse. La vie spirituelle des catholiques atteint les campagnards ignorants, cherche a detruire leur superstitions celtodruidiques et envahit la Gaule par ses etablissements . de bienfaisance. L'histoire de la litterature classique sait que, si 1'eveque d' Aries n'a pas precisement favorise ce qu'on appelle le bel esprit, il a ete un excitateur puissant des etudes et de Fart chretiens. Homme politique, courtisan, il ne Test pour rien ; ce qui fait sa caracteristique tres particuliere, c'est son amour pour les ames, pour Rome, pour le Pape, pour 1'Eglise. La theologie et le droit canon, la predication et 1'ascetisme peuvent s'abreuver abondamment a ses ceuvres. Celles-ci expliquent la tradition, les coutumes nationales, 1'origine de certaines hymnologies. Pendant que se faisait sans lui 1'unite politique dans la Gaule, il travaillait de toutes ses forces a 1'unite morale et religieuse. La foi catholique est menacee dans le dogme dela grace, il la defend intrepidement a Orange; les principes de 1'evangile sont grossierement enfreints, il les rappelle hautement dans ses livres; la morale se relache par 1'invasion des Barbares, il la reforme dans les canons des conciles. Toutes les fois qu'il est besoin d'un organisateur et d'un maitre spirituel, Cesaire est present. Aux moines et aux religieux il assigne un ideal jusqu'alors inconnu; aux chefs du clerge, aux pretres, aux diacres de toutes les provinces gauloises il communique des preceptes aussi
justes qu'eloquents. Pour tous il est unexemplaire et un modele. Ilsait plaire parce qu'il est ruisselant de\ bonte et qu'il puise sa piete aux plus pures racines du catholicisme. La science de 1'hagiographie qui, au vi e siecle, commence a remplacer la culture classique, ne parait pas avoir exagere lorsqu'elle appela Cesaire unhomme extraordinaire et un tres grand saint.
Pour nous, il porte les signes d'un precurseur. II a pens6 ce que d'autres ont pense seulement plus tard, il a dit et fait ce que beaucoup declareront et pratiqueront dans la suite. De nos jours encore, 1'observateur reconnait dans le clerge, les moines, les fideles et certaines ecoles ce que 1'eveque d' Aries avait recommande dans ses statuts. Son code disciplinaire est tres important, tres fecond, mais rien ne vaut, vraisemblablement, le tresor de sa predication. La chaire francaise pourrait gagner beaucoup a utiliser les sermons de ce grand prScheur.
Dans le desordre et la dissolution des moeurs il eleve un phare lumineux d'oii jaillit une lumiere eclatante. Les incertitudes de son epoque de transition, les obscurites de son temps, il s'efforce de les condenser en formules, de les transformer en claries. La nuit du haut moyen age s'avance. Avec une conscience tremblante mais la force d'un apotre, il se hate a tracer le sillon du peuple chretien.
Catechiste des humbles comme des puissants, il leur a donne la doctrine qui reconforte; maitre de TEglise merovingienne tout entiere, il a pressenti ses besoins et les a satisfaits ; primat enfin et vicaire du Pape, il a serre les fideles et les pasteurs autour du Saint-Siege, montrant par la un sens bien remarquable des destinees futures du pays franc.