‹ Saint Colomban: (vers 540-615)Chapitre 18 sur 42 · I. y Un Wularîci^ 8, dans M. G. H., Script, Merov,^ IV, i · texte numérisé non relu

I. y Un Wularîci^ 8, dans M. G. H., Script, Merov,^ IV, i

les scènes gracieuses de TÉden, telles que les ascètes de rÉrin se les représeutaient dans leurs légendes. Les créatures subjuguées lui rendaient la même obéissance qu'à notre premier père ; elles rentraient pour lui dans Tordre primitif que le péché a tristement détruit.

Cet empire, au début, il semble Tavoir conquis de haute lutte.. Un jour, absorbé dans de pieuses considérations, il se demandait s'il valait mieux tomber entre les mains des brigands ou sous la griffe des fauves: il venait de conclure pour la seconde alternative, car un animal, si cruel soit-il envers sa victime, fait son œuvre d'animal et n'offense point le Très-Haut. Tout à coup, il se voit cerné par douze loups furieux. Sans s'émouvoir, il invoque le secours d'En Haut par le verset Deus in adjutoriiim meum intende y qui déjà se répétait souvent dans le cours de la psalmodie. Cependant les bêtes approchent... leur cercle se resserre... déjà, ^lles sont sur lui; elles flairent ses vêtements; mais, ô prodige, elles reculent, vaincues par cette intrépidité ou plutôt par celte confiance surhumaine dans l'assistance du Tout Puissant. A peine ce danger passé, il entendit les pas et les voix de Suèves qui circulaient par le fourré, cherchant aventure; mais ils ne le virent point... peut-être même, tout ceci n'était-il qu'un jeu de l'imagination surexcitée ; mais le Seigneur l'avait permis,

pour faire sentir à son athlète le double péril qu'il venait d'appréhender.

Un ours s'apprêtait à dévorer un cerf : Colomban qui le rencontra, lui enjoignit de ne point gâter une peau dont il avait grand besoin, pour tailler des chaussures à ses moines, et la bête de lâcher aussitôt sa proie. Un corbeau lui avait enlevé Tune des moufles dont il protégeait ses mains durant le travail ; comme jadis saint Kiéran, dans une circonstance analogue, il commanda au voleur de la lui rapporter et le voleur s'exécuta, docile et empresse.

Dans Tune de ses pérégrinations au milieu de la foret, il monta à travers les ronces et les épines sur un large plateau rocheux. Soudain, un ours se présenta devant lui : c'était l'habitant d'une grotte qui s'ouvrait non loin de là, dans l'escarpement de Ja paroi. Le lieu lui plut par sa sauvagerie et, comme devant le visage émacié de ce visiteur qui ne conservait presque rien de terrestre, le plantigrade oubliait sa férocité native, il lui ordonna de céder la place et de ne plus fréquenter ces parages, et l'animal s'en alla sur-le-champ.

Cette caverne ainsi obtenue fut son ermitage préféré. Elle n'était pas très éloignée du monastère, à quelques milles à peine* : il pouvait donc

I. V ermitage dit de Saînt-Colomban se montre encore perché à 5oo mètres d*altitude, à i kil. 5 environ, au nord-est

s^y retirer sans perdre tout contact avec sa communauté et Domoal, au besoin, son serviteur et son unique compagnon, lui tenait lieu de messager. Régulièrement, chaque dimanche, il s'y retranchait et, aux approches des grandes solennités de Tannée liturgique, il y faisait, dans la pénitence et la contemplation, des carêmes de cinq à sept semaines, tt O Seigneur Dieu, répétait-il \ déracinez, extirpez de mon âme tout ce que l'adversaire y a planté ; enlevez de mon dœur et de mes lèvres toute iniquité; donnez-moi Tintelligence et rhabitude du bien, afin que, en œuvre et en vérité, je vous serve vous seul ; je sache accomplir les préceptes du Christ et vous chercher, ô mon Dieu! Accordez-moi la mémoire, la charité, la foi. Seigneur, opérez en moi le bien et donnez-moi ce que vous jugez m'étre utile.»

Il se délassait du pieux labeur de la prière et de la méditation dans la compagnie des hôtes de la forêt. A sa voix, les oiseaux volaient sur son épaule et s'enhardissaient à manger dans sa main ; les fauves accouraient et s'abandonnaient à ses cares-

d'Annegray. Au pied de la roche, coule une eau regardée comme miraculeuse.

I. Prière attribuée à saint Colomban etioscrite au folio 9 de son Èvangéliaire (Cod. G. VII, i5, de la Bibl. de Turin). — Mais cet Èvangéliaire^ dit de saint Colomban^ est- il celui qu'il portait durant ses YOjages, dans un sachet, sur son épaule? S. Berger (Hist, de la ^ulgate^ 58) le conteste.

ses et les écureuils desceudaieiit de la cime des arbres, se laissaient prendre par lui et se jouaient dans les plis de ses vêtements.

De telles scènes ne nous surprendraient point du poète candide et simple que fut le Pauvre d'Assise ; elles étonneraient davantage de la part de Colomban, si nous ne nous souvenions de Tintérêt affec* tueux que tout bon Irlandais portait à la nature. L'amour de Dieu qui débordait de cette âme, allait ainsi s'épancliant sur les créatures : Taustère anachorète vivait réellement le Cantique des Enfants dans la fournaise* : « Bénissez le Seigneur, oiseaux du ciel; bêtes privées ou sauvages, bénissez le Seigneur! »

Dans ce désert, sa nourriture ne se composait que d'iierbes et de fruits sauvages et l'eau formait son unique boisson. Lassé un jour de chercher cette eau à une distance considérable, Domoal échappa une plainte. « Creuse le rocher », lui dit son maître qui se mit aussitôt en oraison, et, à l'appel de ce nouveau Moïse, une source jaillit limpide et fraîche; elle coule encore aujourd'hui, fort vénérée des gens d'alentour.

Et le biographe de saluer, en relatant ces merveilles, la confiance absolue en la Providence, l'une des vertus saillantes de son héros. Jésus n'a-t-il

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