‹ Saint Colomban: (vers 540-615)Chapitre 39 sur 42 · I. Ps, XIV, 6 el sq · texte numérisé non relu

I. Ps, XIV, 6 el sq

rApennin Eustase, le nouvel abbé de Luxeuil. Mais toutes les instances de sa famille lointaine, les prières et les promesses du monarque franc demeurèrent inutiles : G>lomban se devait à sa fondation de Bobbio, et nous savons ce que valait auprès de lui une telle considération; il escomptait peut-être la conversion prochaine d*Agilulf et il ne se sentait plus la force et Tendurance que nécessitait un si long voyage. Il refusa donc; mais il retint quelques temps son disciple, pour ilui donner toutes ses instructions ; il lui recommanda surtout, comme jadis à Athala, dans sa missive datée de M antes,de ne point oublier leurs communs labeurs, de veiller à Tunité complète des esprits et des cœurs et de garder fidèlement sa règle et ses observances. Il lui remit pour le roi une lettre de remerciements, d'exhortations et de conseils — il resta jusqu'au bout le le maître, le mentor — puis il le congédia avec ses plus affectueuses, ses plus paternelles bénédictions. Et, se souvenant de son disciple Gall qu'il avait si sévèrement traité, il pria ses moines de lui porter son bâton pastoral, sa cambutta^ comme une preuve authentique qu'il le relevait tle la suspense ^ Telles furent ses dernières dispositions» Un an après s'être fixé dans cette vallée de laTrébie, le dimanche 23. novembre de l'année 6i5, il subit

I. Wettinus, Vita s, Galli^ a6 (M. G. H., Script, Merov., IV, a7i).

la loi de toute chair et s'endormit pieusement dans le Seigneur*.

Son corps fut enseveli sous Téglise du monastère et son tombeau devint le centre d'un pèlerinage très fréquenté. La voix populaire lui décerna les honneurs dus aux bienheureux et le ciel, par de nombreux prodiges, ratifia cette canonisation spontanée. Aujourd'hui encore, les précieux restes du saint patriarche, jalousement gardés par les fidèles de Bobbio, reposent dans la basilique jadis abbatiale de SaTi'ColombanOj sur Tautel principal de la crypte. Les reliquaires des premiers abbés, Athala, Bertulf, Babolène, Comgell, et de vingt-

I. Saint Colomban mourut en 6i5; cela résulte du récit de Jonas, car, entré en Italie après la défaite de Théodebert, c'est-à-dire, au plus tôt, en 6i3, il séjourna quelque temps en Lombardie et moiurut à Bobbio, après un an de séjour dans cette vallée : « elapso anni circula ». (Jon., I, 29.)

Quant au jour, le texte de Jonas donné par Mabiilon {j4ct. SS, O.S, B., II, 26) porte a XI Kal, Decembris », ce qui donne le ai novembre; mais le manuscrit de Trêves, usité par Fleming, porte « IX KaL Dec. » ; le codex F. III, 8, de la Bibl. nat. de Turin porte, mentionné à cette même date du a3 novembre, en lettres d'or : m Sancti Columbani^ con^ fessoris » ; aux diverses éditions du Martyrologium Hieronymî^ œuvre presque contemporaine (Anal, BolLy I, 4^ ; Act, SS,, VIP de juin, ad calcem)^ se lit également : et FIIII K, Dec» In Italia^ monasterio Bobio^ depositio sancti Columbani^ abb, »

La Fita S, Galli^ de Wettinus (M. G. H., Script, Merov,^ rV, 270, n* a6) dit que Columban mourut un dimanche. Or, en 61 5, le a3 novembre tomba le dimanche.

C'était, du reste, le aS novembre que l'on célébrait la fête du saint patriarche à Luxeuil, à Bobbio, à Remiremont, etc.

deux autres saints, en tout, vingt-six, lui forment, comme une garde d'honneur. < Les corps des bienheureux, a dit Benoit XIV ', ont coutume d'être par une grâce de la miséricorde divine, pour les villes où ils reposent et sont en vénération, une puissante protection ; ils écartent de leurs murs les calamités qui, sans eux, les accableraient. » Ce ne sont pas les habitants de Bobbio qui contrediront le grand et savant pontife.

Tel fut cet homme. Avec plus de motifs encore qu'à beaucoup de ses confesseurs, TÉglise peut lui appliquer cet éloge : a II n'eut point son pareil dans l'observance des lois du Très-Haut*. » Et, d'elles-mêmes, les paroles du Sauveur se présentent à l'esprit ' : « Qu'êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau agité par le vent ? Mais qu'êtesvous allés voir ? Un homme vêtu de fines étoffes ? Les hommes à vêtements précieux et à bonne chère sont dans le palais des rois. Mais qu'êtes-vous donc allés voir ? Un prophète ? »

Oui, un prophète. Entendu dans ce sens large et complexe de « porte-parole de Dieu » qu'iléon-

I. £pist. ad, cap, Bonon, § 19, Appendîx ad Tom, IV BuU larti,

a. Liturg. rom. Confess. non pontif. Ad laudes, 3. Math,, XI, 7-9.

serve dans rÉcrilure, c'est bien le mot qui convient à saint Cpiomban. Ce fils de TÉrin, ce « Jonas », comme il aimait à se désigner, et non pas simplement par dilettantisme littéraire, était de la famille des Élie, des Elisée, des Jean-Baptiste.

Comme eux, il a la foi solide et agissante, Tespérance invincible, l'abandon complet aux directions de la Providence, Tintégrité, Taustérité de la vie. Il a, comme eux, le sentiment profond des droits du Très-Haut, la passion de la justice et de la vérité, le prosélytisme ardent, l'irrésistible élan et le désintéressement absolu. Il a la noble et fière indépendance, la résolution prompte, la hardiesse quelque peu téméraire, l'impétuosité impulsive, l'inspiration divinatrice, l'irritation contre l'obstacle et la ténacité opiniâtre. Sa parole est forte, imagée, véhémente ; terribles sont ses invectives et foudroyantes, ses apostrophes. Il a ses « écoles de prophètes », ses monastères, où, dans le silence, la prière et la pénitence, se préparent, pour l'heure opportune, les ouvriers du Seigneur. Il inspire aux foules la vénération ; aux puissants, la crainte; à ses disciples, un amour filial; et la postérité, tout en lui reconnaissant des défauts, et des défauts saillants, éprouve pour sa personne une admiration faite de sympathie, de surprise et de gêne. Ses défauts euxmêmes furent ceux des prophètes : ces âmes riches et inflammables, possédées par une idée, sont tout

d^une pièce; il leur manque en général le calme, le sang- froid, la faculté d'organisation, les talents de gouvernement; elles outrent jusqu'à Texcès leurs qualités natives et leur regard perd en ampleur ce qu'il a gagné en pénétration et en profondeur. Enfin, il obtint la récompense des prophètes, la persécution, et, s'il ne ceignit point la couronne du martyre, il put, comme un autre soldat de Dieu qui devait offrir avec lui de nombreux points de ressemblance, s'appliquer dans le même sens, à son dernier jour, la parole du Psalmiste^ « J'ai aimé la justice et flétri l'iniquité : c'est pourquoi je meurs sur la terre étrangère ! »

Et ce prophète ne dément point son Irlande. II en a le patriotisme facilement dédaigneux, la fidélité aux traditions des ancêtres, l'attachement aux doctrines romaines, le dévouement au Siège apostolique, comme aussi le mysticisme, l'amour de la solitude, le goût de la nature pittoresque et gracieuse, l'inconstance même et l'esprit d'aventures.

Mais cette logique impitoyable, cette volonté, parfois sauvage, mises au service d'un concept aussi relevé de perfection évangélique, n'avaient point tari en Colomban cette bonté que Dieu, lorsqu'il créa nos cœurs, y déposa en premier lieu. Cet homme, au corps et à l'âme de fer, était accessible aux dou»

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