‹ Saint Columban (vers 540-615)Chapitre 23 sur 45 · Luxeuil, arr. de Liire, Haute-Saône · texte numérisé non relu

Luxeuil, arr. de Liire, Haute-Saône

murs, des colonnes, des bas-reliefs, des statues restaient encore qui témoignaient de son antique splendeur*; mais la triste végétation des ruines avait envahi ces débris et Tantique station balnéaire, sans être complètement dépeuplée, ne recevait plus guère que la visite des fauves et des aventuriers. C'était là, de préfére.nce même au vallon d*Annegray, un site excellent pour un monastère : la solitude était aussi profonde, car la grande forêt descendait encore plus bas dans la plaine : on se trouvait moins loin des hommes que Ton songeait à gagner à une vie plus chrétienne ; les sources chaudes, chargées de sels minéraux, serviraient utilement à rétablir et à fortifier les santés épuisées par Tabstinence, le travail et les veilles, et, par des échappées, au-dessus des arbres, de la clairière, au loin, vers Test, se profilaient les courbes gracieuses des ballons vosgiens : eaux, taillis et montagnes, c'était toujours un rappel de rile tant aimée, « aux verdoyantes collines » ! Avec quelle autorisation ? nous ne le savons plus,

I. Voir, entre autres études, Mémoire sur la ville de Luxettii, dans le Bulletin des Travaux historiques, 4* série^ VII, 3a; X, a44. — Je ne parle pasd^une célèbre inscription qui attribue à Labiéuus, ïe lieutenant de César, la restauration des bains de Luxeuil, car elle est fort discutée, et cela à bon droit. (Cf. Bourquelot, Inscriptions antiques de Luxeuil, dans JUém. Soc, Antiq. France, XXI, i86i. — Dey, Mémoires pour servir à Chistoire de la ville de Luxeuil^ dans Mém, Comm, Arch, H,-Sadne, Vesoul, 1864.)

Colomban construisit sur cette éaiinence une église qu'il dédia' au prince des Apôtres : c'était un témoignage de son attachement à la chaire de saint Pierre. Tout à Tentour, comme à Annegray, dans Tenceinte du castrum^ s'élevèrent les chaumières des moines, et elles se bâtirent nombreuses, car la foule des postulants ne diminuait point. Pourtant, la vie était pénible dans ces communautés issues de Bangor. La direction du chef était rude et sévère. Dur à lui-même, Colomban ne l'était pas moins pour les autres : « Sois fort dans Thumilité et humble dans l'autorité, mandait-il à l'un de ses disciples, dans une lettre où les antithèses n'étaient ^ point seulement des fleurs de rhétorique'; sois simple dans la foi, pur dans l'amitié, prudent dans les embûches; austère dans la tendresse, tendre ' dans l'austérité; varié dans Tunité et un dans la variété; aimable dans la tristesse, triste dans la prospérité; inébranlable dans la tribulation, lent à t'irriter ; vigilant à t'instruire, tardif à parler, comme le conseille saint Jacques, mais prompt a écouter; actif à prévoir, indolent à te venger ; réservé dans le discours, diligent dans l'action; aimable aux bons, rude aux méchants; doux aux faibles, dur aux superbes; fier avec ceux qui sont fiers, humble avec les humbles; sobre partout, chaste partout;

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