‹ Saint-DomingueChapitre 105 sur 115 · Lafond, chirurgien · texte numérisé non relu

Lafond, chirurgien

2. Moreau de Saint-Méry, Notes historiques... (A. M. G., F^ 141 bis, non paginé).

vées » qui, sans cesse, offrent une matière fertile à leur curiosité, à leur verve, à leur esprit de dénigrement..., à leur crédulité aussi. Car ces mêmes censeurs, si avertis, font preuve souvent d'une extraordinaire naïveté. En 1744, un certain prince du Mont-Liban, venu de Marseille à la Martinique, et de là à Saint-Domingue, pour implorer la charité des fidèles, afin d'obtenir de quoi racheter son frère aîné, retenu en otage par le pacha de Sidon, pour un tribut qu'il n'avait pu payer, est reçu par toute la société de la colonie avec l'empressement le plus invraisemblable, et disparaît finalement, après avoir fait un nombre incalculable de dupes dans ce monde par ailleurs si méfiant et si soupçonneux*.

En dehors de ces menues « aventures », dequoicauset-on pourtant dans les divers centres de Saint-Domingue? Avant tout, de politique, de ce qui peut, comme nous l'avons vu, vexer le gouvernement, ou encore indisposer le clergé et, à un moment donné, plus spécialement les Jésuites. Il faut, pour s'en convaincre, avoir parcouru, comme je l'ai fait, les archives de la colonie. On est frappé, alors, de l'énorme amas des documents, des correspondances qui se sont accumulés à propos d'affaires qui nous semblent aujourd'hui infiniment puériles et sans portée. Voici un volumineux dossier, de plus de 300 pièces assurément, tout entier rempli des enquêtes faites, des plaintes, des réclamations, des protestations formulées sur la grave question de savoir si les huissiers peuvent ou non servir dans les milices, affaire qui, vers 1779, passionne le Port-au-Prince et a

1. A. Dessalles, Histoire commerciale et politique des Antilles, t. III, p. 481.

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son écho, d'ailleurs, dans LouLes les villes de la colonie*. Puis, ce sont les cabales organisées pour ou contre les candidats aux divers emplois publics : en 1770 encore, le Gap est ainsi révolutionné, par la nomination au poste d'administrateur de la maison de la Providence d'un colon qui n'a pas la faveur universelle, que personne n'a jamais du reste". Gomme je le disais enfin, en un pays où la religion n'a que très peu d'influence sur les mœurs, toutes occasions sont bonnes de protester contre les « empiétements de pouvoir » du clergé, des ordres religieux. En 1737, un nommé Olivier, marchand au Gap, ayant refusé, à son lit de mort, d'accepter comme confesseur le P. Le Gros, jésuite, curé du Gap, celui-ci s'oppose à son inhumation en terre sainte. Aussitôt, une effervescence inouïe se manifeste dans la ville, et après que manifestations, menaces, injures sont restées inutiles, les dragons du Gap, au corps desquels appartenait Olivier, intentent un procès aux Jésuites. De Saint- Domingue, la cause est bientôt portée en France, et après deux ans d'attente, les Jésuites sont enfin blâmés, et il leur est ordonné d'enterrer Olivier avec les pompes de l'Église ^ « Jamais joie, écrit un historien, ne fut plus universelle que celle qui éclata alors au Gap; il sembloit à chaque habitant qu'il eût gagné un procès considérable, d'où dépendoient sa fortune et son repos'. » De même, en 1773, le père Nicolson, préfet de la mission des

d. Arch. du min. des Colonies, Coït, gén., Saint-Domingue, 2" série, carton XXIX.

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