‹ Saint-ÉvremondChapitre 10 sur 20 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

M. LE CHANCELIER, SERISx\Y, GODEAU, DES MARETS, SILHON, CHAPELAIN, GOMBAUD, BOIS-ROBERT , L'eSTOILE , GOMBERVILLE , BAUDOIN, etc.

SERISAY.

Enfin, ils sont sortis. Sans tarder davantage, Réformons les défauts que Ton trouve au langage, Et d'un stile trop vieux, faisons-en un nouveau. Vous, parlez le premier, docte et sage Godeau,

GODEAU

C'est m'obliger beaucoup ; et cette déférence Seroit due à quelqu'autre avec plus d'apparence.

SERISAY.

Vous êtes trop modeste; et votre dignité...

GODEAU

Je reçois cet honneur sans l'avoir mérité ; Je le dois purement à votre courtoisie.

SERISAY.

On n'en saurait avoir aucune jalousie.

GODEAU

Je dirai donc, Messieurs, qu'il est très important D'ôter de notre Langue, or, pour ce que, d'autant : C'est là mon sentiment. Vous me voyez attendre Que quelqu'émulateur s'apprête à les défendre.

DES MA RETS

Silhon s'oppose enfin.

SERISAY.

Parlez distinctement, Vous, monsieur de Godeau.

Je dis premièrement Que ces mots sont usés, qu'ils tombent de vieillesse ; Et d'ailleurs il s'y trouve une grande rudesse.

SILHON.

Inepte sentiment! Absurde vision!

Ces mots mènent enfin à la conclusion : L'un sert à résumer, comme à la conséquence; Les autres, à prouver les choses d'importance.

GODEAU

Le premier sent l'école, et tient trop du pédant; Et tous ont trop vécu.

LA TROUPE

Nous en disons autant.

SILHON.

Qu'ils soient bannis des vers et conservés en prose.

DES MARETS

Aujourd'hui, prose et vers sont une même chose

CHAPELAIN

Il est bien échauffé; qu'on lui tâte le pouls.

LES ACADÉMISTES. 137

SERISAY.

C'est assez disputé, Messieurs, asseyez-vous : Que quelqu'autre succède à l'évêque de Grasse. Parlez, vous. Chapelain, sans user de préface.

CHAPELAIN

Il conste, il nous appert^ sont termes de Barreau, Que leur antiquité doit porter au tombeau.

SILIION.

J'estime en Chapelain la bonté de nature. Qui veut donner aux mots même la sépulture.

CHAPELAIN

Horace les fait naître, et puis les fait mourir. Sans quelque métaphore, on ne peut discourir.

SILIION.

Les mots peuvent mourir; mais jamais métaphore N'avoit dressé tombeau pour de tels mots encore.

LA TROUPE

Il conste, il nous appert^ doivent être abolis ; Mais on ne les voit pas encore ensevelis.

GOMRAUD.

Je, dis que la coutume assez souvent trop forte. Fait dire improprement, que l'on ferme la porte. L'usage tous les jours autorise des mots. Dont on se sert pourtant assez mal à propos. Pour avoir moins de froid à la fin de décembre. On va pousser sa porte, et l'on ferme sa chambre.

SERISAY.

En matière d'État, vous savez que les Rois, N'ôtent pas tout d'un coup les anciennes lois : De même dans les Mots, ce n'est pas être sage, Que d'ôter pleinement ce qu'approuve î'usage.

LA TROUPE

Digne raisonnement! Noble comparaison!

Gombaud n'a pas de tort, et vous avez raison.

BOIS-ROBERT

Messieurs, je veux ôter un terme de coquette ; C'est le mot d'A ravir.

l'estoille.

Il est bon en fleurette.

Cent et cent faux galans en leur fade entretien, De ce mot d' A ravir se servent assez bien ; Et principalement dans les amours de ville, A ravir se rendra chaque jour plus utile.

LA TROUPE

Nous n'avons parmi nous que des Auteurs de Cour. Et partant ennemis de ce dernier amour. Les Dames de Quartier auront leur cotterie, A qui nous laisserons le droit de Bourgeoisie.

GOMBEHVILLE.

Que ferons-nous, Messieurs, de Car et de Pourquoi ?

DES MARETS

Que deviendrait sans Car l'autorité du Roi?

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