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d'Apt, postulateur de la cause, lequel, en qualité de procureur de Tévêque Raymond Bot ou Botti, quatrième du nom, du chapitre d'Apt, du gardien et du couvent des Frères-Mineurs, des conseillers et de tout le corps de la ville d'Apt, produisit les bulles apostoliques constituant les commissaires, et en requit la publication. L'un des notaires apostoliques fit, séance tenante, lecture et promulgation requises, et acte fut dressé de ces formalités en présence de quatre témoins.
Avant de procéder à Texamen du fond, les deux commissaires présents, bien qu'ils eussent le droit d'agir seuls, voulurent avertir leur collègue, Mgr Girard, évéque de Sisteron. A cet effets ils lui dépêchèrent un messager, et Mgr Girard répondit en substance :
« Ayant entrepris de régler et ordonner mon diocèse qui, par l'absence des prélats, était tout en désordre, je ne pourrais le quitter sans un grand détriment pour les âmes commises à ma charge. Je vous prie donc de me dispenser de ce voyage et de procéder en mon absence. »
Cette réponse faisait trop honneur au zèle de l'évéque, pour ne pas être agréée par ses collègues. Ceux-ci se livrèrent dès lors, de pleine autorité, à l'audition des témoins, faisant transcrire leurs dépositions mot à mot, et cela tous les jours, matin et soir.
La dernière séance, dans la ville d'Apt, eut lieu un dimanche, 5 juillet, et revêtit une solennité exceptionnelle. La grand'messe fut célébrée
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dans Tcgliso des Frères-Mineurs et, après le (^rcdo, rarchevc^quc d'Aix demanda aux gens de toute condition qui remplissaient l'enceinte d'exprimer à haute voix et en toute sincérité leur sentiment et le sentiment public sur Delphine de Puy-Michel. Deux fois sommée de la sorte, la foule répondit par deux fois : t Elle est sainte. » 1 /archevêque posa une troisième fois la même question, en disant aux fidèles de lever les mains et de se tourner vers le maîtreautel, et tous répondirent avec des acclamations enthousiastes : « La comtesse est sainte, elle est sainte, elle est sainte. » Or, compte fait des assistants, ils étaient au nombre de sept mille quarante.
Au mois d'octobre, les commissaires apostoliques se transportèrent à Avignon pour continuer et achever leur enquête ; puis ils adressèrent au Pape le procès-verbal des dépositions, signé et scellé des sceaux de leurs offices et d'un de leurs notaires, en y joignant un rapport daté du 26 octobre i363, dans lequel ils concluaient formellement à la sainteté de la comtesse d'Ariano en ces termes : « Protestons que nous ne doutons point qu'elle ne soit chargée de mérites, resplendissante dans la gloire et digne de la canonisation. »
La cause était donc en état de recevoir immédiatement la sanction du magistère suprême. Mais on sait avec quelle prudence l'Eglise procède en cette matière. Urbain V voulut-il, ainsi que l'avance la marquise de Forbin, faire exa-
miner à nouveau les pièces par une congrégation? Pensa-t-il devoir terminer d'abord la cause d'Elzéar, instruite déjà depuis longtemps? Nous l'ignorons; mais, ce que l'histoire nous apprend, c'est que l'attention du Saint-Père était absorbée par les plus graves intérêts de la chrétienté, et que son pontificat fut singulièrement rempli et fécond.
Depuis lors, le procès de canonisation n'a pas été repris; mais le peuple a toujours uni, dans une commune vénération, Elzéar et Delphine, sous le regard approbateur de l'Eglise.
CHAPITRK XX
HONNEURS KT CULTK HKNDUS AUX DEUX SERVITEURS I)i: DIEU
Comme témoignage de sa dévotion à saint Elzéar, lecardinal Anglic Grimoard lui éleva un magnifique mausolée, orné de huit bas-reliefs. Trois d'entre eux sont reproduits sur la petite galerie qui précède la chambre des saints époux, au château d'Ansouis. Au centre, Elzéar délivre, à la demande du père, un enfant tombé à l'eau. A gauche, Elzéar visite les lépreux. A droite, les saints époux implorent Dieu pour un malade. Nous avons admiré la délicatesse du visage de Delphine (i).
De son côté, la reine Jeanne de Naples, à la prière du Père gardien, Bertrand Imberty, donna mille florins d'or, à prélever sur la douane du Rhône à Avignon, pour l'exécution d'un buste en orfèvrerie, dans lequel fut enfermé le crâne de saint Elzéar. Ce reliquaire, dit Borély, reproduisait les traits du comte vénéré, et portait à la base le lion d'argent sur champ de gueule
I. Dans le Bulletin Archéologique de igoy, l'abbé Arnaud d'Agnel signale deux fragments du tombeau chez M. Aimard, maire d'Apt. La belle inspiration et la technique rudimentaire de ces œuvres portent à les attribuer à un sculpteur local.
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des Sabran, et les armes de Jérusalem et de Sicile pour la reine Jeanne.
En 1410, le corps de Delphine, tiré de son tombeau, fut déposé dans une châsse garnie de plaques d'argent, que l'on érigea sur le maîtreautel des Cordeliers, à côté de celle de saint Elzéar. La Bienheureuse participa dès lors à tous les honneurs que rÉglise rendait à son époux. Mais le peuple n'avait pas attendu pour vénérer sa chère protectrice, caries commissaires apostoliques nous apprennent, dans leur rapport du 26 octobre i363, qu'ayant visité le sépulcre de la comtesse, ils l'ont trouvé orné et rempli d'images de cire, de potences, de suaires, de pièces de drap et de toile, de flambeaux de cire, de cierges en grande quantité, attestant et les miracles obtenus par son intercession et la dévotion populaire.
Hélas ! après les jours glorieux vinrent les jours de deuil. En i562, les troupes du baron des Adrets envahirent le couvent des Cordeliers, proie facile, puisqu'il était en dehors des remparts. Le buste de saint Elzéar avait été enfoui sous terre. Les calvinistes, gens pratiques, dépouillèrent la châsse de la bienheureuse Delphine de ses lames d'argent ; et, comme chez eux la bêtise sacrilège s'alliait à la cupidité, ils brûlèrent une grande quantité de statues de cire, de flambeaux et de cierges, une partie du couvent et toute la bibliothèque contenant 2.5oo volumes. Ces obscurantistes de religieux avaient-ils besoin d'étudier? Les huguenots se
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chargeniont de les éclairer, à la lueur des incendies. A u temps de Ik)r(5ly , le couvent d' A pt conservait un procès-verbal de ces faits, flr.ss«< par le juge de la ville.
En cette m(îme année i56*i, les calvinistes nnirentà sac et au pillage Lyon et Montbrison. Et ce n'est \h qu'une partie infime de leurs excès, puisqu'ils détruisirent trois cents églises en Beauce et cinq cents dans les seuls diocèses de Nîmes, Uzès, Mende et Nevers. Les hôpitaux mêmes ne trouvaient pas grâce devant ces sauvages stupides. On eût dit qu'une nouvelle horde de barbares s'était abattue sur notre malheureuse France, la couvrant de sang, de dévastations et de ruines irréparables. (V. François de Guise, par Ch. Buet.)
En 1642, Modeste de Villeneuve, évêque d'Apt, plaça le crâne de Delphine dans un buste d'argent, semblable à celui d'Elzéar. On commença, sous son épiscopat, dit l'abbé Gay, à faire l'office de la Bienheureuse. L'Eglise ratifiait ainsi le sentiment populaire acclamant la sainteté de la comtesse par la voix de sept mille fidèles, dans la mémorable séance dont nous avons donné le récit.
Les reliquesdes saints époux reposent aujourd'hui dans la chapelle Ro3'ale de Sainte-Anne d'Apt. Suivant l'usage liturgique, leur fête se célèbre au jour de leur naissance à la vie céleste, 27 septembre pour saint Elzéar, 26 novembre pour la bienheureuse Delphine. Il nous semble les voir portant des lis en fleurs, le front
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ceint de roses, les traits rayonnant d'une angélique splendeur, les yeux ravis dans l'extase de la vision béatifique, tels qu'un Fra Angelico pourrait seul les peindre. Avec la théorie des vierges aux vêtements d'azur, ils font cortège à l'Époux mystique et à la Reine immaculée, auprès de laquelle se tient Anne, la mère privilégiée et toute gracieuse. Aux sons des harpes d'or, des violes et des trompettes d'ivoire, les anges saluent d'une marche triomphale ce frère et cette sœur aussi purs qu'eux-mêmes, plus méritants peut-être, puisqu'ils eurent à lutter contre la nature déchue et contre les puissances du monde. Et le Père Séraphique accueille avec fierté, ces enfants qui marchèrent avec tant d'ardeur sur ses traces, dans le chemin de la pénitence et de l'amour divin.
O glorieux saint Elzéar, donnez à notre âme égoïste un peu de cette tendresse fraternelle avec laquelle vous vous penchiez sur les plaies des lépreux! Bienheureuse Delphine, appreneznous, apprenez à notre siècle jouisseur les austères délices de la vie mortifiée en Jésus-Christ, afin de sauver ce monde chancelant, comme jadis nos pères furent sauvés par les prédications et les exemples du sublime mendiant d'Assise î
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