ADMINISTRATION GÉNÉRALE
DES ARMES PORTATIVES Paris, le 26 floréal, Tan 2 de la République
DE LA RÉPUBLIQUE. Une et indivisible.
Quai Voltaire, 4 et 6,
Nous, membres de TAdministration générale des armes portatives de la République,
En exécution de notre arrêté du 24 ventôse dernier approuvé par le Comité de sfidut public le 25 du même mois, après avoir pris connaissance de la capacité
(i) Voir plus baut, pages 209-232.
(2) Un arrêté du 2 germinal (22 mars 94) des représentants Soubrany et Milhaud, en mission à l'armée des Pyrénées-Orientales portant délégation à Saint-Etienne, d'un citoyen Mathieu, ne vise pas une fonction à la Manufacture, mais une réquisition.
« Arrêtent que le citoyens Mathieu, qui se transporte à Commune-d' Armes, « d'après un de nos arrêtés en date du !•<' germinal, prendra les mesures les « plus promptes pour procurer à cette armée les sabres de cavalerie, briquets « et pistolets, ainsi que les outils, les limes et pièces de rechange nécessaires « à la prompte réparation des armes t. (Bibliothèque de Lyon. Fonds Coste 17.788.
(3) En l'an II, le régime des Comités avait remplacé celui des délégations personnelles, des Ministères par conséquent.
(4) Archives de la Loire. L. 159.
LA rAtIRtCATION DES ARMES ET L£S « tRAVAUX » 735
des moeurs et du cirâme du citoyen Claude Boffer, né à Vaucouleurs, district de Gondrecourl, département de la lieuse, Tavons nommé commissaire résidant pour la surveillance de la fabrication des armes à Coromune>d*Armes pour, sous les ordres de TAdministration, diriger les parties administratives de celte fabrication conformément aux pouvoirs et instructions que nous lui avons donnés.
Nous invitons et requerrons, au nom de la Loi, les Corps administratifs, les officiers civils et militaires de reconnaitre le citoyen Claude Boyer en sa susdite qualité et de Taider dans l'exercice de ses fonctions.
Signé : Urbain Jaume, — Régnier aîné, — Labolle, — Junieu.
Le 15 vendémiaire de Tan III (6 octobre 94), le représentant Lemoyne était envoyé, par décret de la Convention en mission dans les départements de la Loire, Haute-Loire et Ardèche, pour surveiller l'exploitation des mines et la fabrication des armes. Je parlerai plus loin de cette mission ; je n'en veux dire ici que ce point qu'elle laissa à Boyer parfaite indépendance.
L'action de Boyer fut énergique, elle se manifesta par l'entreprise des c Travaux révolutionnaires > et aussi par une réglementation du monopole de l'Ëtat que Reverchon approuva par arr/)té.
Dans l'organisme déjà établi, la fabrication fut menée avec la plus grande activité. Le Comité de Salut public exigeait de Boyer un état de production chaque décade et, à n'en pas douter, ce sont cesétats, preuve indéniable d'une fructueuse activité,qui décidèrent la grande extension.
Aussi bien, pour entretenir cette activité, ne négligea-t-on aucune précaution. Sous aucun prétexte, les armuriers ne peuvent être distraits de leurs travaux : ceux qui font partie du Comité de subsistances doivent y être remplacés et renvoyés à leurs ateliers (24 prairial-12 juin). Les propriétaires ne peuvent pas renvoyer leurs locataires armuriers et ceux-ci ne peuvent pas perdre leur temps à déménager leurs ateliers (8 messidor-26 juin). Le Comilé révolutionnaire, le 7 messidor, excite le zèle des armuriers par une proclamation qui avait surtout pour but de faire accepter, aux ouvriers de certaines parties de l'arme, les tarifs du Maximum et de leur dénoncer ce qu'avait de coupable la concurrence faite à la Nation par certains acquéreurs de canons et de platines (1). Un arrêté du District, très sévère, suit la proclamation du Comité (2).
(i) La production des canons et de la platine marquait le chillVe de la produc* tion en armes.
(2) La pièce imprimée chez Boyer (In-4«, 7 pp.) a pour titre : Le Comité t'évolu"
iionnaire de Conwiune'd^At'nies à tous ses concitoyens ttxivaillant sur les atmes.
Elle est signée pour le Comité : Delhorme, président; — Guillermin, —
736 LÀ FABftICATtÛN DES ARMES ET LES C TRAVAUX »
C'est le 12 messidor (30 juin) que Boyer présenta à la Commune le plan d'une vaste installation. Les services, les dépôts et certains ateliers de la Manufacture occupaient déjà les bâtiments de Chavanel, des Ursuies, de la Pièce-ronde, certaines parties du couvent de Sainte-Catherine et la chapelle des Pénitents qui était le dépôt des fers (1). Déjà, de pluviôse à messidor, on avait eu le dessein de nouvelles constructions dans l'ancien monastère des Ursulines où quelque chose avait été exécuté (2). Rien de cela ne parut suffisant à Boyer qui eut l'ambition d'une très vaste installation industrielle.
Il proposa de faire construire sur la route de Roanne (rue du Général-Foy), depuis le monastère de Sainte-Catherine jusqu'à la pyramide de Chalier (place Marengo), soixante-deux ateliers pour le travail des armes. La Commune devait donner le sol, l'Etat faire construire ; on allait redresser le lit de la rivière et commencer l'ouverture des rues en projet (nos rues Sainte-Catherine, de la Loire, des Jardins et de la Paix). Le Conseil municipal saisi demanda le temps de réfléchir et pria Fauriel d'examiner.
La résolution fut prompte. Le lendemain, 13 messidor (!•'' juilL), Fauriel présenta au Conseil un assez long rapport qui concluait ferme à l'adoption des plans de Boyer et à la cession gratuite des terrains demandés. En voici la conclusion d'une clairvoyance que les faits ont démontrée (3) et qui pourrait être éloquente si le secrétaire de la Commune eût soigné sa transcription :
Nous aurons bien mérité de la Commune puisque nous aurons favorisé par le moyen le plus puissant, le plus efficace et le plus assuré, son accroissement rapide... Les démarches généreuses que nous aurons faites envers la République seront le premier gage de la splendeur à laquelle notre cité a le droit de prétendre et le premier pas que nous aurons fait vers le rang auquel elle doit aspirer parmi les cités de l'Europe entière...
Nous aurons bien mérité d'une portion précieuse de nos frères, de cette
Sauvage, — Drelion cadet, — G. Fontvieille, — Jos. Dupré, — Chôme! , — Goussu, — Rebos (Rebaud), — Boissieux, — J. Goutelle, secrétaire.
L'arrêté du District est signé : Foujols, président y — Royet-Chapelon, vice» président, — Voytier, — Fontvieille, — Bajard, — Desverneys, — Antoine Fontvieille, — Toulieux, — Paret, secrétaire.
Je dois communication de cette pièce à M. Testenoire-Lafayette.
(4) En thermidor de Tan IH (août 95), pour la sûreté de ce dépôt, on fît barricader les dix fenêtres de la nef, les deux fenêtres du sanctuaire et les deux fenêtres de la façade.
(2) Voir plus haut, pages 414-415.
(3) La grande production d'armes sous l'Empire a trouvé là l'installation nécessaire.
classe si intéressante qui a fait tant de sacrifices [donné tant] de sueurs et d'industrie sans en trouver le prix dans le résultat de leurs travaux et de leurs veilles laborieuses ; nous leur aurons fourni les moyens de devenir propriétaires (1), ou tout au moins celui d'exercer leur industrie artiste d'un manière fructueuse pour eux et leurs familles ; nous aurons hâté Tépoque fortunée où chaque citoyen, pour me servir d'une expression vulgaire mais heureuse et convenable, pourra met Ire la poule au pot (2).
Et le dispositif :
La Commune cède avec empressement et sans condition à la République la partie de terrain qui lui appartient entre la pyramide de Chalier et le ci-devant monastère de Sainte-Catherine pour qu'il y soit construit les établissements qui seront jugés convenables pour l'accroissement de la fabrication des armes.
La Commune croyait, en effet, assurer un brillant avenir à l'industrie stéphanoise de Tarme de guerre. Après les nombreuses tentatives pour implanter un peu partout cette industrie, après rénorme effort de Paris, voilà donc qu'enfin l'Etat va apporter à Saint-Etienne des sommes importantes pour construire et outiller de vastes ateliers nationaux I Quelles conséquences heureuses ne pouvait-on espérer pour le pays de ces mesures qui allaient enfln mettre en plus grande œuvre tant d'aptitudes professionnelles, tant de ressources industrielles! La municipalité s'abandonne à ces espérances. Elle ne prévoyait pas que l'élan révolutionnaire touchait à sa fin et que, dès le lendemain tout allait sombrer dans la ruine financière de la France, sous l'effort des réactions royalistes qui n'aspiraient qu'à désarmer la Patrie. Elle ne prévoyait pas que cette industrie d'Etat allait être sacrifiée et pourservir des rancunes politiques et aussi pour servir l'ardente compétition des fabricants de l'industrie privée qui allaient réclamer pour eux les commandes de l'Etat.
Des pourparlers dont nous ne connaissons plus aujourd'hui les bases eurent lieu pour engager la Commune à exécuter elle-même. La décision fut prise le 10 thermidor (28 juillet) par Reverchon, alors à Saint-Etienne (3) :
Considérant que l'intention du Comité de Salut public et de la Convention nationale est de donner à la Manufacture de Commune-d'Armes toule l'extension et l'activité dont elle est susceptible ;
(i) On prévoyait que les 62 ateliers construits pourraient être vendus.
(3) La copie est incorrecte. On y lit : « Les démarches... aetxi le premier gage »... ; j'ai mis entre crochets deux mots qui ne sont pas dans le texte mais qui me paraissent nécessaires... ; bien d'autres fautes témoignent de la négligence du copiste.
(3) J'enlève du texte de cet arrêté d'inutiles longueurs et explications.
738 LA rA&RiGATION DES ARMES ET LES 4C TRAVAUX t
Que le nombre des ateliers et boutiques est insuffisant pour les ouvriers existants, qu'il le deviendroit bien davantage lorsque les élèves que fait la République seront assez instruits pour travailler à leur compte ;
Que la Commune a fait à la République Thommage du terrain favorable à la construction des forges ; exemple qu'ont imité des citoyens qui possédoient des fonds sur le terrain destiné à ces constructions...;
Que tout retard éloigneroit d'une année les labeurs des apprentis existants et de ceux qui vont être formés... ;
Que les plans et projets présentés par le commissaire des armes et l'ingénieur des ponls et chaussées offrent tous les avantages réunis de l'utile et de Tagréable... ;
Arrête :
Art. l**^. — Il sera construit aux frais de la République des forges et ateliers conformes aux plans acceptés par le Conseil général de la Commune.
Art. 2. ~ Les forges et ateliers seront commencés sans délai, continués sans relâche et finis sans repos.
Art. 3. — Les travaux des forges étant d'un besoin général, dicté par l'amour de la Liberté et la haine des tyrans, seront faits révolutionnairement.
Art. 4. — Tous les matériaux, outils, etc., qui seroient nécessaires pourront être mis en réquisition moyennant juste et préalable estimation et payement.
Art. 5. — Tous les bâtiments particuliers et constructions dans la commune et même dans le district de Commune-d' Armes sont suspendus jusqu'à ce que les ateliers de la République soient construits, à moins que les dits bâtiments soient reconnus d'une utilité publique.
Art. 6. — Tous les ouvriers du district de Commune-d' Armes travailleurs en bâtiments, soit & la terre, à la pierre, au bois ou au fer, sont et demeurent en réquisition... Ils sont tenus sous peine d'être traités comme suspects d'exécuter les réquisitions.
Art. 7. — Les voitures et voituriers nécessaires au transport des matériaux pour la construction sont également mis en réquisition. ..
Art. 8. -- Pour subvenir sans délai aux frais de la construction, il sera employé jusqu'à concurrence de 900.000 livres sur la somme proveifant de la taxe révolutionnaire.
Il sera de plus ouvert un emprunt de la somme de 900.000 liv. pour subvenir aux dépenses. Si cet emprunt n'est pas rempli dans quatre décades, la Commune est chargée d'en rendre compte aux représentants du peuple qui prendront des mesures de rigueur.
Art. 9. — Il sera nommé une Commission particulière chargée d'administrer les fonds.
Art. 10. — Elle fixera le prix du loyer et administrera les rentrées des rentes... (1).
Art. 12. — La taxe révolutionnaire étant destinée à soulager les patriotes indigents, la rente toute entière provenant des 900.000 livres sera destinée à cet objet.
La rente due à l'emprunt. . . sera payée aux prêteurs à raison de 4 p. 100 et le surplus restera pour être employé comme il sera dit.
(1) Les ateliers construits devaient donc être loués; les « rentes» sont les prix de location.
Art. 13. — Après la guerre, les forgés seront vendues comme biens nationaux, les prêteurs seront remboursés sur le produit de la vente.. . •
Art. 15. — Le Commissaire national près la Manufacture est chargé de rechercher les moyens d* économiser davantage les eaux dans la construction de nouvelles usines plus conformes aux principes de la physique } de multiplier toutes espèces de machines et mécaniques propres à perfectionner et abréger l'ouvrage des mains dans la fabrication de l'arme. . .
On voit que^ dans la pensée de Reverchon, il ne s'agissait pas de constituer à demeure une usine d'Etat ; mais, plus simplement, de construire des ateliers et logements loués à des patrons armuriers, pour la durée de la guerre et vendus à la paix : les patrons ayant ainsi le moyen d'en devenir propriétaires.
Tel fut le départ de cette entreprise des « travaux révolutionnaires » qui laissa profonde impression dans les souvenirs : soixante ans plus tard, la place Marengo en conservait encore cette appellation populaire : « aux Travaux j>.
Cet arrêté, qui eut quelque influence sur l'avenir de la ville de Saint-Etienne, témoigne d'une singulière impatience : toutes les forces vives du pays étaient tournées vers la réalisation immédiate du grand dessein.
La Ck)nLmission fut nommée d'urgence (1) : Boyer commissaire national, — Courbo.n, de la Faye (de Marlhes) (2), — Bessy aîné, — . Jean-Pierre Sauzéa (3), — Chovet ^^ayeur, — Fricault ingénieur du district.
Les plans et devis furent envoyés par le Comité révolutionnaire de Saint-Etienne au Comité de Salut public pour approbation. Le 4 vendémiaire de l'an III, ce Comité était saisi. (Archives nat. A Fii. 130).
Un arrêté de Reverchon et de Laporte du 13 fructidor (30 août) autorise de prendre les bois nécessaires à l'œuvre dans les forêts des Chartreux de Sainte-Croix et du citoyen Quinson au-dessus de
(i) J'en trouve les noms sur la mesure qui transforme en dépôt la chapelle du couvent de Sainte-Catherine et sur un arrêté du District du 15 thermidor (2 août).
(2) L'arrêté du District du 15 thermidor le nomme avec Bessy aine.
(3) Jean-Pierre Sauzéa incarcéré le 18 frimaire (8 déc.) fut élargi le 3 ventôse (23 fév.) mais n'obtint mainlevée sur ses biens que le 21 thermidor (8 août) par arrêté de Reverchon. Il était tenu pour patriote avant cet arrêté puisqu'il était appelé à la Commission et que le 16 thermidor (3 août) il y signait la mesure concernant la chapelle du couvent de Sainte-Catherine.
Tarantaise. Un autre arrêté fait de la chapelle de Sainte-Catherine le dépôt des outils et des bois bruts et travaillés (16 thermidor- 3 août). Je dirai plus loin l'histoire de ces travaux (1).
De cet arrêté de Reverchon, une phrase est à retenir. Dans le troisième considérant il est dit que la Commune a donné le terrain et ensuite : c exemple qu'ont imité des citoyens qui possédoient des fonds sur le terrain destiné à ces constructions »... Ces terrains étaient-ils bien donnés ? la publicité de l'arrêté et Tabsence de réclamation le fait croire. Des contestations interminables devaient, cependant sortir de là.
En même temps que Boyer pourvoyait à l'extension de l'industrie de l'Etat, il s'efforçait de lui donner le monopole de toute fabrication en lui assurant le monopole de la fabrication des canons et des platines.
Le 12 prairial (31 mai), le District avait déjà pris des mesures pour empêcher toute exportation de pièces d'armes :
Informé qu'un grand nombre de marchands sous prétexte d'exporter de la clincaille enlèvent à la Manufacture de cette commune plusieurs pièces intéressantes de Tarme ; que plusieurs particuliers qui ne travaiUent point et ne font point travailler sur les armes se permettent d'acheter et même d'accaparer des canons, des platines, des bayonnettes dont ils font, dans des communes éloignées, un trafic honteux,
Arrête...
Art. 2. — Il est défendu à tout marchand d'expédier aucune caisse de cltncaillerie sans qu'un membre de la Commission des armes n'ait été présent à l'emballage des marchandises et sans que les caisses soient scellées d'un plomb au sceau de la dite Commission. . .
Art. 3. — Les lettres de voitures sont visées par la Commission des armes.
Art. 4. — 11 est enjoint à toutes les municipalités du district et à toutes les gardes nationales d'arrêter toutes les caisses de clincaiUerie qui ne seroientpas plombées... (2).
(i) J'en veux relever ici un incident. Un Bernou, qui n'était peut-être pas un parent éloigné de ceux de Nantas et de Rochetaillée, avait un emploi dans ces travaux. L'ingénieur lui imposa sa démission. Les Archives de la Loire conservent sa protestation (L. 190) ; il y est dit que c les bienfaits de ses ancêtres » sont inscrits dans les temples, les hôpitaux et les communautés » ; il ajoute : « je ne parle pas de mes talents acquis au sein de l'Académie d'architecture de Paris, constatés par de bons certificats de professeurs »... (33 frimaire- 13 déc. 94.)
(2) Le Hegistre audiencier de la police municipale (Voir plus haut, page 706) au sujet de l'exportation des pièces d'armes contient deux jugements : l'un en date du 24 vendémiaire an III (15 octobre 94) contre im voiturier des messageries
Boyer proposa de mettre la Commission des armes comme intermédiaire obligé entre les canonniers, les platineurs et les fabricants d'armes. Aucune commande de platine et de canon que pour l'Etat ; aucun achat licite que par l'intermédiaire de l'Etat.
Reverchon sanctionna la mesure par un arrêté du 8 thermidor (26 juillet):
Considérant que la Convention nationale et son Comité de Salut public vouloient donner à la Manufacture d*armes de cette commune toute Tactivité et rélever au degré de splendeur à laquelle l'industrie de ses habitants et la nature des localités dévoient atteindre ; qu*à cet efTct, la Nation vouloit verser ses largesses sur les bons citoyens qui préparent les foudres qui doivent assurer la liberté et le bonheur des peuples ;
Considérant que les armes fabriquées à Commune-d'Armes, ainsi que les outils servant à cette précieuse fabrication, sont Tobjet d'un brigandage honteux de la part d'une infinité de personnes se disant commissaires des années ou des autres Manufactures et donnent lieu à augmenter l'agiotage, la cupidité et Tégoïsme en privant la République des armes qu'elle a droit d'attendre de cette Manufacture en même temps qu'il prive les bons ouvriers du travail qui leur est dû ;
Considérant que, dans le gouvernement révolutionnaire et tant que durera la lutte de la Liberté contre la Tyrannie, le Gouvernement doit prendre toutes les précautions pour assurer le triomphe de la République ; que tous les objets nécessaires aux armées sont en réquisition pour leur servicce ; ... (1)
Art. 1«^. — Tous les canons et platines fabriqués dans le district de Commune-d'Armes seront portés au Bureau de vérification, à compter du primidi 21 thermidor, pour y être visités, marqués du poinçon d'approbation et payés au prix fixé.
Il en seroit de même des autres parties de l'arme, s'il étoit jugé nécessaire...
Art. 2. — Tous les fabricants, armuriers et monteurs ne pourront se pour\*oir ailleurs qu'au Bureau de vérification de canons et platines sous peine de confiscation des pièces au profit de la République et il ne leur sera fourni des canons et platines que dans la proportion des armes qu'ils remettront.
Art. 3. — Nuls, autres que les fabricants, armuriers ou monteurs, portés au dernier tableau du recensement des ouvriers, ne pourrront obtenir des canons et platines.
Art. 4. — Il est défendu, sous les peines portées par les lois contre les faussaires et contrefacteurs, d'appliquer de faux poinçons...
Art. 6. — Il est défendu à tout particulier d'exporter de la Manufacture de Commune-d'Armes aucune espèce d'armes ou pièces d'armes sous peine de la confiscation de la valeur au profit du dénonciateur, d'une amende du double...
Art. 7. — Toutes marchandises de fer, clincaille ou autres continueront,
nationales qui exportait des pièces d'armes : on n'y voit cependant ni canon, ni platine, mais des pièces de monture. — L'autre jugement vise un envoi de bayonnetles au Puy (24 prairial-12 juin).
(1) Je supprime là aussi quelques longueurs de rédaction .
comme par le passé, à être visitées et plombées du Bureau de vérification des armes...
Art. 9. — Tous les fabricants d'outils propres à la fabrication des armes sont en réquisition jusqu'à la paix, pour continuer leur profession.
Tous les outils qu'ils fabriquent sont également en réquisition.
Art. 10. — Il sera formé, au Bureau des approvisionnements, un magasin particulier pour y recevoir les outils : ils y seront payés au prix fixé.
ART. 13. — Les défenses d'exportation faites pour les armes et parties d'armes sont appliquées aux outils et sous les mêmes peines...
Art. 14. ~ Si le nombre des ouvriers faisant des outils n'est pas jugé suffisant, il sera formé des élèves auxquels il sera payé les mêmes indemnités qu'à ceux qui travaillent sur l'arme...
Art. 15. — Toutes les fois que le commissaii'e jugera nécessaire de faire le recensement soit des ouvriers soit des armes, outils ou matières, les citoyens sont tenus d'y obtempérer sous peine d'être regardés comme mauvais citoyens et même d'être déclarés suspects...
Tous les objets qui n'auroient pas été déclarés seroient confisqués au profit du dénonciateur.
Si extraordinaires qu'elles paraissent, ces précautions restaient impuissantes. Déclaré suspect ? qu'était la suspicion à la fin de Tan II, au commencement de Tan III quand les complices de la révolte étaient mis en liberté? Aussi les ouvriers ne manquent pas d'accepter le travail de l'industrie privée. Un arrêté du représentant Lemoyne le prouve :
12 brumaire (11 nov.)
Instruit que malgré les besoins de la Patrie et les cu'rétés des représentants du peuple envoyés dans cette commune, plusieurs ouvriers s'occupent journellement et clandestinement de la fabrication des platines, canons et autres pièces propres aux armes de fantaisie.
Instruit que des fabricants ennemis de la chose publique facilitent l'égoïsme des ouvriers pour faire de ces armes un commerce illicite et pernicieux (1).
L'arrêté se borne à prescrire l'application des mesures déjà prises par Reverchon : recensement^ saisie et confiscation au profit du dénonciateur, etc.
(i) Archives de la Loire. L. 51.
l'extension de la ville vers le nord 743
l'extension de la ville vers le nord
Les € Travaux révolutionnaires » allaient substituer l'action de l'Etat à l'initiative des particuliers dans le développement prévu de la ville vers le Nord. Allaient-ils l'obstruer de façon grave et à r«mpèchement qu'avait été le couvent de Sainte-Catherine allait-on substituer celui des ateliers d'Etat? Au centre de ^a ville nouvelle, sur les situations excellentes, verrait-on, au lieu de l'éclat des maisons de commerce, le morne aspect des boutiques d'armuriers bâties en caserne ? On en était menacé.
Les patriotes de la Commune, certes, ne prévoyaient pas la grande extension du siècle si près de venir et ils ambitionnaient surtout le bénéfice qui devait résulter pour leur ville devenant l'arsenal incomparable et bientôt unique de l'arme portative.
Quoi qu'il en soit, les projets d'atelier hâtèrent la précision du dessin de la voirie dans cette partie de la ville. Les Archives de la Loire conservent de ce temps un Plan général des forges à construire sur la nouvelle route de Roanne, avec la direction du ^louveau lit de la rivière de Furant et les maisoixs à abattre pour établir les rues et quais nécessaires à la communication de ces 7iouveaux établissements présenté et signé par Fricault ingénieur. A Commune-^T Artnes cy^devant Saint^Etienne, Vu et approuvé par le Directoire dit District le iS thermidor an II (1).
Sur ce plan, le dessin de la ville que nous connaissons est indiqué et il ne montre rien de particulier, si ce n'est l'originalité des noms des rues nouvellement tracées.
Je les relève en les rapportant à la toponymie actuelle :
Quai du Grand-moulin — (Hue du Grand-Moulin).
Quai des Scau-culottides — (Côté est de la place Dorian).
Quai des Moulins — (Rue de la Comédie et côté ouest de la
place Dorian).
Rue de chacun son tour — (Rue Camille-Colard).
Rue des Boudeurs — (Côté sud de la place Dorian).
(1) Ce que possèdent les Archives n'est pas l'original, mais une ampliation signée par dal Gabio « architecte voyer » après 1800, puisqu'il est question de la place « actuellement Maringo ».