GHANA, THIVET, BARDET ET AVANTURIER ACCUSÉS
Vers la fin de vendémiaire, je trouve au registre du District un arrêté surprenant :
Comité de Sûreté gthvévale et île Surveillance de la Convention nationale.
Du 18 vendémiaire an III de la République françoise une et indivisible. (9 octobre 94).
Le Comité arrête que les ciloyens Chana^ président du District de la Commune d'Armes, Thivel-Noir, membre du même District, Bardetj ci-devant bomme de loi et juge au Tribunal révolutionnaire et Avanturierf officier municipal de la Commune d'Armes, seront mis de suite en état d'arrestation et conduits à Paris, de brigade en brigade. Les scellés seront apposés sur leurs papiers.
Charge le représentant du peuple à Lyon de faire exécuter de suite le présent.
Signé : Rkwbell, — Montmayon, — Reverghon, — Bbntabolle, — Clauzel, — Laporte, — Levasseur de la Meurthe, — Legendre, Lesage-Senault, — Meaulle (2).
Je n'ai pas le sens de ces arrestations et ne vois pas quelles suites elles eurent.
Avanturier, au moment où il était recherché, était en mission pour les subsistances en Saône-et-LoLi'e. La Commune de Saiut-
(1) Archives de la Loire. L. 47.
(2) Enregistré au District le 24 vendémiaire (15 octobre 94).
GHANA, THIVET, BARDBT ETT AVANTUiilER ACCUSÉS 781
EtieQoe, prévoyant son arrestation, propose au District (1), le 25 vendémiaire (16 octobre) de lut donner pour successeur un Sauzéa domicilié au Montcel (la Ricamarle) qui est Antoine Sauzéa (le premier sous-préfet de Saint-Etienne). Âvanturier ne fut, cependant, arrêté que bien plus tard, le 10 ventôse (28 février 95) et sur les mesures prises par une municipalilé royaliste. Je Le dirai plus loin (2).
Bardet fut écroué. Deux arrêtés du Comité de Sûreté générale de la Convention renseignent sur les suites de son arrestation :
Du 24 ventôse an lit (14 mars 95).
Vu la pétition du citoyen Jacques Bardet détenu à la maison d'arrêt Duplessis et en ce moment transféré à T hôpital du ci-devant Evéché pour cause de maladie,
Sera mis chez lui en état d'arrestation sous la garde d'un gendarme jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné.
Charge de Texécution du présent l'administratiou de police.
Du 6 messidor an III (24 juin 95).
Le Comité de Sûreté générale,
Délibérant sur la pétition du citoyen Jacques Bardet, homme de loi de Cornmune-d'Armes, ci-devant Saint-Etienne, département de la Loire, tendant à obtenir sa liberté déflnitive,
Arrête que ledit Bardet sera définitivement mis en liberté ; en conséquence tous les gendarmes se retireront et tous scellés apposés seront levés (3).
Bardet ne dut pas regretter par la suite la longue détention de huit mois que lui infligea le Comité de Sûreté générale. Elle le sauvegarda peut-être des couteaux de la Terreur blanche.
Chana avait été aussi envoyé en mission, à Lyon, pour les subsistancesy le 24 fructidor (10 septembre 94) (4). 11 fut aussi arrêté et son arrestation causa grande émotion à la Société populaire de Saint-> Chamond ; je trouve au procès verbal du 25 vendémiaire (16 oct.) :
Un membre ayant témoigné combien rarrestation imprévue et subite du citoyen Chana affectoit douloureusement tous les patriotes qui jusqu'à présent, Tavoient vu pénéIVé des bons principes et entièrement dévoué à la chose publique ; qu*il paroitroit convenable d'envoyer deux commissaires auprès des représentants du peuple à Lyon avec une pétition de la Société tendant à m&nifester ses sentiments sur le compte du détenu et à les prier de vouloir bien rassurer les patriotes de celle commune en indiquant les motifs qui les avoient engagés à priver de sa liberté un citoyen connu jusqu'à
(1) Archives de la Loire. L. 161.
(2) Voir plus loin, Livre neuvième.
(3) Pour les deux arrêtés : Archives nat. P 4563.
(4) Archives de la Loire. L. 121.
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présent par un véritable patriotisme, ce qui ayant été adopté à runanimité, il a été arrêté que la pétition seroit rédigée dans la soirée par les citoyens Monale et Hardisson, signée le lendemain dans une séance indiquée à cet effet pour 7 heures du matin et portée de suite aux représentants du peuple par les citoyens Chol et Ragot nommés commissaires à cet effet.
Le 27 (18 oct.) nouvelle démarche :
Un membre ayant proposé de faire une pétition au Comité de Sûreté générale en faveur du citoyen Cbana, lecture en a été faite et le restant de la séance a été rempli pour recevoir les signatures, au bureau, de tous les frères de la Société présents.
Le 29 (20 oct.) rapport des commissaires envoyé à Lyon :
Le citoyen Chol a rendu compte de sa mission auprès des représentants à Lyon, relativement au citoyen Chana ; il a dit que ce citoyen étoit détenu par ordre du Comité de Sûreté générale et que les représentants de Lyon ne pou voient aucunement statuer sur cette arrestation. On a de suite fait une deuxième lecture de la pétition adressée au dit Comité de Sûreté générale en faveur du citoyen Chana, elle a été approuvée et il a été arrêté qu'elle seroit envoyée de suite. Le citoyen Chol a remis une lettre du citoyen Chana, datée des prisons des Recluses de Lyon, dont lecture a été faite. Les sentiments qu'elle annonce ont été vivement applaudis.
Une protestation imprimée (1) contre les élections législatives de Tan VI (1798), où Chana fut élu, dit que Chana fut conduit à Paris et rendu à la liberté par la loi de Tamnislie. Cette loi étant du 4 brumaire an IV (26 oct. 95) Chana aurait donc subi une année de détention. Où a vu que Bardet avait été libéré quatre mois plus tôt.
(1) Par les députés Forest, Meaudre et Duguet. Voir plus loin Livre dixième, chap. 3.
LES LIVRES DES COUVENTS. — LES ŒUVRES d'aRT ET LES ARCHIVES. — LES ÉLÈVES A l'ÉCOLE NORMALE SUPÉ- RIEURE. '
Fauriel n'occupa sa nouvelle fonction au Tribunal que pendant trois mois : le 12 frimaire (2 déc. 94), il y était remplacé dans des circonstances que je vais rapporter. Je viens de dire que je ne «savais rien du rôle de Fauriel commissaire national; je me trompais : je sais qu'en cette qualité, il travailla beaucoup comme bibliothécaire.
Depuis deux ans (depuis octobre 92), aucune mesure n'avait été prise pour assurer la conservation des livres provenant des collections conventuelles ou des collections particulières saisies chez les condamnés ou émigrés. Comment ces livres étaient-ils conservés et qui avait la responsabilitédeleur garde? Je ne vois pas. J*ai cependant trouvé un exemple de prêt qui fait croire à une surveillance. Le citoyen Misson, ingénieur de la voirie c pour puiser des connaissances relatives à son état 9 crut avoir besoin d'un exemplaire de VEncyclopédie provenant de la bibliothèque de Molle aine : il en fît régulièrement la demande que le District accueillit favorablement le 17 nivôse (6 janvier 94) (1).
(1) Je n'entends pas dire que les livres et œuvres d'art furent bien conservés. D'une manière générale, ils le furent assez mal, au contraire. J'en veux citer deux exemples.
lo Un arrêté du Département en date du 27 floréal an V (16 mai 1797) ordonne le transfert à Montbrison des livres de Notre-Dame de grâces restés dans l'immeuble conventuel. L'arrêté expose qu'ils y étaient restés abandonnés:
« Dans la maison dite de Notre-Dame de grâces ayant appartenu à la congi'é- 1 gation de l'Oratoire, située dans la commune de Chambles, canton de Saint- « Rambert, qui a été vendue comme bien national, il existe encore une « collection considérable de livres qui composoient la bibliothèque du collège « qui y étoit établi ».
2« Uiïe lettre du Département en date du 2 nivôse an 11 (22 déc. 93) adressée à Dupuy comniissairè à Néronde contient 'en outre instructions pour le mobilier de Chenevoux :
« Tu livreras aux flammes les tableaux de tous les scélérats et satellites du despote dont tu nous parles ; tu excepteras les cadres et les glaces ».
Le 8 pluviôse (27 janv. 9i), la Convention, qai s'occupait de tout, décréta qu'il serait formé une bibliolhèque dans chaque district, qu'il serait procédé à un récolement des inventaiires, que des plans d'installation seraient proposés et qu'enfin le catalogue des collections serait mis sous les yeux du public. Le 14 fructidor (31 août 9i) nouveau décret qui place les bibliothèques et les monuments des arts et des sciences sous la surveillance des citoyens et qui prévoit des peines en cas de dilapidations et de dégradations.
C'est pour l'exécution du premier de ces décrets que, sur les instances du Comité d'Instruction publique, le District décida la constitution d'une bibliothèque publique à Saint-Etienne. Le 7 fructidor (3 septembi*e 94), il arrêta une installation dans la maison de Praire-Royet devenue nationale et il ordonna des travaux d'aménagement qui furent exécutés (1). Les livres y étalent-ils déjà? y avaient-ils été transportés dans un des changements de locaux < du District? C'est possible. En tous cas, ils n'y étaient pas très bien puisqu'ils y subissaient le voisinage d'un dépôt de salpêtre qui ne fut enlevé que le 12 pluviôse de l'an III (2 février 95) (2).
Puis, le District chargea Fauriel, Montuclas et Sauveur-Giraud de faire l'ordre dans les collections. L'Agent national adressa à-chacun de ces trois citoyens la lettre suivante :
4« des Sans-culottides de Tan II (âO septembre 94).
Une grande quantité de livres ou d'autres monuments qui doivent 8er\'ir à rinstruction des citoyens restent depuis longtemps entassés dans plusieurs dépôts où ils périssent inulilement. Il est instant d'en composer la Bibliothèque nationale qui doit être établie dans le disirict. C'est de ce soin que l'Administration vient de te charger.
Je l'envoie son arrêté. Concerte-toi avec tes collègues pour ce travail important qui demande d'autant plus de célérité que la Commission de rinslruction publique me charge de nouveau de lui en rendre compte sous un bref délai. Je
(1) Cet an*êté que je ne connais pas est visé dans celui du 7 germinal qui règle les travaux :
« Lecture prise d'un compte de divers ouvrages tous relatifs à la Bibliolhè- « que du district faits par le citoyen Moulin et par lequel il fait arriver son dû « total à la somme de 15.635 liv. 9 sols 9 deniers. »
« Vu un ordi^ donné par l'Ingénieur ordinaire adressé au citoyen Moulin « relatif à l'exécution de quelques parties des susdits ouvrages, annoncé être « subséquent à un de l'Administration et qui est postérieurement el marginale- « ment visé sous la date du 7 frtictidor par les Administrateurs alors en « exercice.
(2) L'arrêté dit : « Considérant que le dépôt des salpêtres du district existe < dans la maison Praire où sont déposés les livres destinés à la Bibliothèque (( de ce district et où est fixé le local destiné à la recevoir ».
compte sur ton zèle et ta vigilanee pour le prompt rassemblement et le catalogue exact de tous les ouvrages.
Salut etfraternilé (1).
Le travail d'inventaire et d'aménagement n'alla pas sans encombre puisque le local dans lequel on devait installer la Bibliothèque tomba en ruines au moment même de celte installation. L'Agent national du district en prévient le Comité d^lnstrucliou public à la Convention :
il vendémiaire an III (2 octobre 94).
Le District est, sans doute, un de ceux qui sont le plus en retard sur In formation des bibliothèques, mais il n*est pas de ceux qui ont fait le moins de démarches. Un accident fâcheux est venu éloigner le fruit des soins que nous avions pris. Au moment où la Bibliothèque alloit être transportée dans le local que nous avions désigné, la voûte a écroulé dans une grande partie du bâtiment.
On s'occupe sans relâche à faire les répartitions que nécessitent cet événement ; mais le rassemblement des matériaux éprouvant quelque retard, nous ne pouvons pas déterminer le moment où le travail sera confectionné quoique nous pensions qu'il le sera dans un court délai. Les deux citoyens que nous avons nommés pour s'occuper du catalogue et du classement des livres s'occupent dans un appartement particulier de leurs deux objets et leur opération ne tardera pas à être finie : Déjà elle le seroit si cet incident ne fût venu nous contrarier.
Bientôt^ vraisemblablement, nous vous annoncerons que tout est terminé ; nous ne cessons de presser les ouvriers employés aux réparations.
Salutet fraternité (2).
Les réparations de l'accident signalé dans celte lettre et l'aménagement prévu furent terminés pendant l'hiver. Le 7 germinal an III (27 mars 95), le District (royaliste) fut appelé à payer ces travaux 15.635 liv. 9 sols 9 deniers dus a l'entrepreneur Moulin. Il le fit de fort mauvaise grâce contestant la légalité de l'arrêté du 7 fructidor (3) : la vérité est que les temps étaient changés et que, déjà, ces administrateurs entendaient que la maison de Praire- Royet fit retour à sa famille.
La € Bibliothèque y> ne resta pas longtemps en effet, dans la maison de l'ancien maire.
Les collections ne comprenaient plus seulement les livres des couvents, mais ceux des condamnés dont les mobiliers avaient été
(1) Archives de la Loire. L. 156.
(2) Ibid.
(3) Par cette raison que le District n'aurait pas communiqué à l'Etat le projet d*iQStaUaUon dans la maison Praire et parce que les travaux n'avaient été l'objet d'aucune adjudication.
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vendus : Détours, Antoine Neyron, Vincent (Soleymieu), etc. Mais il semble que ces livres n'aient pas été mêlés aux fonds conventuels. Ils furent assez vite restitués sur des réclamations divei*sement justifiées : on soutenait qu'ils étaient la propriété des fils des condamnés, etc. A ce moment, on les trouve dans les caisses (1).
D'ailleurs, tout n'était pas versé, et des livres restaient encore ca et là dans les communes où des maisons religieuses en avaient réunis. Le 2 brumaire (23 octobre), le District accusant réception d'un envoi aux municipaux de Lupé, les prie de le compléter en faisant parvenir au plus tôt ce qui reste à leur disposition.
L'un des trois bibliothécaires désignés par le District, Montuclas, ou n'avait pas accepté la fonction, ou l'avait abandonnée. Fauriel et Sauveur Giraud persévérèrent ; deux arrêtés indiquent qu'ils menèrent le travail au bout :
16 frimaire an III (6 décembre 94).
Vu la pétition du citoyen Fauriel tendante au paiement de la somme de *225 liv. pour Tindemnité qui lui revient pour avoir employé cinq décades (les décadis non compris) à Tinventaire des livres destinés à former la bibliothèque de ce district ;
Vu le décret du 8 pluviôse relatif à l'établissement des bibliothèques publiques dans les districts qui autorise les administrations de district à faire payer cinq livres par jour aux commissaires chargés de Tinventaire des livres et autres objets d'instruction ;
L'Agent national ouï,
Le District arrête que, pour les causes ci-dessus énoncées, mandat de la somme de deux cent vingt-cinq livres sera délivré au citoyen Fauriel sur le citoyen Armelin receveur de ce district et sur les fonds appartenant au Trésor public.
Cet arrêté indique bien que, le 16 frimaire, Fauriel, commissaire national près le Tribunal depuis le 8 fructidor, en fonctions depuis le 11, c'est-à-dire depuis 95 jours, perçoit — pour 45 jours — le traitement du bibliothécaire (2). Le Procureur de la République était, en ce temps, peu occupé par son parquet.
L'autre arrêté du 18 frimaire (8 déc.) mandate à Sauveur Giraud une semblable somme de 225 liv. pour un travail d'une même durée de cinq décades.
(1) Voir le District, le 29 brumaire an III (19 nov. 94). Il est question des livres de Détours et de Vincent Soleymieu. Pour ces derniers, il est dit que « deux caisses de livres » seront rendues à Gaspard Vincent fils qui en était le propriétaire»
(2) Alors que j^écrivais pour la préface du Catalogue de la bibliothèque de la ville de Saint-Etienne une notice historique, j'ignorais que Fauriel eût été le premier conservateur de cette collection. Je prie qu*on veuille bien m'excuser.
Le District n'avait pas pris soin seulement des bibliothèques et des livres. La lettre suivante, a^dressée par TAgent national à la Commission temporaire des arts, indique qu'il était préoccupé des œuvres d'art : •
29 frimaire (19 déc. 94).
. n n*exisle dans aucune maison naUonale du disirict auquel je suis attaché aucun objet d'art et de science. J'en ai fait faire la recherche par les munici* palités : leurs réponses m'ont donné la certitude qu'il n*y en avoit point (1). La raison en est bien simple : c'est que les hommes frappés par le glaive de la loi dans ce district n'éloient pas de grands amateurs des sciences et des arts. IJ ne se trouve que quelques tableaux dans la bibliothèque ; on vous en enverra le catalogue si vous le jugez à propos.
11 sera aussi adressé dans quelques jours au Comité d'Instruction publique, celui des livres qui composent la bibliothèque de ce district. Pour que vous puissiez connoitre les mesures que j'ai prises pour rassembler et invenlorier les objets et monuments d'arts et de sciences, je joins à la présente un exemplaire d'une circulaire que nous écrivîmes aux municipalités dans le courant de brumaire à ce sujet (2).
Et, quelques jours plus tard, au sujet de la conservation des titres, Charles et documents de Thistoire, le District écrivait au Comité des décrets, procès-verbaux et archives :
5 nivôse (25 déc. 9i).
L'Administration du disirict de Commune-d'Armes pour rempHr vos vues s'est occupée de nommer deux citoyens versés dans la connoissance des chartes, lois, monuments et litres.
Son choix s'est fixé sur le cit. François Allois, âgé de 32 ans, commissaire feudisle avant la Révolution et employé depuis quelque temps dans les bureaux du Conseil d'administration des armes à Commune-d' Armes et le cit. Louis Pinaz, ftgé de 40 ans, domicilié à Saint-Chamond, notaire et commissaire^ feudisle avant et depuis la Révolution.
Elle m'a chargé de vous les désigner (3).
Le règlement des honoraires dus à Fauriel pour son travail de bibliothécaire coïncidait avec ce fait que le jeune homme se disposait à quitter Saint-Etienne pour s'en aller h Paris h titre d'élève de la première Ecole normale supérieure.
Une explication est ici nécessaire : je l'emprunte h Chéruel [Dictionnaire des Institu lions]. Après avoir exposé le projet de 1763 resté à l'état de projet, Chéruel rapporte :
(1) Le senUment de l'archéologie n'était pas très développé (iSt) Archives de la Loire. L. 456.
(3) Ibid.
La Convention voulut le réaliser par un décret en date du 9 brumaire an HI (90 octobre 94) ; mais ces conceptions étaient plus grandes que pratiques ; elle voulait improviser des professeurs comme des soldats ; elle ordonna que les administrations des districts enverraient un élève par vingt mille habitants. Quatorze ou quinze cents élèves se rendirent à Paris et suivirent des cours de sciences et de lettres professés par des hommes illustres : Lagrange et Laplace enseignaient les sciences mathématiques, Haûy la physique, Monge la géométrie descriptive, Daubenton l'histoire naturelle, Bertholet la chimie, Thouin Tagriculture, Buache et Mentelle la géographie, Volney Thistoire, Bernardin de Saint-Pierre la morale, Sicard la grammaire, Garât l'analyse de Tentendement, La Harpe la littérature. Van der Monde l'économie politique. 11 suffit de citer ces noms pour prouver que la Convention n'avait rien négligé pour cette institution. Les leçons des professeurs ont été recueillies et la partie scientifique surtout est remarquable. Il y avait, outre les cours, des conférences entre les professeurs et les élèves sur l'art d'enseigner. Mais la dispersion dans Paris de ces quinze cents élèves qui suivaient avec plus ou moins de régularité des cours publics ne permit pas à cette première Ecole normale de porter tous ses fruits. L'enseignement, dit M. Dubois, demeura dans les généralités ou s*éleva A la hauteur où pouvaient le porter de tels maîtres : l'élite des élèves y monta seule avec eux ; le reste, sans vocation ou vaincu de faiblesse, se détourna vers la distraction ou soupira pour le retour dans ses foyers. Après un essai de quelques mois, maîtres et élèves se séparèrent le 48 mai 1795 et il ne fût plus question d'Ecole monnaie jusqu'en 1806 (1).
Il me parait y avoir dans l'exposé de Chéruel une véritable méprise. La Convention ne s'était pas proposée d'instruire des professeurs pour renseignement secondaire ; elle n'avait pas pensé qu'en six mois on pût accomplir cette merveille. Ce qu'elle entendait réaliser était de moindre essor : elle entendait : 1* appeler de toute la surface de la France quinze cents citoyens (ce chiffre a été donné) suffisamment instruits pour comprendre des théories pédagogiques ; les instruire de ces théories et, accessoirement, élever leur instruction par un ensemble de conférences ; 2^ les renvoyer
(1) U faut ajouter à la notice de Chéruel que cet essai d'enseignement normal supérieur avait été limité à une durée de quatre mois ; que les cours ouverts le i^ pluviôse (20 janvier) furent fermés le 30 floréal (19 mai) ; que les élèves reçurent chacun une indemnité de 1.900 liv. ainsi payée : 900 avant l'ouverture, 900 à la fin des cours et trois mensualités de âOO liv.
L'insuccès de cette tentative fut généralement attribué à la trojg grande différence entre le savoir des maîtres et TapUtude des élèves. L'enseignement y eut cependant un grand éclat. On y vit les premières expériences de démutisation des sourds-muets. Au nombre des élèves, on admirait l'illustre Bougainville qui, après avoir découvert tant de terres australes et fait le tour du monde, âgé de soixante ans, à la veille d'entrer à l'Institut, était venu s'asseoir sur les bancs de la grande Ecole nouveUe.
Lakanal et Daunou furent au nombre des initiateurs et firent les rapports à la Convention.
ensuite dans les districts faire l'instruction pédagogique des instituteurs de renseignement primaire. Il ne s'agissait pas de faire le personnel de l'enseignement secondaire, mais le personnel destiné à remplir la tâche assignée à nos Ecoles normales primaires (1). Ce projet, très judicieux et très pratique, allait se perdre dans la réaction de Tan III.
En exécution du décret du 9 brumaire, le District arrêtait le 6 frimaire (26 novembre) :
Le Conseil général du District délibérant d'après la réquisition de l'Agent national sur l'exécution de la loi du 9 brumaire dernier relative à l'établissement des Ecoles normales ;
Vu les réponses des municipalités à la circulaire du 25 du mois dernier pour obtenir l'indication de quelques citoyens instruits propres à recevoir et à propager l'enseignement ;
Vu aussi l'état de population qui porte à cinq le nombre des élèves que doit nommer l'administration ;
Les témoignages recueillis sur les citoyens Fauriely Martin Chavasaieu, DerTvieuac-Fuseniagne, Arnaud (2) et Piaud (3), s'étant accordés à certifler leur civisme, leur moralité, leurs connaissances et leur amour de l'étude,
L'administration les a désignés pour élèves de TEcole normale qui doit s'établir à Paris où, conformément à la loi précitée, ils seront rendus au trente de ce mois.
Fauriel, démissionnaire au Tribunal, dut quitter Saint-Etienne dans le milieu de décembre 94. Il s'en allait à Paris pour la seconde fois ; il allait y mener, pendant quatre mois et demi, l'existence
(1) Le décret le dit en termes précis.
L'article 8, qui expose le programme de l'Ecole normale primaire supérieure, dit des savants maîtres appelés à cet extraordinaire enseignement :
« Us leur apprendront d^abord à appliquer à V enseignement de la lecture, de « l'écriture, des premiers éléments du calcul, de la géométrie pratique, de « l'histoire et de la grammaire française, lei niéthodeê tracées dans les livres c élémentaires adoptés par la Cotivention nationale et publiés par ses ordres.
L'article 11 expose les services attendus des élèves de l'Ecole normale supérieure :
c [Us]... ouvriront, dans les trois chefs-lieux de canton désignés par l'admi- « nisl ration du district, une Ecole normale dont l'objet sera de transmettre aux « citoyens et aux citoyennes, qui voudront se vouer à l'instruction publique, c la méthode d'enseignement qu'ils auront acquise dans l'Ecole normale de « Paris.
« Ces nouveaux cours seront au moins de quatre mois ».
(3) Arnaud Décius qui avait remplacé Fauriel comme agent national en fructidor éUit son condisciple et son intime ami ; il a été notaire à Saint- Etienne.
(3) Piaud qui avait été le substitut de Fauriel .