VII. Le présent arrêté sera imprimé
Même quand les administrations rapportaient les mesures de séquestre et ordonnaient de toutes parts les levées de scellés chez les contre-révolutionnaires, elles n'accueillaient qu'avec peine les demandes faites au profit de ces congrégations plus qu'à moitié laïques qu'étaient les associations de « béates i». Des filles Berlhail, du Chambon, avaient sollicité la levée des scellés sur Timmeuble d'une association de ce genre, le District passa d'abord à l'ordre du jour (21 fructidor-7 septembre), visant des renseignements fournis par le Comité de surveillance cantonal :
Il est constant que, par les réponses que les exposantes ont faites au président dudit Comité, elles ont depuis longtemps pris le titre de Sœurs de la Congrégation de Saint-Joneph ; qu*en ce moment même, elles habitent au nombre de cinq la maison dont elles réclament la propriété et qu'elles éloient en plus grand nombre avant le mois d'octobre, quoique la loi du 18 août 1793 prohibe toute assemblée de femmes. . .
Ce n'est que le 12 brumaire (2 nov. 94) que, sans motifier sa décision, le District ordonna la levée des scellés chez les sœurs du Chambon.
En brumaire, frimaire, ces demandes ont plus de succès.
Des mesures de réparation, des mises en liberté de religieuses sont conseillées par le District avec des considérations exprimées en termes blessants, injurieux :
26 brumaire (16 nov.).
Considérant qu'elles n'ont été mises en état d'arrestation que parce qu'elles avoient refusé de prêter le serment exigé par la loi ; cependant, que n'exerçant pas une influence dangereuse sur la société qui n'a pas lieu de redouter les criailleries sacrées de quelques femmes égarées par les préjugés les plus avilissants, elles peuvent jouir sans danger des douceurs de la clémence nationale...
Et les représentants ne consentent à renvoyer dans leurs familles ces religieuses inolTensives qu'en « prenant, pour empêcher la communication de leur opinion, toutes les précautions qu'exigera la sûreté publique ».
Et la persécution contre les ouvriers, coupables d'avoir observé
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le repos dominical, continuait toujours. A la vérité, elle parait bornée aux armuriers prévenus de suspendre les travaux de l'arme* ment hors des jours de repos Qxés par la loi, c'est-à-dire les décadis. A la date du 18 vendémiaire (9 septembre), je trouve un arrêté du District ^punissant de cinq jours de prison Rambert Barouillet dit Javelle, Mathieu Penot, Claude Denis, armuriers à la Fouillouse et « tous leurs élèves » : « ils ont suspendu leurs travaux tous les jours connus ci-devant sous le nom de dimanche x».
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Elle allait être remplacée cette municipalité à laquelle le nom de Johannot donna une réputation de jacobinisme exalté et de vague socialisme. Elle administra en.de terribles circonstances, inouïes jusques là, où tous les malheurs publics étaient accumulés : misère, famine, deuils, haines de guerre civile, charges des guerres à la frontière, quoi encore? l'angoisse de quelque avenir encore plus terrible. A tout prendre, si la misère publique et la faim la poussèrent à appeler Javogues et la firent paraître associée à une action révolutionnaire qui sema l'épouvante, on peut croire que, prise en masse, la municipalité plutôt passive, suivit sans oser protester, sans oser même atténuer ou retenir, non sans appréhension.
Elle accomplit la part qui lui revenait dans l'exécution douloureuse des mesures de la vengeance publique ; mais elle l'accomplit comme un pénible devoir. Ce n'est qu'à la fin de ventôse qu'en petit nombre, des Stéphanois tenus pour complices des révoltés furentatteints par la justice révolutionnaire: or, non seulement nulle impatience ne se manifesta à la Commune, mais aucune colère n'y fut exprimée, aucune approbation des châtiments. Ce n'est pas de la Commune que vint, en pluviôse, l'idée de reprendre les poursuites et d'emplir à nouveau les prisons de Saint-Etienne. J'incline à croire, au contraire, que de la Commune s'élevèrent des plaintes qui, par Fauriel, allèrent, avec celles des Roannais, jusqu'à l'oreille de Robespierre et de Coulhon^ Que quelques-uns de ces municipaux aient eu le patriotisme turbulent et aient éprouvé quelque joie à se faire craindre, on ne peut en douter ; mais ces exceptions font justement apparaître le calme des autres, de la
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très grande majorité. L'un des officiers municipaux, Pupil, nous a laissé dans ses notes l'expression de cet état de conscience. Sous Louis-Philippe, il a encore le tressaillement et l'orgueil de son patriotisme ; mais nul doute qu'il n'ait aidé, par pitié, à secourir les vaincus. Il est certain qu'il s'employa à sauver du désastre le mobilier de son église de Notre-Dame.
Il y aurait, à mon sens, erreur de critique et injustice à prendre au pied de la lettre, pour les considérer toujours comme l'expression de leur pensée, les déclarations et les décisions au bas desquelles ces municipaux mirent leurs signatures. La vérité est que, sans protester, ils marchèrent, dociles moulons, dans le troupeau de Panurge, et consentirent à tenir pour vérité démontrée, des opinions, des manières de parler qui étaient la mode ofQcieile, le bagou officiel du temps, dans tous les districts de France. A contester ils eussent été suspects. On le voit bien à l'attitude de leurs successeurs dont le conservatisme religieux n'est pas contestable. Que firent, après eux, les Royet-Chapelon, les Jean-Pierre Sauzéa du District, les Maurice Deprandière, les Thiollier et les Colcombet de la Commune? ils laissèrent parler, eux aussi, du (K fanatisme » qui était le catholicisme et de (a sa télé hideuse 9. Attendez quelques mois, la mode changée, les vocables changés, c'est contre le terrorisme et les buveurs de sang que les colères administratives seront dirigées et que les mêmes gens s'indigneront.
La municipalité de l'an II s'en allait alors que la France aurait pu — sans les tragiques événements de l'intérieur — acclamer le triomphe de ses armes qui la faisaient incomparablement grande. Au commencement de l'an III, vers la fin de 94, les troupes de la République étaient à Saint -Sébastien, à Figueras, en Piémont (1), à Maestricht, à Juliers, sur les bouches de la Meuse où elles commençaient ces légendaires opérations qui, en janvier 95, devaient les mener à Amsterdam. La rive gauche du Rhin déblayée, la coalition perdue en des querelles bruyantes, la France n'allaitelle pas imposer glorieusement la paix qu'çlle poursuivait, le triomphe de la Révolution ?
Cette paix elle l'avait méritée par des efforts dont Je .'iiiohdç n'avait jusqu'alors donné aucun exemple. Ah ! si l'admiration és.l allée à la formidable Assemblée, aux Comités infatigables, aux
(1) En prairial de Tan II, sur un arrêté d'AlbiUe et de Laporte, on réquisitionna dans la Loire des chevaux, des mulets et des voitures pour les convois :4e rarmée qui a franchi les Alpes et qui descend en Italie. . ^