V. — SITUATION DE L'EGLISE PAR RAPPORT AU CHEMIN DE NAPLOUSE
Quelques personnes, d'ailleurs convaincues que les ruines dont nous avons parlé sont celles de la basilique d'Eudocie, sont cependant préoccupées d'un texte du moyen âge qui fait difficulté.
Les ruines sont actuellement à gauche du chemin quand on se dirige vers la ville, et la Cité de Iherusaîem nous a dit : « Dehors celle porte, ains c'on i entre, à main destre, avait un mouslier de Monseigneur Saint Estevenes. — Devant cel moustier à main seniestre, avait une grant maison c'on apeloit l'Asnorie. »
A cela des Palestinologues distingués répondent que lorsque tout concorde, on ne peut hésiter à cause du témoignage isolé d'un de ces pèlerins du moyen âge dont les erreurs sont si fréquentes.
Mais j'admets que le texte est exact, et, dans cette hypothèse, je crois pouvoir dire que la comparaison des ruines et du texte suffît' à prouver que le chemin passait, au xii® siècle, ailleurs qu'aujourd'hui.
C'est à l'église qui n'a pas changé de place de nous renseigner sur le chemin, et non pas au chemin de fîxw la position de l'église. Mais nous ne sommes pas réduits à une simple supposition. Il y a une preuve que le chemin a changé. L'ânerie était à gauche du chemin, l'église à droite. Où est l'ânerie ? On a dit : Ce sont les voûtes iîituées au nord de la petite église. Cette solution n'est pas admissibFe. Il est impossible de faire passer un chemin entre l'église et ces voûtes ; elles sont dans la même orientation que l'église à laquelle elles adhèrent, ce qui est au moins singulier pour une ânerie. Dans ce système on ne peut assigner une raison pour laquelle les croisés, auraient détruit l'église et respecté l'ânerie puisqu'elles étaient contiguës. Enfin on n'a trouvé là aucune trace de crèches.
Au contraire, au sud du chemin qui suit l'enclos actuel, entre le mur et la colline de Jérémie, dans le terrain de MM. Frûtiger, on a découvert des murs considérables du temps des croisés, et, au témoignage formel de M. Schick, l'ingénieur distingué qui a suivi depuis trente ans toutes les fouilles de Jérusalem, des crèches pour ani-
maux. Là était Tânerie. Il n'était pas aussi urgent de la détruire, parce que, de ce côté, les assiégés étaient d'ailleurs abrités par la colline de Jérémie; en tout cas elle ne faisait pas corps avec Téglise et il a pu y avoir des raisons qui nous demeurent cachées de détruire l'église et d'épargner l'ânerie^.
Rien de plus aisé que de concevoir un chemin partant du tombeau des rois, où il y avait alors comme aujourd'hui un carrefour, et allant directement à la porte de Damas, plus directement que le chemin actuel qui fait un coude à l'ouest. Le même M. Schick a constaté en plein milieu de la route de Naplouse, qu'on prétend être l'ancien chemin, des restes de construction en face du moulin Bergheim. Le chemin dont parle la Cité de Iherusalem ne passait donc pas là autrefois et l'objection tombe d'elle-même^.
1. Noire système est, d'ailleurs, celui de la Revue anglaise de Palestine dont nous avons reproduit le plan d'ensemble, p. 110.
2. On vient de découvrir (juillet 1894), à l'endroit qui répondrait à la désignation de la Cité, d'après l'objection, de belles mosaïques... mais d'origine arménienne. La question est donc définitivement vidée.