Elle fut élue, par la suite, abbesse de ce monastère
Maître des iles Baléares, le roi Jaime P' d'Aragon s'était attaqué au royaume de Valence ; l'émir Dschomail sollicita le concours des Béni- Zeyan d'Afrique, ses parents. Les membres de cette puissante tribu équipèrent une flotte et firent voile vers le port de Valence; mais des vents contraires et l'escadre aragonalse les empêchèrent d'atterrir, et ils durent abandonner la capitale de l'émir aux efforts de l'ennemi. Valence capitula, le a8 septembre ia38 : les habitants devaient avoir la vie sauve ; ils pourraient se retirer où bon leur semblerait , en emportant leurs biens; s'ils préféraient demeurer dans la ville conquise, ils y jouiraient d'une entière liberté pour l'exercice de leur culte, continueraient à vivre sous l'empire de leurs lois et ne se verraient pas astreints à payer plus d'impôts que les sujets chrétiens du roi d'Aragon; dans les vingt jours, toutes les places situées sur la rive gauche du Xucar seraient livrées à Jaime; le pays qui s'étendait sur l'autre rive était laissé à Dschomail et à ses vassaux, à qui une trêve de sept ans était accordée. Le lendemain du jour où le traité fut signé, le 29 septembre, fête de l'archange saint Michel, le roi d'Aragon entra dans
Valence; Tévêque de Tarragone convertit en cathédrale la grande mosquée.
Jaime, dont la loyauté était loin d'égaler celle du roi de Castille, ne se fit pas longtemps scrupule de violer la trêve qu'il avait conclue ; il nourrissait surtout le secret désir de s'emparer de Xativa et de Dénia, possessions du vali de Lorca, tant à cause de l'importance de ces deux places, situées l'une sur les confins de la Murcie, l'autre sur le bord de la mer, que parce qu'il tenait à ne point laisser Ferdinand III s'en rendre maître. Aussi, dès Tannée 1240, il tentait d'enlever Xativa; ce ne fut toutefois qu'après quatre années d'efforts répétés, qu'il réussit à mettre la main sur cette ville. Dénia succomba k son tour, au mois de mai 1248, et en ia53 la conquête du royaume de Valence fut définitivement achevée.
Maître de la Murcie, à l'exception de Lorca et de Carihagène, Ferdinand était dès lors en mesure de s'attaquer aux possessions de Mohammed Ben Alahmar , c'est-à-dire aux territoires d'Arjona et de Jaën et au royaume de Grenade. Il partit pour l'Andalousie, au commencement de l'été de l'année
NOUVELLES CORQUÉTES DE FERDINAND. 131 nand lui-même, elles s'avancëreot jusque sous les murs de cette ville, dont elles commencèrent même le siège. Mais la mauvaise saison survint et causa des maladies, les assiégés firent plusieurs sorties et infligèrent aux Casùllaas des pertes sensibles, tandis qu'un parti nombreux de Maures se portait sur le château de Martos, pensant le trouver dégarni, l'enlever ainsi facilement, et revenir ensuite tomber sur les chrétiens campés devant Grenade. Ferdinand, dès qu'il eut appris l'investissement de Martos, envoya au secours de cette place son frère Alphonse; le grand-maitre et les chevaliers de Calatrava, à qui elle appartenait, en vertu de la donation qu'ils en avaient antérieurement reçue du roi, partirent également, dans le but de la défendre ; mais ce concours tardif fut inutile : les membres de l'ordre, en petit nombre, qui tenaient garnison dans la forteresse, avaient fait fuir l'ennemi avant l'arrivée du prince et de ses auxiliaires, Ferdinand leva le siège de Grenade.
Durant cette même année i244> Dschomail Ben Zeyan cherchait k s'indemniser en Murcie des pertes de territoire qu'il avait dû subir dans le royaume de Valence ; le vali de Lorca, qui
marcha contre lui, fut vaincu et tué dans une bataille qu'il lui livra; Dschomail s'empara de Lorca et de Carthagëne, mais ce fut alors que Jaime P' emporta Xativa, autre possession du vali.
La prise de cette dernière ville par le roi d'Aragon était un acte blessant pour le roi de Castille, qui était en droit de regarder les États du vali de Lorca comme une dépendance de la Murcie et, a ce titre, comme devant suivre le sort de cette province. Lors de Favènement de Ferdinand au trône de Léon, Jaime, on s'en souvient, s'était allié contre lui avec le roi de Navarre ; il avait en même temps institué ce prince son successeur, au détriment de son fils Alphonse, né de son mariage avec Ëléonore de Castille, tante de Ferdinand; le saint roi ne s'était pas ému de ces mauvais procédés. Jaime, d'ailleurs, nous l'avons aussi noté, s'était re* penti de sa conduite à l'égard de son fils, et il avait reconnu ce prince pour héritier de tous ses États. Mais, par la suite (iâ35), il se remaria avec Yolande, fille d'André II, roi de Hongrie; ayant eu de cette princesse un fils, Pierre, il fit décider, par une assemblée nationale qui se tint
à Daroca (i243)t qu'Alphonse D'hérîtei de l'AragoD proprement dit, tandis qu recevrait en partage le comté de Barcelc grands d'Aragon s'élevèrent, pour la contre cette délibération, et la guerre ni^ sur le point de déchirer le royaume nand III s'abstenait sévèrement de se m affaires intérieures et extérieures des r< chrédens autres que le sien ; mais il et dans la nécessité de régler avec Jaime 1" doD des droits respectifs de la Castill l'Aragon à l'égard des États de Murcii Valence ; en confiant cette mission à son phonse, il jugea conforme à son devoi; d'engager ce prince à faire ce qui dépen lui pour apaiser le différend aigu qui entre le roi d'Aragon et son fils aîné.
Alphonse de Castille eut une entrev Jaime I" à Almîra (i344)r ^^ i' réussit o lemeat à trancher le liuge pendant entre pays au sujet de la Murcie, mais en ont tabltr la concorde entre le père et le fils, nier consentit à ce que le comté de Bi fût attribué à son frère du second lit. A de Casulle se fiança avec Yolande, seco:
m SAINT FERDINAND III.
de Jaime, et Ton convint que cette princesse recevrait en dot les places de Xativa et de Dénia : le roi d'Aragon était déjà en possession de la première, il eut la faculté de s'emparer de la seconde ; le droit de prendre Lorca et Carthagène était réservé au roi de Castille. Alphonse, de retour de son ambassade, réussit enfin à réduire ces deux villes.
Ferdinand projetait de faire le siège de Jaën; Mohammed Ben Alahmar, qui s'attendait à voir éclater ce dessein, voulut mettre la ville en état de subir un long investissement : il fit donc par* tir de Grenade pour Jaên seize cents bêtes de somme, chargées d'armes et de vivres, sous une escorte de cinq cents cavaliers. Le roi de Castille eut connaissance de cette mesure de précaution, dont le succès était de nature à retarder singulièrement la chute de Jaën, et aussitôt il ordonna à son frère Alphonse de se porter au-devant da convoi; lui-même, avec le reste de l'armée, suivit le prince de très près. Les Maures, à leur tour, apprirent que les troupes castillanes s'avançaient à leur rencontre, et ils rentrèrent dans Grenade. Jaën néanmoins se trouvait en état de résister pendant plusieurs mois, et Ferdinand,
prit Favis de ses principaux conseillers, qui, tous, se montrèrent favorables à son dessein. AlorSy il se rendit au camp des Castillans et demanda une entrevue avec Ferdinand. Introduit auprès du roi, il se nomma et exposa l'objet de sa démarche. Touché par une telle marque de confiance, ému de tant de grandeur d'âme et de loyauté, Ferdinand embrassa avec affection son noble adversaire, et lui déclara qu'a l'exception de Jaén, il ne lui enlèverait pas un pouce de terrain. Un traité fut conclu entre les deux souverains : la ville de Jaén devait être livrée à Ferdinand, le royaume de Grenade était laissé à Mohammed, mais ce prince reconnaissait le roi de Castille pour son suzerain ; il promettait de lui payer un tribut annuel de cent cinquante mille maravédis, et de lui prêter main-forte, avec un nombre déterminé de cavaliers, toutes les fois qu'il en serait requis, soit contre les ennemis chrétiens, soit même contre les ennemis musulmans du monarque castillan. En présence de toute l'armée, l'émir de Grenade baisa la main du roi de Castille en signe de vasselage; il fut désormais admis à toutes les séances des Cortès, ainsi qu'aux fêtes de la cour, comme les
■^SÊÊM
autres vassaux de la couronae. Feix qu'à la fin de sa vie, a'eut pas d'aï plus fidèle que ce prînoe mahométaiij med le pleura lorsqu'il mourut; to étaient digoes de se comprendre.
Au mois d'avril 1246, Ferdinam de l'armée chrétienne, fît son entrée qu'il avait assiégé pendant dix mois mosquée fut purifiée par Guttierës Cordoue, et changée en cathédrale, cation de la sainte Vierge; la ville d'un évèché, que Ferdinand dota a gnîficence habituelle. D'important furent accordés aux chrétiens qui fîi résidence dans la cité conquise ; il grand nombre, et le roi leur doQi sons et des terres. II eut soin de fa les foriificatioDS, et Jaen devint aie Castillans ce qu'elle avait été jusque Maures, c'est-à-dire le boulevard ; protégeait la frontière contre toutes I
Occupé de la sorte à pourvoir à et à la prospérité de sa nouvelle coi dinand passa huit mois à Jaën ; l'at venu avec le roi d'Aragon et le ti
avec l'émir de Grenade ne laissaient d'autre champ à son zèle pour la délivrance de l'Espagne que Séville, Xérès et leur territoire respectif; ces deux cités s'éuient, on s'en souvient, érigées en États indépendants à la mort du Motawakkel ; un assez grand nombre de villes secondaires relevaient d'elles. Durant son séjour à Jaen, Ferdinand médiu le projet d'attaquer SévîUe ; il ne se dissimulait pas les difficultés de cette entreprise. Aucune place n'était plus, forte, et par sa situation, et par le nombre et la vaillance de ses défenseurs. Le roi de Castille savait dans quelle large mesure il pouvait compter sur le dévouement et l'ardeur guerrière de son armée, il avait la certitude que l'annonce de son dessein serait accueillie avec allégresse; son parti, en conséquence, était pris d'assumer encore cette nouvelle tâche, plus lourde, mais aussi plus décisive que les précédentes; mais, en même temps, il était trop ménager du sang de ses soldats pour ne pas s'enquérir avec soia des moyens les plus sûrs et les plus rapides de mener à bonne fin sa tentative. Il tint à Jaën un grand conseil de guerre, où les opinions furent partagées. Un certain nombre se mon-
NOUVELLES CONQUÊTES DE FERDINAND. 139 trèrent d'avis qu'avant d'assiéger Séville on s'emparât de toutes les pi que l'on dévastât la coutn ville et de la mettre hors ses forces et ses provisioi manière de voir, on fais semblable méthode avait avec succès jusque-là. Mai Saint-Jacques, Pelage Corr ses chevaliers soutinrent qi ces attaques répétées, d d'hommes et de fatiguer h la certitude d'affaiblir Sévi au contraire, plus de tea défense et pour appeler pei les Maures d'Afrique; l'ar pleine de courage et de & lancer sans retard à l'assau delle des musulmans d'E citadelle aurait succombé, I subiraient fatalement le mi Ce fut à cette dernier événements devaient démoj se rangea Ferdinand. Il ordres nécessaires pour le:
pédiiioD, demauda des renforts à son nouvel alliéj l'émir de Grenade, puis se mit en marche à la t£te de son armée. 11 avait avec lui son frire Alphonse, l'infant Henri son troisième Gis, le grand-maitre de Saint-Jacques et le grandmaître de Galatrava. On fit route par Cordoue, où l'on ne séjourna point, et l'on ne tarda pas à arriver en vue de Carmona, petite ville située à peu de disunce de Séville ; sans s'arrêter à en faire le siège, on dévasta en passant son territoire. Mohammed Ben Alahmar lui-même venait de rejoindre l'armée chrétienne, avec cinq cents cavaliers. Ferdinand, poursuivant sa marche, atteignit Alcala de Guadaira, dont il jugea utile de chercher à s'emparer. Le commandant de cette place n'était pas en mesure de résister longtemps ; apprenant que l'émir de Grenade se trouvait parmi les assaillants, il lui fit apporter par des députés les clefs de la ville, espérant obtenir de lui un traitement meilleur que d'un monarque chrétien. Ben-Alahmar accepta ces clefs, mais, en vassal fidèle, il les remit à Ferdinand ; ce prince, à son tour, confia la place à son allié.
Toutefois, il prît soin lui-même de la mettre
NOUVELLES CONQUÊTES DE FERDINAND. Ul en état de défense; mais, afin que le temps qu'il consacrait à cette occupation ne fAt point perdu pour la poursuite du projet qu'il avait ar-
la plus vive douleur^ mais ne laissa cependant échapper aucune plainte; il accepta ^ au contraire, cette épreuve cruelle avec une entière résignation.
Ce fut pour sa piété filiale une satisfaction grande d'apprendre les regrets unanimes que laissait Bérengëre et les honneurs inusités qui étaient rendus à sa mémoire. Cette princesse était, certes, digne de semblables témoignages d'affection et de respect : la Castille et le Léon, après des scissions toujours funestes et quelquefois sanglantes, devaient leur union à sa persévérance et à son habileté ; ils devaient à la sollicitude toute chrétienne dont elle n'avait cessé d'entourer Ferdinand, le meilleur monarque qui
eût jamais régné en Espagne ; adroite et ferme, énergique et douce, généreuse et constante, elle s'était fait écouter sans s'imposer, consulter sans provoquer les appels à son expérience, obéir sans commander ; elle avait été bonne pour tous : pour les églises et les monastères, qu'elle avait comblés de ses largesses, sans qu'il en coûtât rien au peuple chrétien ; pour la noblesse pauvre, qu'elle se plaisait à relever et à secourir, avec une délicatesse qui n'avait d'égale que l'a-
NOUVELLES CONQl bondaace de ses dons tiëre, qu'elle avait tant faire prospérer, dont i bertés, diminué les ch sères ; pour les siens < d'une affection utile e lousie, sans importunil nation.
Privé d'elle, Ferdir plus grand embarras ses projets de conque traire, n'était-eUe pas i certain de son devoir, I et sans doute aussi il | la fin, il prit le parti d héréditaires, et il quitt Cordoue. Cependant, i il fut arrivé dans cette son conseil, afin de li ponse fut unanime : ai pelait le roi en Castil donnerait aux Maures d'accroître leurs foret manière de voir, et la décidée.
jets d'armemeats maritimes, destinés à bloquer l'entrée du Guadalquivir et à intercepter ainsi les commuDicationg de Séville avec la mer. Ferdinand approuva pleinement les plans qui lui étaient proposés, et il ordonna à son vassal de rassembler une flotte dans les ports de Biscaja et de l'amener, en longeant les côtes de l'Océan Atlantique, jusqu'à l'embouchure du fleuve sur lequel Séville est située. Lui-même, quelques jours plus tard, retourna à Cordoue, où son armée l'attendait.
Il la Et partir sur-le-champ dans la direction de Carmona, et ne tarda pas à la rejoindre. Les jardins, les ver^rs, les vignobles et les plants d'oliviers, qui couvraient la région, furent rasés partout oh la population refusa de se soumettre. Les habitants de Carmona, à l'approche des troupes castillanes, envoyèrent demander au roi une trêve de six mois, durant laquelle leurs terres ne seraient pointravagées; ils payeraient, en revanche, une contribution de guerre : leur dessein était de gagner du temps, dans l'espoir qu'ils viendraient à être secourus par les Maures d'Afrique; ils se ménageaient aussi de la sorte le moyen de discuter à loisir les clauses d'une
capitulation avantageuse, au lieu d'être obligés de subir les lois du vainqueur. Ferdinand néanmoins acquiesça à leur proposition. D'ailleurs, les six mois s'écoulèrent sans que personne fût venu à leur aide ; ils se décidèrent alors à traiter d'une manière définitive : ils obtinrent le droit de rester dans leur ville et de conserver leurs biens, à la condition de payer tribut et de recevoir dans leur citadelle une garnison chrétienne . Le siège de Séville était déjà commencé, lorsque ce dernier accord fut conclu.
Constantina et AJcolea s'étaient rendues, contre la promesse d'un traitement analogue, dès la première sommation qui leur en avait été faite par l'armée royale; Lora avait aussi capitulé entre les mains du prieur de l'ordre de SaintJean de Jérusalem, à qui Ferdinand avait confié le soin de la conquérir. La ville d'Alcolea fut donnée par le roi à l'ordre de Saint-Jacques, celle de Lora à l'ordre de Saint-Jean. Cantillana^ qui ne voulut point traiter, fut emportée d'assaut, et sa garnison passée au fil de l'épée ; cet exemple effraya la place de Guillana, qui était cependant mieux en mesure de résister : elle ouvrit ses portes, après s'être fait concéder que ses habi-
ï V'-^Biî'^it
tanls ne seraient point contraÎDts de s'expatrier et que lears biens leur seraient laissés. Gerena commença par se défendre, mais, lorsqu'elle se vit sur le point d'Stre enlevée, craignant le sort de Canttllana, elle offrît de se rendre : elle n'obtint pour ses habitants que la vie sauve, sans l'autorisation de rester dans la ville et d'emporter leurs biens. La présence de l'émir de Grenade à l'armée du roi de Castille contribua pour une assez large part à déterminer Guîllana et Gerena à faire leur soumission ; son influence auprès du monarque ne fut pas sans résultat favorable sur le sort qu'elles se virent attribuer.
Après la prise de Gerena, Ferdinand retourna à Guillana,oiiil tomba malade; ne voulant point que cet incident retardât l'exécution du plan de campagne, il envoya son armée commencer le siège d'Alcala de Rio. A peine entré en convalescence, il partit pour la rejoindre, et s'efforça de pousser avec rapidité les opérations. Le commandant de Séville, Qd Abou Abdallah, était
les équipages et les navires de Raymond Booi-
face.
Ferdinand, aussitôt, lança un corps d'armée, commandé par Rodrigue Florès, Alphonse Telles et Ferdinand Yannës, pour prêter main-forte au seigneur de Burgos ; ce corps ne sut point découvrir les vaisseaux ni les soldats ennemis, et rebroussa chemin. La Sotte marocaine attaqua la flotte chrétienne, mais elle fut battue, malgré son excédent de forces; d'autre part, un des lieutenants généraux dn roi de Castille, Rodrigue Alvarës, tomba à l'improviste sur les Maures de Séville qui cherchaient à rejoindre leurs auxiliaires marocains, et il les défit complètement. Les navires de Raymond Boniface, ne rencontrant plus d'obstacle, remontèrent le Guadalquîvir, et jetèrent l'ancre à une lieue environ en aval de Séville; à partir du ao août ia47< ^^ ville fut complètement investie par terre et par eau. Le siège allait durer seize mois.
Séville était alors la cité la plus vaste, la plus peuplée et la mieux défendue de toute l'Espagne; ses approvisionnements étaient considérables, ses habitants remplis de courage et prêts à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Ja-
fleuve et qui formait ainsi une île presque im prenable ; un pont de bateaux la reliait à Sévitle, et ce pont était rendu inaccessible par une lourde chaîne, attachée d'un c6té à une des tours de l'enceinte, que l'on nommait la Tour dorée, de l'autre aux remparts de Triana.
Mohammed, seigneur de Niébla', ville des Algarves, située à deux lieues environ de Séville, se porta au secours de cette dernière place avec son armée; lorsqu'il arriva sur le bord du Guadalquivir, le grand-mattre de SaintJacques, Pelage Correa, et ses chevaliers, n'hésitèrent point à traverser le fleuve pour combattre; ce trait d'audace incroyable réussit pleinement : non seulement la petite troupe put franchir sans dommage l'obstacle périlleux qui la séparait de ses adversaires, mais elle défit complètement ceuxci et les contraignit de battre en retraite. Apprenant ce brillant succès, Ferdinand envoya au grand-maître des renforts, qui lui permirent de s'emparer de Geirès et de rester maître de ta rive droite du fleuve.
Ce fut à Tablada, à une demi-lieue au sud de Séville, que le roi de Castille dressa son camp; muni d'un fossé, pourvu de rues et de places, à
assaillants furent repoussés avec de grandes pertes et poursuivis jusqu'aux portes de la citadelle et de la ville. Sur le fleuve, la petite flotte cIirétieuDe, par de savantes manœuvres, se préserva du danger terrible qui la menaçait.
Deux fois, le camp de Tablada risqua d'être pris par un coup de main. Le commandant d'une des tours de Séville s'y introduisit comme transfuge et se fit mener à Ferdinand, à qui il offrit de livrer son poste; son but n'était antre que de se rendre compte de la situation; il s'aperçut précisément que les troupes, occupées au dehors à faire du fourrage, étaient absentes pour la plupart ; accueilli avec empressement par le roi, il sortit tranquillement, et dès qu'il fut à portée de se faire entendre des siens, il cria aux sentinelles des remparts de donner l'ordre qu'on exécutât une sortie. Par bonheur pour les chrétiens, il ne fut pas obéi. Un autre jour, le gouverneur de Séville apprit que Ferdinand s'était rendu au camp du grand-maltre Correa, avec une partie de son armée; saisissant l'occasion, il marcha en personne contre les retranchemenu dégarnis de soldats. L'infant don Henri, à qui son père avait laissé le commandement, lui opposa une vigou-
SIËfVE BT PRISE DE SÉVILLE. 155
reuse résistance et te força à fuir, ainsi qu'une partie de ses troupes Suarez et par Aria l'habileté de faire tt dans la direction di pages de ta Qotte ch à revers et les taille Au mois de mars fils aine de Ferdinai au camp, à ta t6t( dait ; Alphonse d\ tugal, comte d'Urgel cavaliers aragonais, Lope de Haro ameni et de la Vieille Castil parut l'arche vôque d'Arias, conduisant les milices de Medii rangées sous leurs b grossir le nombre d< et les moines étaie leurs prédications ai religieux et patriotic devoir de vassal, l'é suivi du corps d'au:
fournir; ses connaissances militaires et sa bravoure allaient 6tre d'un grand secours.
Le roi fit camper sou fils Alphonse entre Tabtada et Séville, l'émir de Grenade auprès du bourg d'Alfaraz, Lope de Haro devant la porte deMacarena; les efforts incessants des Maures ne réussirent pas à les déloger. L'infant Henri, aidé par les grands-mattres de Calatrava et d'Alcantara, et parle prieur de l'ordre de Saint-Jean, parvint à pénétrer dans les faubourgs d'Asophar et de Macarena, qui furent incendiés. Raymond Boniface sut attirer dans une embuscade les vaisseaux ennemis : il en prit deux et fit prisonniers leurs équipages. Lorenzo Suarez, à la porte d'Alcazar, eut aussi l'art de faire tomber les ennemis dans un guet-apens; ils eurent trois mille bommes tués, et leurs sorties devinrent beaucoup moins fréquentes.
Cependant l'on était déjà parvenu à la fin d'avril de l'année ia4S, et, malgré la vaillance des troupes, les progrès étaient extrêmement lents. Ferdinand, soit de lui-même, soit d'après les avis de Mobammed Ben Alahmar, se rendit compte que le moyen le plus sur de réduire Séville à merci était de s'emparer au plus tôt de
la religion chrétienne. Tout étant prËt enfin, le roi sortit poar assister à cette manoeuvre décisÎTe : c'était le 3 mai, jour où l'Église célèbre la fête de l'Invention de la sûnte Croix; heureux de cette coïncidence, Ferdinand ordonna que l'on brodât en tonte hâte des croix sur les pavillons et sur les flammes des deux vaisseaux ; puis il donna le signal du départ. Un vent impétueux s'éleva et poussa avec force les deux navires contre le pont; le premier brisa le bateau contre lequel il vint donner, le second s'ouvrit un passage; il ne restait plus qu'à détacher les chaînes qni reliaient les bateaux entre eux ; de hardis matelots s'acquittèrent de cette tâche sous une grêle de traits lancés des deux rives du fleuve, et les bateaux s'en allèrent à la dérive. Pendant ce temps, Ferdinand lui-même se précipitait, ainsi que son fils AlphonsOt sur les Maures qui s'étaient répandus sur la grève, et il les forçait à rentrer en désordre dans la ville.
Bientôt après, il tenta aussi en personne de donner l'assaut à la forteresse de Triana; mais il fut repoussé. Ses fils Alphonse, Frédéric et Henri entreprirent alors un siège selon toutes les règles : ils firent creuser des galeries cou-
vertes, afin de s'approcher des rei citadelle et d'en saper les fondai rent en brèche ses murailles au m' et d'autres puissantes machines ; e 1k flotte de Raymond Bonifat augmentée d'un nombre considéi et de barques bien armées, int communication entre la ville et .
lui-ci finit par tomber sous les c( lants. Le fort de Gulës fut empo et Sëville se trouva dans une s pérée.
Celle cité de quatre cent mille maintenant en proie k toutes les famine, et le peuple, « qui n'a lorsqu'il n'a plus de pain * », dem cris qu'on traitât avec le roi de
L'énergie des chefs faiblissait plusieurs d'entre eux faisaient pa nand des propositions de capitula tendaient émaner du gouverneui dont ils étaient en réalité les se lui offrirent notamment de lui li'