I. Op. citât. y p
achevée de son vivant. Son fils Alphonse X la fit poursuivre et y travailla lui-même ; il la publia sous le nom d'El Setenario; elle est plus connue sous celui de Las siete partidas (les Sept Parties). « Cet ouvrage n'est pas seulement une collec- « tion de lois, c'est encore une série de traités « sur la législation, la religion, la morale. C'est « une composition philosophique, qui se propose « de convaincre non moins que de commander. « Le royal auteur nous rappelle le législateur de « Platon , parfois les Capitulaires où Charlec( magne prêche à ses durs Germains la morale (f évangélique ^ . » Nous lui trouvons, quant à nous, une analogie assez marquée avec les Pandectes de Justinien.
Le même esprit de justice qui animait saint Ferdinand dans ses rapports avec ses sujets, présidait aussi à ses relations avec les gouvernements étrangers et aux actes de sa politique extérieure. 11 apportait d'ailleurs le soin le plus constant à éviter tout sujet de différend avec les princes chrétiens, afin de réserver toutes ses
I. Demogeot, Histoire des littératures étrangères considérées dans leurs rapports avec le développement de la littérature française , Italie- Espagne^ Paris, Hachette, 1880.
ressources en hommes et en argent à la guerre de délivrance à laquelle il entendait vouer sa vie ; et si, malgré ses efforts, une difficulté quelconque lui était suscitée par un autre souverain, il l'apaisait aussitôt par des concessions qui ne présentaient toutefois jamais rien d'excessif; ce fut ainsi qu'en issS il régla par des satisfactions pécuniaires un litige qui était pendant entre sa cour et celle de Jaime P^, roi d'Aragon. A plus forte raison observa-t-il une neutralité absolue à l'égard des querelles des gouvernements étrangers entre eux ou des embarras de leur politique intérieure ; on le vit même refuser a la reine régente de France, sa tante, les secours que cette princesse lui demanda lors des soulèvements qui troublèrent la minorité de saint Louis.
Les Chroniques nous fournissent peu de renseignements sur les pratiques de piété de Ferdinand, mais elles insistent davantage sur le respect du saint roi à l'égard de la religion et de ses ministres, sur ses fondations pieuses et charitables. (( Il protégeait si bien les droits des églises, dit Luc de Tuy, que nul n'aurait osé y porter la plus légère atteinte. » Augmenter les revenus des évêchés, fonder ou rebâtir des ca-
thédrales, tels étaient, on peut le dire, son seul luxe et sa plus grande joie ; et, s'il est vrai, comme on ne saurait le nier, que ce sont les grands hommes qui ont été les plus grands bâtisseurs, Ferdinand III, qui entreprit ou suscita l'érection de tant d'édifices dont l'Espagne demeure justement fière, mérite assurément d'être regardé non seulement pour un saint, mais pour un grand prince. Il fit reconstruire entièrement, sur un nouveau plan, la cathédrale de Tolède et posa lui-même la première pierre de ce monument; à son instigation ou à son exemple, Maurice, évêque de Burgos, Etienne, évêque de Tuy, Laurent, évêque d'Orense, dotèrent chacun leur siège épiscopal d'une cathédrale nouvelle; Valladolid fut pourvu d'un évêché et d'une cathédrale par Jean, qui succéda comme chancelier de Castille à Rodrigue Ximénès; le même, devenu évêque d'Osma, bâtit également la cathédrale de cette ville. Ferdinand et sa mère se plaisaient en outre, dit encore Luc de Tuy, à donner aux églises des vases sacrés enrichis de pierreries et des ornements de soie : le Christ n'a-t-il pas loué Marie-Magdeleine brisant un vase d'albâtre pour répandre sur la tête du divin Rédempteur
le parfum de grand prix qui y était contenu? C'était, de même, par amour pour le Sauveur que Ferdinand et Bérengère procédaient à leurs pieuses largesses; les sanctuaires espagnols y gagnaient de devenir d'admirables musées, sans que les sujets de Ferdinand fussent le moins du monde en droit de se plaindre de semblables dépenses : celles-ci, en effet, n'eurent jamais d'autre source que le butin prélevé sur les Maures ou les sommes épargnées par le souverain sur ses propres revenus. Peu de princes furent aussi économes, on pourrait dire : aussi respectueux que Ferdinand III des ressources de leurs sujets; un des traits les plus connus de sa vie est le suivant : au cours de ses guerres contre les Musulmans, quelqu'un lui représentait un jour qu'il devenait indispensable d'établir de nouveaux impôts : « Dieu pour qui seul je combats, répondit-il, ne manque pas de moyens de me rendre victorieux, s'il veut que je le sois ; quant à moi, je suis bien résolu à n'user point de celui qui m'est proposé ». « Je crains plus, ajouta-t-il, la malédiciîion d'une vieille femme ^ que toutes les armées