‹ Saint Ferdinand III (1198?-1252)Chapitre 7 sur 28 · ROI DE CASTILLE ET DE LÉON · texte numérisé non relu

ROI DE CASTILLE ET DE LÉON

(iigSP-iâSâ) CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRE DE l'hISTOIRE d'eSPAGNE JUSQu'a l'ÉPOQUE DE LA NAISSANCE DE SAINT FERDINAND.

Dès le début du v® siècle de notre ère, l'Espagne fut envahie par les Barbares du Nord : les Suèves s'établirent au nord-ouest de la péninsule, les Alains au centre, et les Vandales au midi. En 4i4? les Visigoths, conduits par Ataulphe, pénétrèrent également dans cette riche contrée ; Ataulphe s'installa à Barcelone ; il avait épousé Placidie, fille du grand Théodose. La royauté, chez les Visigoths, était élec-

tîve; Wallia, beau-frère d'Ataulphe, devenu chef de sa nation, fixa sa capitale à Toulouse; Théodoric P^, son successeur, fonda une dynastie, dont le domaine s'étendit au nord jusqu'à la Loire. En 477> le roi visigoth Eurîc s'empara de toute l'Espagne, à l'exception de la Galice, où les Suèves se maintinrent pendant un siècle encore; mais en So^, Clovis, roi des Francs, défit et tua Alaric II à la bataille de Vouillé : les Visigoths ne conservèrent plus en Gaule que la Septimanie ou Narbonnaise. En 554, Athanagilde fit de Tolède sa capitale, et en 585 Leuvigilde acheva l'unité espagnole en détruisant le petit royaume des Suèves.

Leuvigilde était arien, comme l'avaient été ses prédécesseurs, et la nation visigothe, dans sa majorité, l'était également; elle commençait néanmoins à se fondre dans la population primitive et à embrasser le catholicisme. Les chrétientés espagnoles étaient florissantes, mais leurs évêques, presque tous hommes de très grand mérite et de haute vertu, se voyaient sans cesse contraints de lutter contre l'influence et les instincts tyranniques des prélats ariens. Herménégilde, fils aîné de Leuvigilde, qui avait épousé

Ingonde, fille de Sigebert, roi d'Austrasie, fut converti au catholicisme par sa femme et par saint Léandre, archevêque de Séville ; Leuvigilde, qui persécutait les chrétiens, le fit mettre à mort, ainsi qu'Ingonde, en 584; il s'opéra des miracles sur son tombeau, et le pape saint Grégoire le Grand célébra en termes émus, dans un de ses Dialogues, la mémoire du martyr, qui est resté un des patrons de l'Espagne et dont la fête se célèbre encore, dans toute l'Église, le i3 avril de chaque année. Leuvigilde mourut deux ans plus tard (586), après avoir reconnu la vérité de la foi catholique, sans oser toutefois y donner une adhésion publique, et après avoir recommandé à saint Léandre d'agir par ses exhortations sur l'esprit de son second fils Récarède, afin d'amener ce prince à embrasser le catholicisme, Récarède se fit catholique l'année suivante (587), et son exemple fut suivi par la nation visigothe.

Son père l'avait associé au trône dès 5^2, et lui-même eut pour successeur (601) son fils Liuva II ; mais ce dernier prince fut détrôné en 60 3^ et la royauté redevint élective, tout en étant le plus souvent décernée aux descendants

de Sisebut (roî de 612 à 620). Les dissensions politiques qui résultent presque nécessairement du régime électif, n'empêchaient pas la civilisation de faire chaque jour des progrès, et l'Espagne était alors le pays le plus • florissant du monde connu. A la mort de saint Léandre, saint Isidore, son frère, était devenu archevêque de Séville, au début du vii^ siècle. Le pontificat d'Isidore , un des plus glorieux de l'histoire religieuse d'Espagne, occupe également une place importante dans l'histoire politique de ce pays. Le troisième concile de Tolède, en 610, déclara l'archevêque de Tolède primat de toute l'Espagne, et cette décision, à laquelle saint Isidore souscrivit, donna à l'épiscopat espagnol l'unité complète et en fit un corps politique. En 633, le cinquième concile de Tolède, où Isidore joua le rôle principal, transféra de la nation aux évêques et aux grands l'élection royale. Isidore mourut en 636, mais l'œuvre de liberté politique, dont il avait été l'initiateur, se poursuivit après sa mort, et le huitième concile de Tolède l'acheva, l'an 653, en ne proclamant roi Réceswinthe qu'à la condition que ce prince prît l'engagement, pour lui et ses successeurs, de ne

lever d'impôts que du consentement de la nation; le roi n'était plus désormais qu'un chef du pouvoir exécutif, placé sous le contrôle des conciles nationaux qui se tenaient à Tolède. Les éloges que les Pères de ce huitième concile décernèrent à saint Isidore, montrent combien ces prélats, en imposant au souverain de nouvelles garanties, entendaient rester fidèles au plan de leur ancien et vénéré collègue; ils Tappellent le docteur excellent, la gloire de VEglise catho^ lique, le plus savant homme qui eût paru pour éclairer les derniers siècles, et dont on ne doit prononcer le nom qua^ec respect.

Chîndaswinthe, père et prédécesseur de Réceswinthe, avait réformé le code visigoth, et l'avait rendu applicable à tous ses sujets. Ce code est resté le fondement de la législation espagnole : il admet le servage, mais il lui impose des règles qui adoucissent les rigueurs de cette institution; il protège l'agriculture, l'industrie et le commerce. L'initiative des lois appartenait au prince, mais les décrets royaux n'entraient en vigueur qu'après avoir été adoptés par le concile de Tolède. Le roi avait pour ministres des comtes; le gouvernement des provinces était

confié à des ducs. Les provinces étaient au nombre de sept ; parmi elles deux, la Mauritanie Tingitane et la Narbonnaise, étaient situées en dehors de la péninsule. Wamba, successeur de Réceswînthe, fut le premier roi espagnol qui reçut l'onction sainte après son élection ; il fut sacré par Tarchevêque de Tolède (672),

L'islamisme était né (622); Mahomet mourut en 632, après avoir proposé pour but à ses fidèles la conquête du monde chrétien. La Palestine et la Syrie (634), l'%)P^^ ^^ 1^ Tripolitaine (64 1), la Mésopotamie et l'Arménie (64^), la Perse (652) tombèrent au pouvoir des Musulmans, qui assiégèrent même Constantinople (658) ; ils prirent la Corse et la Sardaigne en 669, et en 675 tentèrent un débarquement en Espagne, mais leur flotte fut vaincue et détruite par Wamba. Une seconde expédition qu'ils entreprirent contre la péninsule, échoua de même en 696. L'anarchie malheureusement s'introduisit dans le royaume espagnol : le roi Vitiza fut détrôné en 710 au profit de Rodrigue; ses fils conspirèrent contre le nouveau monarque, avec le concours de Julien, gouverneur de Ceuta. Ce dernier appela à son aide l'émir d'Afrique,

Musa; Musa donna Tordre à Tarik, son lieutenant, de passer en Espagne; Tarik s'empressa d'obéir ; il défit et tua Rodrigue à la bataille de Xérès (711) et soumit toute la Péninsule : la monarchie visigothe était morte, mais elle n'allait pas tarder à renaître. L'Espagne fut gouvernée par des valis, placés sous la dépendance des émirs d'Afrique et l'autorité suprême du calife de Damas; les chrétiens conservèrent leurs biens et le libre exercice de leur culte, à la condition d'accepter la domination musulmane et de payer un tribut annuel (charte de Coïmbre, 71 5).

Les montagnes des Asturies servirent de refuge à ceux d'entre eux qui refusèrent de plier sous le joug; en 718, ils proclamèrent roi Pelage, ancien officier de Rodrigue; Pelage fixa sa résidence à Oviédo et s'empara de Girone, d'Astorga et de Léon. La reprise de l'Espagne était commencée; elle ne devait s'achever définitivement qu'en 1492, par la conquête de Grenade; on peut néanmoins la regarder comme à peu près complète deux cent quarante ans plus tôt, c'est-à-dire à la mort de saint Ferdinand, en 1^52, car à cette époque toute la péninsule

est rentrée sous la domination des monarques chrétiens, hormis le royaume de Grenade, qui est, d'ailleurs, un Etat vassal et tributaire de la Castille.

Le fils de Pelage, Favila, lui succéda en 787; puis la couronne passa (739) à Alphonse P% descendant de Leuvigilde et gendre de Pelage. En 782, le vali Abd-er-Rahman avait envahi la Gaule, mais il avait été arrêté dans sa course par Charles-Martel et refoulé au delà des Pyrénées. L'année 750 vitla fin de la dynastie desOmmiades à Damas ; tandis que celle des Abbassides lui succédait en Orient et transférait à Bagdad le siège du califat, un prince ommiade, Abd-er-Rahman, échappé au massacre de sa famille, se réfugiait en Espagne et s'y faisait proclamer par les principaux cheikhs arabes émir-al-moumenin à Cordoue (756) : telle fut l'origine du califat d'Occident. En 777, les émirs de Saragosse et d'Huesca, Ebn-el-Arabiet Abiathar, dépouilléspar Abd-er-Rahman, implorèrent le secours de Charlemagne, qui passa en Espagne l'année suivante et soumit à la domination franque le nord-est de la péninsule.

Vers 83 1, Aznar, comte de la marche de Na-

varre, se rendit indépendant de Louis le Pieux, et, Tan 85^, Garcie-Ximénès, un de ses successeurs, se fît proclamer roi de Navarre ; l'Espagne compta dès lors deux royaumes chrétiens, celui des Asturies, dont la capitale était Oviédo, et celui de Navarre, dont la capitale fut Pampelune. Le règne (866-910) d'Alphonse III le Grand, roi des Asturies, fut une longue suite de conquêtes; ce prince s'empara notamment de Coïmbre (876). Son fils Ordogno II, maître des Asturies, du Léon, de la Galice et d'une partie de la Lusitanie, fixa sa résidence à Léon et prit le titre de roi de Léon (914)- En 982, Ramire II, roi de Léon, enleva Madrid aux Musulmans; la Vieille Castille, devenue sujette des rois de Léon, fut gouvernée par des comtes, qui se rendirent à peu près indépendants. Le calife Abd-er-Rahman III se consolait des revers qu'éprouvaient ses armes en donnant aux arts une magnifique impulsion : le midi de l'Espagne, particulièrement la ville de Cordoue, se couvrit d'admirables monuments. En 998, Garcie II, roi de Navarre, Bermude II, roi de Léon, et le comte de Castille, remportent sur Almanzor, vali du calife Hescham II, l'éclatante

victoire de Calatanosor; le califat de Cordoue,

peu après, se démembre : Murcie, Badajoz, Grenade, Saragosse, Majorque, Valence, Séville et Tolède s'érigent en autant de royaumes indépendants; en io3i enfin, le calife Hescham III est déposé, et Cordoue devient aussi un état distinct.

Depuis l'an looo, Sanche III le Grand régnait sur la Navarre ; il avait épousé la fille du comte de Castille, et bravant Alphonse V, roi de Léon, qui alla vainement jusqu'à donner la main de sa propre sœur Thérèse à Abdallah, roi de Tolède, pour s'en faire un allié, il s'empara de la province gouvernée par son beau-père et s'en proclama roi (1028). Il mourut en io35, après avoir partagé ses États entre ses fils; l'aîné, . Garcie, eut la Navarre, le second, Ferdinand, la Castille, et le dernier, Ramire, F Aragon. La postérité mâle de ce Ramire devait s'éteindre en 1147, dans la personne de Ramire II d'Aragon.

La postérité de Garcie III de Navarre, fils aîné de Sanche III, s'éteignit dès 1076, dans la personne de Sanche IV; les rois d'Aragon en profitèrent pour mettre la main sur la Navarre, mais en 1 1 34 les deux Etats se séparèrent : la Navarre se donna pour roi un prince qui était de la race

SOMMAIRE DE L'HISTOIRE D'ESPAGNE. Il

d'Aznar, mais dont l'ascendance demeure difficile à établir d'une façon complète; par la suite, la couronne de Navarre passa successivement par les femmes aux maisons de Champagne, de France, d'Évreux, de Foix, d'Albret et de Vendôme, et finit par être unie par un lien indissoluble (1620) à la couronne de France; mais, depuis i5i2, toute la partie espagnole de ce royaume était aux mains de Ferdinand le Catholique et des rois d'Espagne, ses successeurs.

Le second fils de Sanche le Grand, Ferdinand!®^, surnommé aussi le Grand, fut un monarque illustre ; il était doué de toutes les vertus privées, d'un courage héroïque et d'un zèle ardent pour la libération de l'Espagne ; il épousa Sancie, héritière du trône de Léon, et devint ainsi roi de Léon en même temps que de Castille. Les conquêtes d'Alphonse III, à la fin du IX® siècle, n'avaient pas été toutes également durables ; celles de Ferdinand demeurèrent définitives : en io44 îl enlevait aux Maures Viseu et Lamégo, en io45 Coïmbre; l'année suivante, il portait ses armes vers le centre de l'Espagne et cherchait à achever de reprendre la Vieille Castille ; en io48 il soumit au tribut l'émir de Tolède,

et en 1049 celui de Saragosse. Il mourut le 27 décembre io65, montrant à ses derniers moments, disent les Bollandistes, la même foi et la même humilité que devait montrer plus tard Ferdinand le Saint. Après qu'il eut rendu le dernier soupir, son corps inerte exhala cette odeur suave qui se dégage parfois du cadavre d'un serviteur de Dieu.

Ferdinand avait confirmé les anciennes lois visigothes, en les rajeunissant. La royauté, restaurée par Pelage, était devenue, aussitôt après son rétablissement, patrimoniale et héréditaire, d'élective qu'elle était avant la conquête musulmane ; la règle de l'unité et de l'indivisibilité de la couronne, appliquée en France dès la fin de la race carolingienne, n'était pas encore en vigueur dans les Etats chrétiens d'Espagne : à la mort de Ferdinand, ses royaumes furent donc partagés entre ses trois fils; l'aîné, Sanche II, eut la Castille, le second, Alphonse VI, le Léon, le troisième, Garcie, la Galice ainsi que les pays récemment conquis en Lusitanie. Sanche ne tarda pas à dépouiller ses frères de leurs possessions, mais il périt sans postérité en 1072; Alphonse reprit le Léon et y joignit la Castille ;Garcie re-

prit la Galice, mais Alphonse, à son tour, l'en dépouilla et le tint prisonnier jusqu'à ce qu'il mourût.

Alphonse VI n'avait pas les vertus, et principalement la chasteté de son père, mais il en avait la bravoure et le zèle pour la délivrance de son pays. Ce fut sous son règne que le Cid Campéador se signala par des exploits légendaires. En io85, Alphonse s'empara de Tolède, dont il fit la capitale de la Castille, mais l'année suivante, l'émir de Séville, de Cordoue et de Malaga, Mohammed Ben Abad, effrayé de ses progrès, implora l'aide des Almoravides d'Afrique, sectaires fanatiques qui reconnaissaient pour calife Yusuf Ben Tachfin. L'appel fut entendu; une première fois, Yusuf pénétra en Espagne et défit Alphonse à Zélaca {1086); il rentra en Afrique, puis revint en Espagne en 1088, mais n'y fit rien d'important, y retourna de nouveau en 1090, chercha vainement à s'emparer de Tolède, et dans son dépit tourna ses armes contre les Musulmans, détrôna Ben-Abad, s'empara de Séville, de Cordoue, de Grenade, de Murcie, de Valence et de Lisbonne; en 1108, la bataille d'Uclès, où fut tué Alphonse VI, acheva de

mettre l'Espagne musulmane au pouvoir des Almoravides.

Lors de l'invasion de 1090, Alphonse avait cherché des compagnons de lutte; il en trouva un dans la personne de Henri de Bourgogne, arrière-petit-fils de Robert le Pieux, roi de France; il donna à ce jeune prince la main de sa fille naturelle Thérèse, avec le comté de Portugal et tout ce que Henri pourrait conquérir au delà du Douro. De ce mariage naquit Alphonse Henrîquez qui, en iiSg, se fit proclamer roi de Portugal.

Bien qu'Alphonse VI eût été marié six fois, il ne laissa, comme enfant légitime, qu'une fille, Urraque : la première maison de Navarre s'éteignait donc, dans les mâles, enCastille. Alphonse, en 1090, avait marié Urraque à Raymond, fils de Guillaume le Grand, comte de la comté de Bourgogne, d'une maison devenue française, mais issue d'Aldebert, roi de Lombardie ; ce Raymond sera le bisaïeul de saint Ferdinand ^ et la tige de la maison de Castille proprement dite. Il périt à Uclès, en même temps que son

I. Et en même temps son trisaïeul, comme nous l'expliquerons plus loin.

beau-père; Urraque, sa veuve, fut reconnue reine de Castille et de Léon ; elle épousa en secondes noces Alphonse P'', roi d'Aragon et de Navarre; ce prince était son cousin germain : or, le mariage était alors prohibé, par un très grand nombre de conciles particuliers entre cousins jusqu'au sixième et même jusqu'au septième degrés canoniques (douzième et quatorzième de notre droit civil), et par le deuxième concile de Tolède (53 1) jusqu'où la parenté pouvait être reconnue^; le Saint-Siège n'accordait presque jamais de dispense. Alphonse n'en avait pas demandé, et il semble bien que ce fût à Viessein : son plan était, selon toute apparence, de profiter de son mariage pour mettre la main sur la Castille et le Léon, et de rompre ensuite ce mariage pour cause de parenté. Ce fut du moins ainsi qu'il agit; il se proclama roi de Castille et de Léon et suzerain du Portugal, puis il répudia Urraque. Celle-ci continua néanmoins d'être regardée par les Castillans et les Léonais comme leur souveraine, et à sa mort, en 1 126, ils appelèrent au trône le fils qu'elle avait eu de son

I. Pastorale Parisiense III. et Rev, DD, Le Clerc de Juignéj t. II, p. 585, Paris, 1786.

premier mariage. Alphonse d'Aragon renonça alors à ses prétentions, et son beau-fils Alphonse commença un règne paisible qui devait se prolonger jusqu'en 1 1 5^ ^ .

Alphonse continua de régner sur l'Aragon et la Navarre jusqu'en ii34; à cette date, il fut vaincu parles Almoravides à la bataille de Fraga, et il en mourut de chagrin ; il ne laissait pas de postérité. Ce fut alors que la Navarre reprit son indépendance; Ramire, frère d'Alphonse, fut tiré du cloître de Saint-Pons de Tomières, où il était moine, et contraint de se marier et de régner sur l'Aragon ; mais à peine fut-il devenu père d'une fille, nommée Pétronille, qu'il abdiqua en faveur de cette dernière et rentra dans son monastère. Pétronille épousa plus tard Raymond-Bérenger, comte de Barcelone, qui fut la tige de la maison d'Aragon proprement dite.

Cette maison devait s'éteindre dans les mâles, en l4io, dans la personne du roi Martin d'A-

I. Alphonse P^ d'Aragon est généralement désigné, comme roi de Castille et de Léon, sous le nom d'Alphonse VII; cette appellation, assez peu justifiée, a le tort de faire dénommer Alphonse IX deux princes, l'un roi de Castille, l'autre roi de Léon, le premier aïeul maternel, le second père de saint Ferdinand.

ragon; Éléonore, sœur de ce dernier prince, épousa Jean V% roi de Castille, et leur fils, Ferdinand de Castille, devint roi d'Aragon en i4i2 ; c'est de lui que descendait Ferdinand le Catholique qui, par son mariage avec Isabelle de Castille, établit définitivement l'unité de la monarchie espagnole. Ferdinand le Catholique, roi d'Aragon, était donc, en réalité, de la maison de Castille '-,

Cependant Ramire II et le nouveau roi de Navarre, Garcie IV, avaient sollicité l'appui d'Alphonse VIII de Castille contre les Almoravides, et ce prince le leur avait prêté, mais en exigeant d'eux qu'ils lui rendissent hommage comme à leur suzerain ; se regardant désormais comme le maître suprême de la péninsule, il se fit couronner à Léon empereur d'Espagne par l'archevêque de Tolède (ii35).

Bientôt après, une nouvelle secte musulmane, celle des Almohades, qui reconnaissait pour fon-

I. Il est à remarquer d'ailleurs que la maison de Castille, en Castille aussi bien qu'en Aragon, n'était plus qu'une maison bâtarde, depuis l'avènement au trône (i368) du fils naturel d'Alphonse XI de Castille, Henri II de Transtamare, père de Jean P^, trisaïeul de Ferdinand le Catholique et aussi d^Isabelle, femme de ce dernier.

dateur Mohammed al-Mahadi, entreprit de renverser l'empire des Almoravides; après s'être emparée de Fez en ii46, elle fit passer en Espagne trente mille hommes, qui soumirent Algésîras, Tarifa et Xérès (ii46), Cordoue (ii48), Alméria et Grenade (i 157). Cette dernière année vit aussi la mort d'Alphonse VIII; ce prince laissait deux fils, et la règle du partage fut de nouveau appliquée : l'aîné, Sanche III, eut la Castille, et le second, Ferdinand II, le Léon. Sanche III mourut au bout d'un an de règne, après avoir institué (ii58) Tordre religieux et militaire de Calatrava, dont les membres devaient faire vœu de poursuivre sans trêve la lutte contre les Maures. Il laissait le trône à un fils de trois ans, Alphonse IX, surnommé plus tard le Bon et le Noble ; Ferdinand II exerça la régence pendant la minorité de son neveu. Un fait de haute importance signala la fin de cette minorité : en 1169, cinquante communes de Castille obtinrent le droit d'être représentées par leurs anciens dans l'assemblée nationale des Cortès, où ne siégeaient jusqu'alors que les évêques et les nobles ; leurs députés, toutefois, n'y eurent que voix consultative. En 1 170, Alphonse IX épousa

Éléonore, fille de Henri II, roi d'Angleterre, et de cette Éléonore d'Aquitaine, dont le premier mariage avec Louis VII, roi de France, avait été rompu, au grand détriment de notre pays. Ferdinand II, quant à lui, s'était marié sans dispense avec sa cousine au troisième degré canonique, Urraque, fille d'Alphonse P^, roi de Portugal; ce mariage était nul : il fallut le rompre ; mais comme il avait été contracté de bonne foi, le fils qui en était issu, Alphonse, fut regardé comme légitime et succéda à son père, comme roi de Léon, à la mort de ce dernier, en 1188. A l'imitation de son frère Sanche III, Ferdinand II avait créé deux ordres religieux et militaires, celui de Saint-Jacques (ii^S)^, spécialement destiné à protéger les pèlerins qui se rendaient à Saint-Jacques de Compostelle, et celui d'Alcantara, dont le but était le même que l'ordre de Calatrava; le roi de Portugal, à la même époque, fonda l'ordre d'Avis, et ces quatre instituts contribuèrent, dans une large mesure, à la délivrance de l'Espagne.

I. L'origine véritable de cet ordre est vraisemblablement plus ancienne, mais ce fut du moins Ferdinand II qui lui donna sa forme de'Hnitive.

En résumé, en 1189, ^^^^ ^ laquelle nous sommes arrivés, deux monarques, désignés l'un et l'autre sous le nom d'Alphonse IX, régnent, l'un en Castille et l'autre en Léon; ils sont fils des deux frères, cousins germains par conséquent, mais Alphonse de Castille, qui a onze ans de plus qu'Alphonse de Léon, est l'époux d'une princesse étrangère à laquelle ne l'unit aucun lien de parenté, tandis qu'Alphonse de Léon, qui apparemment n'a pas mis à profit l'expérience acquise par son père, va contracter mariage avec Thérèse de Portugal, sa cousine germaine, et sera obligé plus tard de rompre avec elle.

L'union d'Alphonse de Castille et d'Eléonore d'Angleterre fut très féconde : le premier de leurs enfants fut une fille, Bérengère, qui devint la mère de saint Ferdinand; elle naquit en 1171. Un fils, Ferdinand, qui vécut seulement une douzaine d'années, vint au monde peu après; il fut suivi assez rapidement d'une seconde fille, Urraque, qui épousa Alphonse II, roi de Portugal, et d'un second fils, Sanche, qui mourut en bas âge; puis, vers 1 1 88, d'une autre fille. Blanche, future mère de saint Louis, roi de France; en

SOiMMAIRE DE L'HISTOIRE D'ESPAGNE. 21

1189, d'un troisième fils, qui fut appelé Ferdinand comme l'aîné et mourut âgé de vingt ans environ, en combattant contre les Maures; en i2o4, d'un troisième fils, Henri, le seul qui survécut à son père, et enfin, vers 1208 et 1209, de deux dernières filles, Éléonore, qui épousa Jaime P% roi d'Aragon, et Constance, qui devint abbesse d'Huesca. L'année même de la naissance de Blanche, Bérengère, sa sœur aînée, reconnue alors pour héritière du trône de Castille à défaut d'héritiers mâles, avait été promise en mariage au quatrième fils de l'empereur Frédéric Barberousse, Conrad de Souabe, qui était venu en Espagne solliciter sa main; Conrad se flattait de l'espoir de devenir roi de Castille; quand il eut vu naître Ferdinand, il reprit sa parole, rendit à Bérengère la sienne, et retourna en Allemagne.

De son mariage avec Thérèse de Portugal, Alphonse de Léon avait eu un fils, Ferdinand, qui mourut en 1204, et deux filles, Sancie et Dulcie, qui, au contraire, lui survécurent. Ce fut en iigS que les deux époux durent se séparer : Thérèse se fit religieuse au monastère de Lorvan, de l'ordre de Cîteaux, et y vécut dans

une si grande perfection qu'elle fut, après sa mort, Tobjet d'un culte public; le martyrologe d'Espagne fait mention d'elle au 17 du mois de juin. Alphonse se remaria promptement (1197), et, cette fois encore, sans dispense, avec une proche parente, Bérengère, fille de son cousin germain, Alphonse de Castille.

Plus ardents encore que les Almoravides, les Almohades, après s'être rendus maîtres de l'Espagne musulmane, tournaient maintenant leurs armes contre l'Espagne chrétienne; leur émir Yusuf, ayant dirigé toutes ses forces contre le Portugal, avait été vaincu et tué à la sanglante bataille de Santarem (1184); mais Yacoub, son fils et son successeur, venait de remporter sur Alphonse de Castille la victoire d'Aîarcos {i igS) ; il menaçait Tolède et les plus vieilles possessions chrétiennes.

Page 1