‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 44 sur 189 · SAINT FRANÇOIS ET SES PREMIERS COMPAGNONS · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS ET SES PREMIERS COMPAGNONS

Le douzième siècle venait de s’éteindre et de rentrer dans la nuit des temps : siècle qui avait eu ses gloires, mais dont le déclin léguait à la génération suivante un héritage gros de crimes et de périls. « Les débauches et la tyrannie de Henri IT d'Angleterre, l'assassinat de saint Thomas Becket, la captivité de Richard Cœur de lion, les violences de Philippe-Auguste contre sa femme Ingelburge, les atroces cruautés de l'empereur Henri VI en Sicile (1) », avaient déchainé toutes les passions mauvaises et amené le triomphe général du mal sur le bien, de la chair sur l'esprit, de la force brutale sur la foi catholique. Le treizième siècle recueillait le fruit de ces désordres, et dès la première heure il paraissait ouvrir l'ère des douleurs et des ruines. En Asie, Jérusalem était retombée au pouvoir des Musulmans; les dissensions des Templiers et des Hospitaliers compromettaient le sort du reste de la Palestine, et Gengis-Khan accourait avec la vitesse de l'aigle des extrémités de . l'Orient.

En Europe, la situation n'était guère moins lamentable. Au dedans, des luttes fratricides, où Arthur de Bretagne et Philippe de Souabe périssaient, traitreusement assassinés.

(1) MoxraeuserT, Histoire de sainte Élisabeth de Hongrie. Introduction,

Au dehors, de nouvelles invasions de barbares : les Maures en Espagne, les Tartares aux portes de la Livonie et de la Prusse. La corruption des mœurs marchait de pair avec l'anarchie politique, et les clercs et les moines eux-mêmes se laissaient entraîner dans ce mouvement de décadence, auqucl ils auraient dû résister. L'Église en deuil pleurait, et saint Bernard n'était plus là pour mettre une digue aux flots impurs du scandale, qui, montant toujours, envabhissaient jusqu'au seuil du sanctuaire (1). |

Une hérésie fameuse mettait le comble à tant de maux et menaçait de tout détruire : c'était l'hérésie des Albigeois. Ces sectaires, qui avaient couvert de sang et de ruines tout le sol de la France méridionale, prolongeaient leurs ramifications jusqu'au cœur de l'Italie et tendaient la main aux hérétiques de tout nom, Patarins, Cathares et Vaudois, pour se ruer sur le clergé féodal, lui faire un crime de son autorité temporelle plus encore que de ses immenses possessions, ct lui dénier tout pouvoir spirituel. On connaît leur doctrine, mélange monstrueux où le dualisme de Manès s'alliait aux erreurs plus récentes de l'Arabe Averroès et du Juif Maimonide. Partant de cette idée quil y a deux principes, l'un bon, l'autre mauvais, et que le second est l'auteur de la création, ils devaient aboutir logiquement au fatalisme brutal qui détruit la responsabilité de la conscience, et au sensualisme le plus révoltant. Ils formaient

plus qu'une école; c'était une société savamment organisée,

qui grandissait dans l'ombre et commençait à prendre place au soleil de l'Europe chrétienne. Protégés par la loi du secret contre les vindictes de la conscience publique, soutenus par Raymond VI, le puissant comte de Toulouse, et se croyant à la veille d'un triomphe définitif, ils finirent par

(4; Voir les Lettres d'Innocent III, année 1204.

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