LE COUVE
Celui qui donne la parole aux muets et rend éloquente la langue des ignorants, il réunit ses compagnons et leur partagea l'Italie. Il partit lui-même avec Frère Silvestre pour la Toscane. Il s'arrêta quelques jours à Pérouse, où Dieu récompensa son zèle par la conversion d'un grand nombre d'âmes et par la vocation miraculeuse d'un jeune seigneur de cette ville. Celui-ci se promenait aux environs de la cité, tout préoccupé du désir de répondre à l'appel de la grâce et de se consacrer à Dieu, lorsque le divin Maître lui apparut et lui dit : « Homme de désirs, si tu veux jouir de la paix que tu souhaites et faire ton salut, entre en religion et suis-moi. — Eh! Seigneur, dans quel Ordre faudra-t-il entrer ? — Dans l'Ordre naissant de François d'Assise. — Et quand j y serai, qu aurai-jc à faire pour être plus agréable à vos yeux ? — Le voici : mèncs-y la vie commune, n'aie point de liaisons particulières, ne t'occupe point des défauts des autres, et ne forme point de jugements à leur désavantage. » Le jeune gentilhomme courut se jeter aux pieds de François, qui lui donna l'habit de son Ordre et lui imposa le nom de Frère Humble, en raison de la profonde humilité qu'il avait discernée au fond de son cœur (1).
De Pérouse, nos deux missionnaires se rendirent à Cortone, cité fameuse par ses monuments étrusques, qui se dresse fièrement, comme Assise et Pérouse, sur le versant occidental des Apennins. Le serviteur de Dieu y recut plusieurs novices, entre autres Élie d'Assise, personnage d'un rare mérite dont il sera plus d'une fois question dans la suite, et le Bienheureux Gui Vagnotelli de Cortone, jeune : homme de qualité qui tint à honneur de donner l'hospitalité au Pénitent d'Assise, et dont François prédit ainsi la vocation : « Mon frère, dit-il à Silvestre, ce jeune homme s’en-
(1) Wappixo, t. I, p. 108.