‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 59 sur 189 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

les jours qui la séparaient de l'alliance de son bien-aimé Jésus lui paraissaient des siècles. De son côté, François, craignant que cette fleur si délicate et si belle ne se flétrit au souffle empoisonné du monde, pensait qu'il était temps de la transplanter dans le jardin fermé de la vie religieuse. On convint que ce grand acte s'accomplirait le dimanche des Rameaux (19 mars 1212). La jeune vierge, ornée de tous ses atours, se rendit à la cathédrale d'Assise; mais au lieu d'aller, selon la coutume italienne, recevoir les rameaux bénits, elle resta à sa place, les yeux modestement baissés. L'évêque, s'en apercevant, descendit les degrés du sanctuaire et vint lui apporter une palme, emblème des victoires qu'elle allait remporter sur le monde. La nuit suivante, à l'heure où tout était plongé dans le sommeil, Claire sortit de la maison paternelle, parée comme une fiancée au jour de ses noces et accompagnée de Bona Guelfucci, et se dirigea en toute hâte vers Notre-Dame des Anges, pour s'y offrir en holocauste sur l'autel du divin amour. La scène de ses fiançailles spirituelles empruntait à la solitude du lieu, au silence de la nuit, à la lueur des cierges brûlant sur l'autel de la Madone, un caractère imposant de solennité. Pendant que les religieux célébraient les noces mystiques de l'Agneau, la fille des Scefi, à genoux, les pieds nus, déposait ses riches habits, qu'elle destinait aux pauvres. François lui coupa les cheveux, en signe de renonciation aux vanités de la terre, la revêtit d'une robe de bure de couleur cendrée, la ceignit d'une corde et lui couvrit la tête d'un voile épais. Alors, immolant à Dieu les charmes de sa jeunesse, non avec le fol enthousiasme que suppose un monde incrédule et railleur, mais avec un courage que l'amour seul rendait supérieur aux entrainements de la nature, elle choisit le Christ pour son Époux, lui jura fidélité et promit de le suivre dans les âpres sentiers de la pénitence. Elle n'était

qu à son dix-huitième printemps, et déjà elle tenait sous ses pieds le monde vaincu. Victoire admirable qui élevait son âme à des hauteurs inconnues de l'antiquité et donnait à son visage quelque chose d'angélique! Agnès et Cécile n'avaient pas plus de charmes, lorsqu'elles consacraient à Dieu, dans les ténèbres des catacombes, le blanc lis de leur virginité.

Après la cérémonie, le serviteur de Dieu conduisit Claire au monastère de Saint-Paul, situé, d'après Cristofani, dans la plaine d'Assise, sur les rives du Chiagio; et cette fois encore, pour le second Ordre comme pour le premier, ce fut saint Benoît qui lui fournit un asile.

Les épreuves ne manquèrent pas à notre sainte. Son père et sa mère accoururent à Saint-Paul, et n'épargnèrent ni prières ni menaces pour l'en arrachér; mais Claire, leur montrant sa tête rasée et s'attachant avec force aux colonnes de l'autel, finit par triompher de toutes leurs attaques. Francois, pour la mettre à l'abri d'un nouvel orage, la fit transporter à Saint-Ange du Panso, autre couvent de Bénédictines, bâti dans l'enceinte des remparts d'Assise (1).

Claire fut la première fleur du virginal parterre des Pauvres Dames. Agnès, sa sœur, en fut la seconde. C'était une jeune fille de quatorze ans, pure comme un lis, douce comme un agneau. Claire conjurait Celui qui se plaît au milieu des lis de jeter un regard de miséricorde sur sa jeune sœur et de l'admettre à son tour au banquet des vierges. Sa prière fut exaucée; peu de jours après, Agnès vint la rejoindre et lui dit : « Ma sœur, je veux servir Dieu avec vous. »

Pendant qu'un si doux spectacle réjouissait le monastère de Saint-Ange, la maison paternelle était témoin d'une

(1) Chronique des vingt-quatre géneraux; et Crisroraxi, Îlistoire de saint Damien, ch. x.

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