‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 92 sur 189 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pas), afin de concerter avec lui les lois et les mesures qu'on proposerait dans cette assemblée. Saint Dominique assistait à cette conférence. « Ne trouvez-vous pas bon, leur demanda, entre autres choses, le cardinal, que quelques-uns de vos disciples soient promus aux dignités ecclésiastiques? » — Les deux patriarches donnèrent la même réponse. « Pour moi, dit saint Dominique, je ne connais pas de plus grand honneur que d'être les porteurs de la parole divine et les boucliers de la foi. Laissez donc les Frères Prêcheurs dans leur vocation. » — « Seigneur, dit à son tour saint François, mes enfants s'appellent Frères Mineurs, parce qu'ils occupent le dernier rang dans l'Église. C’est là leur poste d'honneur ; gardez-vous bien de les en arracher, sous prétexte de les faire monter plus haut (1). » Le cardinal ne partagea point leur sentiment, mais leur esprit d'abnégation n’en fut pas moins pour lui un sujet de grande édification.

Au rapport du Frère Léon, qui accompagnait son Bienheureux Père, il fut aussi question, dans cette entrevue, de fondre les deux Ordres en un seul; mais le séraphique Patriarche s'y opposa. « La volonté de Dieu, dit-il, c'est qu'ils demeurent séparés, afin que chacun puisse embrasser à son gré l’une ou l'autre des deux règles.» Dominique le pria alors de lui donner au moins, comme symbole de la charité fraternelle qui les unissait, eux et leurs familles spirituelles, la pauvre corde qui lui ceignait les reins. « Je la porterai toujours, lui dit-il, sous ma robe blanche. » François refusa longtemps par humilité, mais les instances du pieux solliciteur finirent par l'emporter. Les adieux furent pleins d'une fraternelle tendresse; ils se recommandèrent aux prières l’un de l’autre. En sortant, le Patriarche des Frères

(4) Tu. pe CELaxo, Vita secunda, p. 8, c. Lxxxvu.

Prêcheurs dit à ses compagnons : « En vérité, la sainteté de François est si éminente, que tous les religieux devraient s'attacher à ses pas (1). » Telle fut l'origine d'une dévotion qui se répandit promptement par toute l'Église, et que Sixte-Quint, de l'Ordre des Frères Mineurs, érigea trois siècles plus tard en archiconfrérie, sous le nom d’Archiconfrérie du Cordon de Saint-François (2).

Après avoir réglé les affaires de l'Ordre, de concert avec le cardinal, le Saint prit congé de ses deux amis et revint à Notre-Dame des Anyses.

Enfin, l'époque du Chapitre général arriva : c'était le 26 mai 1219, journée à jamais mémorable, et qui a laissé une trace lumineuse dans les annales de l'Ordre. En ce jourlà, tout invitait les Frères à l’allégresse : l'Église célébrait les solennités de la Pentecôte ct avait pris ses ornements de fête; la nature, elle aussi, avait revêtu sa plus riche parure du printemps : l'air était frais et pur, le soleil se levait radieux et plein de majesté sur le sommet des Apennins, et versait des torrents de lumière dans la vallée de Spolète. Le voyageur qui fût descendu d'Assise à cette heure matinale eût pu contempler un spectacle peut-être uuique au monde : des centaines de cabanes s’élevant dans la plaine et cinq mille religieux réunis autour du modeste sanctuaire de la Portioncule (3). À les voir recucillis comme des anges, le front incliné comme sous un souffle divin, il eût naturellement supposé qu'il se passait quelque chose d’étrange dans cette chapelle, et il ne se füt point trompé. Quelle scène, en effet! Le cardinal Hupgolin, debout sur les marches de l'autel, officiant pontificalement,; François assistant au saint

(1) Tu. pe CEcano, Vita secunda, p. 3, c. Lxxxvit.

(2) Bulle du 19 novembre 1585.

(3) Thomas Ecczesron (coll. VII, éd. cit., p. 232) donne le chiffre de cinq mille, en s'appuyant sur la déposition du Frère Martin de Barton, qui avait assisté au Chapitre.

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