CHAPITRE XVI
suivit le conseil du Saint. Le banquet une fois terminé, il accourut près de François, et ils discoururent longtemps ensemble du bonheur du ciel et des moyens d'y parvenir. A la fin de cet entretien tout céleste et trop court à son gré, le comte Orlando dit au Bienheureux : « J'ai dans mes domaines une de ces montagnes sauvages qui portent l'esprit au recueillement. Visitez-la ; si elle vous plaît, je vous la donnerai de grand cœur, à vous et à vos compagnons, pour le salut de mon âme. » François accepta la proposition, et promit d'envoyer immédiatement deux de ses Frères pour visiter le mont Alverne, pendant qu'il poursuivrait sa route vers l'Espagne (1).
Les deux Religieux choisis par le saint Patriarche montèrent au château de Chiusi, vieux manoir dont on aperçoit encore aujourd'hui les ruines imposantes sur les bords de la petite rivière de la Rasina, à un mille de l' Alverne. Le comte Orlando les reçut avec bonheur, rassembla une escorte de cinquante hommes armés, pour se défendre des bêtes fauves et des brigands, et se mit lui-même à la tête de la petite caravane. L'ascension de la montagne est pénible, mais sans monotonie. Ses premiers mamelons sont d'une extrême aridité ; çà et là, des ravins, des blocs de granit jetés comme au hasard, des chênes rabougris qui ont peine à grandir assez pour donner leur ombre au voyageur. Aux deux tiers de sa hauteur, la montagne change d'aspect; la pente devient moins raide, et le sol moins infécond. Puis, tout à coup, se dresse à pic devant vous le géant de ces montagnes, roche immense aux parois perpendiculaires comme une muraille et couronnée d'une luxuriante forêt de hêtres et de sapins; c'est l' Alverne. Cette nature âpre et sauvage, effrayante et sublime, plut aux deux Frères explo-
(1) Fioretti, première considération sur les stigmates.
rateurs. Ils acceptèrent au nom de François la donation que leur fit Orlando, et se bâtirent à la hâte une cabane et un oratoire, où ils psalmodièrent l'office divin, pour prendre possession de la montagne par la prière (1).
C'était, d'après les documents pontificaux, le 8 mai 1213(2).
A son retour d'Espagne, François se fit rendre compte
LE MONT ALVERNE.
de ce qui s'était passé. Les Frères lai dépeignirent cette solitude sous de si belles couleurs, qu'il dit à ceux qui l'entouraient : « Chers fils, le carême de la Saint-Michel approche j je crois que Dieu nous appelle à le passer sur cette montagne, pour la consacrer par la pénitence au Sauveur, à sa glorieuse Mère et aux saints Anges. « Et il se mit aussitôt en route, accompagné de quatre Frères, qui étaient
(1) Fioi'etti, loc. cit.
(2) Bref iicef is [liullar. francise., t. IV, p. 156, n. 4j.