‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 149 sur 170 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

levant avec effort, le bras gauche appuyé sur l'un des Frères, la main droite étendue vers Assise et les yeux au ciel, il prononça ces paroles solennelles :

« Sois bénie de Dieu, ô cité d'Assise, parce que beaucoup d'âmes seront sauvées en toi et par toi. Le Très-Haut comptera d'innombrables serviteurs dans l'enceinte de tes murailles, et bon nombre de tes enfants seront choisis pour les tabernacles éternels. Que la paix soit avec toi (1). »

A toutes ces bénédictions se mêle un nom plein de doux

Saint François mourant se tourne vers la ville d'Assise et la bénit. (D'après

Benouville.)

souvenirs, celui de Giacoma de Settesoli, sa grande bienfaitrice de Rome et sa fidèle imitatrice. Dès qu'il fut arrivé à la Portioncule, il songea à Jui envoyer un message où il lui exprimait le désir qu'il avait de la voir avant de mourir. Mais au moment où le courrier allait partir, on entendit un grand bruit de chevaux à la porte dn couvent; c'était Giacoma qui arrivait avec une suite nombreuse. Elle lui raconta comment elle avait reçu d'un ange l'ordre de partir, et tous deux se réjouirent de la grâce et de la joie que la Providence leur ménageait. Giacoma, voyant l'état du malade, et ne pensant pas qu'il fût si près de sa fin, voulut renvoyer une

(i) Bautiiélesiy de Pise, Conformités, liv. I, vi.

partie de ses serviteurs; mais le Saint l'en empêcha. «Ma fille, lui dit-il, gardez-les près de vous. Samedi soir^ je retournerai à Dieu. Quand vous aurez rendu les derniers honneurs à ce pauvre corps, vous pourrez reprendre le chemin de Rome avec tout votre monde (1). 35 Elle fut ainsi prévenue de l'imminence de la catastrophe redoutée, et fut admise, en attendant, à contempler le crucifié de l'Alverne, à lui prodiguer ses soins, à baiser les plaies saignantes de ses pieds et à les arroser de ses larmes : glorieuse exception et consolation immense que lui avait valu son inépuisable charité pour les serviteurs du Christ.

Les derniers moments du Patriarche séraphique nous offrent d'autres scènes non moins mémorables ; il semble même qu'à mesure qu'on avance, elles s'imprègnent d'un cachet plus intime et plus émouvant. Ses disciples l'entourent de leurs soins les plus affectueux, sans pouvoir ni s'abandonner à leur affliction de peur de l'attrister, ni contenir dans leur sein la douleur qui les oppresse. Pour lui, il reste toujours calme, toujours maître de lui-même. Son visage rayonne d'une douce allégresse, et « son cœur chante » , selon la remarqae de son premier historien (2) : c'est l'invité qui se prépare aux noces de l'Agneau! Les apprêts sont tels qu'on les attend de l'amant de la pauvreté. Dépouillé de sa tunique, étendu sur la terre nue, les yeux au ciel, où s'envolent tous ses désirs, et la main sur la plaie de son cœur pour en dérober la vue, il dit à ses compagnons : « J'ai fait mon devoir; faites le vôtre, jj Et les Frères, devinant son intention d'être fidèle jusqu'au bout à sa dame la Pauvreté, lui présentèrent un froc et

(1) Bernard de Besse, T)e laudibus B. Fi\

(2) Il Mortem cantando suscepit. » Vita secunda, p. 3, c. cxxxiK.

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