‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 164 sur 170 · CHAPITRE XVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll

Le Sagro Convento est un des bijoux artistiques de l'Italie. « Il n'a point d'égal; avant de l'avoir vu, on n'a pas l'idée de l'art et du génie du moyen âge. Joignez-y Dante et les Fioretti de saint François, c'est le chef-d'œuvre du christianisme mystique (1). »

Le monastère, bâti au sommet d'une éminence abrupte, sur un double rang d'arcades superposées, porte le cachet

LE SACnO CONVENTO D ASSISE. VUE D ENSEMBLE.

d'un autre âge. Ses créneaux, ses arceaux de briques, ses terrasses et ses cloîtres suspendus lui donnent l'aspect d'un manoir féodal. Sur sa partie occidentale, il surplombe un précipice ; à ses pieds roule un torrent (le Tescio) qui tournoie au loin à travers les grèves de cailloux roulés. La galerie du midi, œuvre de Sixte IV, avec sa vue sur la vallée et son horizon fait à souhait pour arrêter et retenir le regard, est unique au monde.

(1) Taine, Voyage en Italie.

A côté du monastère, au j3out d'une cour bordée de fines colonnettes, se dresse la basilique, qui se compose de trois sanctuaires superposés. : l'église supérieure, l'église inférieure et la crypte. Les deux premières sont l'œuvre de Jacques Lapo, surnommé l'Allemand ; la dernière est l'œuvre du Romain Pascal Belli. Le style des trois sanctuaires offre un contraste frappant à l'œil, mais dont on saisit bien vite le sens profond : ils sont l'image des trois phases de la vie du Saint. A la base, vous avez la croix. L'église inférieure, au style roman, grave et sévère, vous rappelle la pénitence et les austérités du fils de Bernardone. L'église supérieure, avec ses ogives élancées et sa pleine lumière, ses rosaces et ses vitraux, ses stalles chargées de sculptures et sa merveilleuse broderie de formes élégantes qui s'enchevêtrent comme une parure de fiancée, vous le fait entrevoir glorieux et couronné dans le ciel. La première vous fait venir les larmes aux yeux ; la seconde vous porte à cette espérance plaintive qui est le plus fécond élément de la prière; la troisième, symbole de l'extase et de la transfiguration, vous donne un avant-goût de l'éternelle félicité. Ainsi tout s'harmonise dans un ensemble vraiment admirable, pour raconter dans un poème de pierre les espérances, les luttes et la victoire définitive du Séraphin d'Assise.

Douze couvents d'hommes et de femmes,, occupés par les diverses branches de l'Ordre, s'échelonnent comme autant de tentes à l'ombre du pavillon patriarcal oà repose le séraplîique Père. Chacun de ces couvents rappelle une des périodes de son existence; mais tous se rapportent à une seule tombe, et sont rangés autour d'elle comme des enfants autour de leur mère. Rivo-Torto, où le serviteur de Dieu composa sa première Règle; Notre-Dame des Anges, avec son dôme qui brille comme un phare au milieu de la plaine et fait penser à Bramante et à Vignole ; Saint-Damien, qui

BiSlLIQUE DE SAHST-FU^NoOIS, A ASSISE.

(Vue de l'église supérieure et du porche de l'église inférieure.)

montre sur les premières ondulations de la montagne ses murailles basses et noircies par le temps; Sainte-Claire, belle église ogivale du treizième siècle, due au génie du Frère Mineur Philippe de Cambello de Spolète; la Cliiesa Nuova (l'Église Neuve), église grecque surmontée de cinq coupoles en mémoire des cinq stigmates de François, et bâtie par Philippe III, roi d'Espagne, sur l'emplacement de la demeure des Moriconi ; enfin, au-dessous des ruines pendantes de la citadelle, la modeste chapelle des Pères Capucins : autant d'arcs de triomphe élevés parla foi catholique snr la route qui conduit au tombeau patriarcal (1).

L'humble François n'avait demandé en mourant qu'un peu de terre, et encore dans un lieu déshonoré ; et voici qu'une triple basilique recouvre ses ossements, qu'une ville entière lui sert, pour ainsi dire, de mausolée, et que son tombeau devient un foyer de vie et de lumière, et bientôt un des plus vénérables sanctuaires de la catholicité.

L'architecture avait fait son œuvre sur la tombe du Saint. « Mais les hommes du moyen âge ne pensaient pas avoir achevé un monument pour l'avoir élevé pierre sur pierre. Il fallait que ces pierres parlassent, qu'elles parlassent le langage de la peinture, qui est entendu des ignorants et des petits ; il fallait que le ciel s'y rendît visible, et que les saints et les anges y demeurassent présents par leurs images, afin de consoler et de prêcher les peuples (2). » La peinture se présenta donc à son tour. Les voûtes des deux églises supérieures furent couvertes d'un champ d'azur semé d'étoiles d'or; et sur les parois se déroulèrent, en face des révélations bibliques, les scènes de la vie du Pénitent d'Assise., Mais comme s'il eût été impossible d'approcher sans profit de ces

(1) Voir l'Étude sur les monuments cf Assise, far M. l'abbé IlicuE. (Trad. des Fioretti.)

(2) OzANAM, les Poètes franciscains, p, 89.

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