CHAPITRE PREMIER
naire de Lucques, récemment établi à Assise et faisant un P^rand commerce avec la France, où il allait vendre ces tissus, taffetas, brocarts et velours, pour lesquels les artisans de Sienne et de Florence étaient alors sans rivaux. Sa mère, Pica, delà noble famille des Bourlemont de Provence, méritait par sa piété de devenir la mère d'un saint. Pica n'eut que deux enfants, François et Ange. Ce dernier fit souche à Assise, où les Moriconi subsistaient encore , d'après Wadding, dans la première moitié du seizième siècle. Le Ciel, qui avait d'autres vues sur François, se plut à entourer de prodiges extraordinaires et de présages célestes le berceau de cet enfant prédestiné.
On montre à Assise, à quelques pas de l'ancienne habitation des Moriconi, un oratoire dédié à notre héros sous le vocable de San-Francesco il Piccolo (Saint-François le Petit). C'était autrefois une étable, et l'on ne manque pas de rappeler au touriste comment, sur l'avis d'un pèlerin mystérieux, Pica s'y réfugia et y mit au monde, sur une jonchée de paille , au milieu de concerts angéliques , celui qui devait être la copie fidèle et le héraut de l'Enfant de Bethléhem (1). Pieuses croyances, traditions vénérables dont il est difficile d'apprécier la valeur, parce qu'au delà du quinzième siècle nous perdons la trace de leur origine (2).
Ce qui est absolument certain, c'est que le nouveau-né fut porté au baptistère du dôme de Saint-Rufin et qu'on lui imposa le nom de Giovanni, Jean, conformément au désir de Pica , qui avait une dévotion particulière pour le saint précurseur. Ce qui n'est pas moins certain, c'est qu'une étonnante prédiction, dont les confidents du saint Patriarche
(1) Sur la porte de l'oratoire, on lit cette inscription latine :
Hoc oratorium fuit bovis et asini stabulum In quo natus est Franciscus, mundi spéculum.
(2) Voir Saint François et les Franciscains , par le P. Pamphile de Magluno, t. I.
se sont faits les échos, projeta dès lors sur son berceau les premières lueurs d'une mission providentielle, d'une mission de paix. C'était ait retour du baptistère de Saint-Rufin. Un inconnu, un envoyé de Dieu, frappant à la porte des Moriconi, demanda instamment et comme une faveur à voir le gracieux enfant. Tout heureux d'être exaucé, il le prend dans ses bras, comme un autre Siméon, et saluant dans cet enfant régénéré un élu de Dieu, un frère puîné , un futur compagnon de sa gloire, il le couvre de douces caresses et de baisers- puis il le rend à la nourrice en lui disant : « Aujourd'hui sont nés dans cette ville deux enfants dont l'un, celui que je tiens dans mes bras, deviendra un grand saint, et l'autre un grand pécheur (1). » Ayant achevé ces mots, l'étranger disparut. On eut beau chercher par toute la ville, on ne put le retrouver.
Ces commencements, même dégagés de toute légende, sont pleins de fraîcheur et de poésie, comme une belle matinée de printemps. L'histoire en atteste l'authenticité; une nature enchanteresse leur sert de cadre; l'action de la grâce les illumine, les pénètre, les revêt d'un attrait toutpuissant auquel l'incrédule lui-même ne saurait longtemps rester insensible. Ils n'ont rien que de croyable, et tout homme de bonne foi n'y verra avec nous que les dignes prémices d'une vie qui doit occuper tant de place dans l'histoire du treizième siècle.
Pierre Bernardone voyageait alors en France pour son commerce. A son retour, il eut une grande joie d'apprendre qu'un fils lui était né; et la Légende des trois compagnons (2) nous dit que dès ce moment, et en souvenir du beau royaume de France, il donna au petit Jean le surnom de Francesco, François : « marque d'amour pour la terre hospitalière d'où
(1) Très socii, c. i.