‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 51 sur 170 · EN TOSCANE · texte numérisé non relu

EN TOSCANE

Ce qui frappe clans la vocation clu Patriarche cV Assise, c'est la netteté avec laquelle elle se dessine, sans ombre d'hésitation, d'un bout à l'autre de son existence. On sent que devant lui se dresse constamment l'idéal qui lui a été montré dans la matinée du 24 février 1 209 et dans la vision de Poggio-Buscone. Cet idéal, c'est une chevalerie spirituelle s'attachant à la poursuite des erreurs , comme la chevalerie militaire s'attache au redressement des torts ; c'est une milice d'avant-garde, pacifique, envahissante, ayant la croix pour armure et la conquête des âmes pour objectif.

Certains publicistes modernes saluent dans le fils de Bernardone un continuateur d'Arnaud de Brescia et de Pierre Valdo. Rien n'est plus opposé à son caractère. Jamais il n'attaque ni la féodalité, ni la richesse, ni la forme politique des Etats. Non, il n'est ni un tribun ni un révolté ; et il ne devient un grand réformateur social .que par voie de conséquence et pour avoir tout d'abord accompli la réforme essentielle, celle des mœurs. Combattre les passions qui troublent la paix des familles et amènent la chute des empires, saisir la croix et la replanter au sommet de l'édi-

lice social, voilà, il ne le dissimule pas, le but de sa noble ambition, parce que la croix, emblème de nos espérances, est à ses yeux la source de toute civilisation.

L'année 1210 nous fait assister à l'aurore de cette action à la fois relifjieuse et sociale. La vocation de Bernard de Quintayalle, la conversion plus étrange encore de Silvestre, ce qu'on racontait de Rivo-Torto et de la Portio'ncule, tous ces prodiges qui entourent le berceau de l'Ordre et, qui charmaient l'imagination des peuples, toujours avides de mystérieux et d'inconnu, avaient prévenu l'opinion publique en faveur du fils de Bernardone. Une émeute sortie de la classe infime de la société nous montre quel était déjà le prestige de son nom. Les serfs, réduits au désespoir par les exactions des seigneurs, secouèrent le joug de fer qui pesait sur leurs épaules , montèrent tumultuairement au palais communal et réclamèrent l'abolition des droits féodaux. L'intervention du clergé et des Frères arrêta l'effusion du sang, et les barons signèrent la charte d'affranchissement, où l'on retrouve l'esprit et jusqu'aux expressions du réformateur ombrien (1).

Cet acte de pacification, qui honore notre saint, prélude a l'oeuvre qu'il avait reçu mission d'accomplir. La société chrétienne était agonisante : il fallait la sauver sans retard. Mais comment atteindre, comment soulever lé monde des âmes, si ce n'est avec le levier de la parole divine? Et où trouver des hommes animés de l'esprit des prophètes? François tremblait, et avec raison, devant une entreprise qui dépasse les forces humaines. Cependant, ses craintes cédèrent devant le désir de remédier au mal. Au commencement de l'année 1211, se souvenant de l'autorisation accordée par Innocent III et mettant toute sa confiance en

(1) Cristofani, Histoire d'Assise, liv. II, p. 122-130.

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