‹ Saint François d'Assise (1182-1226) [microform]Chapitre 81 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

put s'empêcher de louer le zèle du pèlerin dans un âge si avancé. — Mon Père, répondit le vieillard, si mes jambes me refusaient leur service, je viendrais à dos de mulet plutôt que de perdre le profit d'un si beau jour. — Et pourquoi? — Parce que c'est un souvenir sacré pour moi. J'étais présent lorsque saint François, se rendant à Pérouse, vint, selon sa coutume, nous demander l'iiospitalité. Il nous dit qu'il allait prier le Pape de confirmer l'indulgence qu'il avait obtenue d'en haut. Depuis cetemps-là,je n'ai pas manqué une seule année de descendre ici au jour du Grand Pardon (1). »

Ainsi les preuves abondent, lumineuses, irréfutables; car que peut-on y opposer de raisonnable? Qui osera dire que saint François fût un niais ou un imposteur (2)? Qui osera accuser ses disciples de mensonge ou d'hypocrisie? Qui osera enfin reléguer parmi les fables un fait attesté par des témoins de toute condition, patriciens désintéressés, religieux austères, historiens éclairés et consciencieux? Non, ce n'est pas folie que de l'admettre; c'est simplement un acte d'équité. Non, saint Antonin ne s'avance pas trop, quand il déclare que les sacrés stigmates imprimés plus tard sur la chair de notre Bienheureux sont comme une bulle du Pontife éternel approuvant l'Ordre de la Pénitence et le Grand Pardon d'Assise. Non, .Bourdaloue n'est pas trop hardi, quand il affirme que « détentes les indulgences, celle de Notre-Dame des Anges est une des plus assurées et des plus authentiques qu'il y ait dans l'Eglise, parce que c'est une indulgence accordée immédiatement par Jésus- Christ (3) » .

Terminons ce débat qu'exigeait la justification de notre

(1) Waddinc, ad ann. 1309.

(2) Renan a osé écrire : « Ceux qui font des miracles ou qui les admettent sont des esprits crédules ou des imposteurs. » [Intr. à la Vie de Jésus, p. 3.) Une pareille fatuité n'est pas pour nous déplaire ; car, entre ces prétendus imposteurs qui se nomment Bossuet, Fénclon, Pascal et un Renan qui les insulte, l'hésitation ne saurait durer longtemps.

(3) Sermon sur la fête de IN.-D. des Anges.

récit, et qui ne, sera pas sans fruit pour nos lecteurs. S'ils hésitaient, il fera pénétrer la lumière, et la conviction dans leur intelligence; s'ils croyaient, il servira du moins à les mettre davantage en garde contre les déclamations de cette critique moderne qui veut écrire l'histoire sans les documents de l'histoire.

La concession de l'indulgence par le Christ est certaine; celle de sa ratification par le Saint-Siège ne l'est pas moins. Vingt fois, d'Honoriiis III à Léon XIII, les Souverains Pontifes ont élevé la voix dans ce sens. Ils ont étendu cette faveur aux églises des trois Ordres, et, par une faveur exceptionnelle, ils l'ont laissée subsister dans les années jubilaires, et même en temps d'interdit. Aussi tous les peuples sont-ils venus avec confiance visiter cette modeste chapelle de la Portioncule, qui est devenue, avec la Santa Casa de Lorette, l'un des joyaux de l'Italie et l'un des sanctuaires les plus vénérés du monde. Là, tous les ans, du 1" au 2 août, des milliers de pèlerins accourus de tous les pays viennent prier où pria le Séraphin d'Assise, chercher le pardon qu'il obtint pour eux, et reconquérir avec la pureté et l'innocence baptismale les joies, seules désirables, du divin amour. Le pavé de la chapelle est littéralement usé par les genoux des fidèles, et les murailles ont gardé l'empreinte des baisers brûlants de six générations. En vérité, n'est-on pas forcé de convenir que ces lieux bénis sont abreuvés de gloire, et que ce champ de bataille de la pénitence éclipse tous les champs de bataille de l'ambition humaine? On se demande s'il est dans l'histoire de l'Église une page plus consolante pour les pauvres pécheurs, et l'on ne sait ce qu'il faut le plus admirer ici, ou du zèle de saint François pour le salut des âmes, ou de la puissance de Dieu qui se joue de la superbe des hommes et choisit ce qui est faible pour combattre ce qui est fort.

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