LE CHAPITRE DES NATTES
comme^elle repose doucement le regard, au milieu de tant d'autres qui l'attristent et le fatiguent ici-bas (1) !
Après la messe, le cardinal ouvrit solennellement le Chapitre et le présida. Le soir, il vouhit, comme un général d'armée, passer en revue les nombreuses phalanges des soldats du Christ, qui logeaient dans la plaine sous des cabanes de feuillage et de nattes (de là le nom de Chapitre des Nattes). Il les trouva rassemblés par groupes de soixante ou
(1) Tressocii, c. xiv ; et Bonav., c. iv.
de cent, racontant les joies et les souffrances de leur apostolat, se redisant les uns aux autres les œuvres de leur Bienheureux Père ouïes prodiges qu'ils avaient opérés sous ses auspices, et se répétant ce mot des disciples de Notre-Seigneur au retour de leur première mission : « Les dénions mêmes nous obéissaient en son nom. »
A cette vue, le vénérable vieillard s'écria dans son admiration, comme autrefois le patriarche Jacob : « Frères Mineurs, en vérité, c'est ici le camp de Dieu. » C'était, eh effet, l'armée d'élite du grand Roi, armée pacifique et conquérante, sans armes et toute-puissante, admirable de discipline et d'héroïsme, à laquelle on pouvait appliquer ce mot des Saintes Ecritures: « Que tes pavillons sont beaux, ô Jacob! Que tes tentes sont belles, ô Israël! » François, levant vers le ciel un regard plein de reconnaissance, et remerciant le Seigneur d'avoir multiplié ses fils comme les grains de sable de la mer, laissa tomber de son cœur et de ses lèvres quelques paroles brûlantes, qui ravivèrent dans l'âme de ses disciples l'amour de Dieu et de leur vocation, le zèle des âmes et le dévouement à l'Église romaine. On croit que ce fut dans cette circonstance qu'il prononça les paroles suivantes : « Mes Frères, dit-il en terminant, nous avons promis de grandes choses; on nous en a promis de plus grandes encore. Gardons les unes, soupirons après les autres ; le plaisir est court, la peine est éternelle ; les souffrances sont légères, la gloire est infinie. Beaucoup d'appelés, peu d'élus : chacun recevra selon ses mérites (1). »
Des esprits timides auraient pu se demander : « Où prendre des vivres pour nourrir tant de personnes? » Le saint Patriarche et ses enfants n'éprouvèrent point de ces défiances ni de ces inquiétudes. Ils étaient là, dénués de tout, mais
(1) OEuvres de S. Fr, d'Assise, p. 3, ch. xxxui. — Cf. Tu. de Cëlano, Vita secunda, p. 3, c. xxxi.