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huit ans auparavant par son premier disciple, Bernard de Quintavalle. Sur sa route, il évangélisa la plupart des villes de la Lombardie, Padoue, Bergame, Brescia, Mantoue, Crémone, où, selon sa coutume, il apaïsa les dissensions publiques et rétablit la paix.
A Crémone, il rencontra saint Dominique; ce fut pour les deux Patriarches une des plus douces consolations que la Providence leur eût ménagées sur la terre. Ils purent conférer ensemble sur la bonté de Dieu, sur l'état florissant de leurs Ordres, sur le mouvement qui entrainaït les peuples vers le Dieu du Calvaire. Un miracle termina ce suave entretien. Les religieux du monastère (c'était un couvent de Frères Mineurs) étaient venus les prier de bénir un puits dont l'eau était trouble et insalubre. Les deux amis se regardèrent, chacun invitant l'autre à répondre. Alors Domimique dit aux Frères : « Allez nous puiser de l'eau. » Ils allèrent en chercher dans un vase et L'apportèrent ; et Dominique dit à François : « Père, bénissez cette eau au nom du Seigneur. — Non, répondit François, bénissez-la vous-même; car vous êtes le plus grand. » Cette pieuse contestation dura quelque temps entre les deux saints; à la fin, Dominique, vaincu par l'humilité de François, fit le signe de la croix sur lé vase, et ordonna qu'on versât l’eau dans le puits, dont la source fut purifiée pour toujours (1).
I, WADDING, t. I, p. 334.
De Crémone, saint François se dirigea vers Bolognela Savante. Il avait conçu une haute idée de la vertu des Bolonais, depuis que Bernard lui avait écrit : « Mon Père, tout est biën disposé à Bologne. Maïs envoyez d'autres religieux à ma place; car je n’espère plus y faire aucun bien, j'ai même tout lieu de craindre d’y perdre mon âme, tant on m'y comble d'honneurs! »
Mais il était bin de s'attendre à la réception triomphale dont il allait être l'objet. Au premier bruit de son arrivée, toute la cité se porta au-devant de lui. Etudiants et professeurs, riches et pauvres, tous voulaient voir le Saint, l'entendre, recevoir sa bénédiction. Ils lui firent un cortège d'amour, comme les rois et les empereurs de la terre n’en connurent jamais ; il ne parvint qu'à grand'peine jusqu’à l'immense place du Petit-Palais. Là, il prêcha d'une manière si sublime, qu'on croyait entendre un séraphin plutôt qu'un homme. Au reste, voici, d'après la déposition d'un témoin oculaire, la fidèle peinture de l'impression que produisirent sa personne et son allocution :
« Moi, Thomas, citoyen de Spalatro et archidiacre de l’église cathédrale de la même ville, étant étudiant à Bologne, l'an 1220, en la fête del'Assomption de la Mère de Dieu, j'aientendu saint François prêcher sur la place publique, devant le Petit-Palais, où toute la ville était assemblée. Il partagea ainsi son discours : les anges, les hommes, les démons. Il parla de ces êtres intelligents avec tant d’exactitude et d'élo
quence, que les gens de lettres qui l’écoutaient admirèrent un si beau langage dans la bouche d'un homme simple. Il ne suivit point la marche ordinaire des prédicateurs; mais, parlant à la façon des orateurs populaires, il ramena tout à ce seul point, l'extinction des inimitiés et de l'esprit de vengeance, le rétablissement de la paix et de la concorde entre concitoyens. Son habit était vil et grossier, sa personne chétive, son visage défait; mais Dieu donnait une telle efficacité à ses paroles, qu’un grand nombre de gentilshommes, extrêmement animés les uns contre les autres, et dont la fureur avait déjà répandu beaucoup de sang, se réconcilièrent publiquement. L'affection et la vénération pour le Saint étaient si universelles et allaient si loin, que la foule courait à lui et qu’on s’estimait heureux de pouvoir seulement toucher le bord de sa robe (1). »
L’archidiacre de Spalatro raconte ensuite les merveilles opérées par notre Saint. Les Bolonais revinrent aux pratiques de la foi chrétienne ; plusieurs revêtirent les livrées de la pénitence, entre autres Nicolas Pepoli, donateur du couvent de cette ville, Bonizio et deux jeunes étudiants, Pellegrino Falleroni et Rizzier de Muccia. François fit plusieurs miracles; il rendit la vue à un enfant, en faisant sur lui un grand signe de croix; il en guérit un autre de l’épilepsie, en lui faisant appliquer sur la poi-