‹ Saint François d'Assise. Huitième éditionChapitre 252 sur 260 · OZANAM, les Poètes franciscains, p · texte numérisé non relu

OZANAM, les Poètes franciscains, p

C'était un puissant essor versle vrai progrès, qui n'est autre chose que la marche en avant dans le sens de la justice et de la vérité. L’essor atteignit toutes les branches des connaissances humaines, les sciences naturelles avec Roger Bacon, l'inventeur du télescope, du microscope et des lunettes, et plus encore les sciences sacrées. Dans la théologie, en effet, les Franciscains fondèrent une école qui compte parmi ses représentants : — Alexandre de Halès, le docteur irréfragable, ce grand initiateur qui, au lieu de se contenter, comme ses prédécesseurs, de commenter la Bible, exposa clairement l’harmonieux accord de la foi avec la raison, composa un cours complet de doctrine sous le titre de Somme Théologique et de Traité des Vertus, mérita les éloges d'Albert le Grand et d'Alexandre IV, et engendra à la science les deux plus grands docteurs du moyen âge, saint Bonaventure et saint Thomas, qui l'ont fait oublier; — saint Bonaventure, le Docteur séraphique, le prince de cette théologie mystique qui aboutit au chef-d'œuvre presque divin de l’Imitation; — Duns Scot, le Docteur subtil, qui enseigna la priorité du rôle de la volonté sur les autres facultés de l'âme et projeta de nouvelles clartés sur le dogme de l'Incarnation, non moins que sur la doctrine de lImmaculée Conception, — puis, avec des mérites inégaux, les Richard de Midleton, les saint Bernardin de Sienne, les Thomas de Charmes, les Louis d'Argentan, tous partant des prin-

cipes posés par leur fondateur pour arriver à la même conclusion, la foi et l'amour.

Il nous plait de redire, avecles plus éminents critiques de nos jours, que l’humble Mendiant d'Assise, que cet homme passionné pour les petits et les déshérités de ce monde, qui se dépouilla de tout pour mieux se consacrer au service de ses frères, fut en même temps le père de l’art chrétien, le créateur de la littérature italienne, l'auteur de la plus grande épopée dont les annales de l'ère chrétienne aient gardé le souvenir. Il nous plait de redire aussi que la postérité se montra reconnaissante envers lui,et que, par un contraste étrange, la gloire favorisa entre tous celui qui l'avait le plus méprisée. Il exerça une sorte de royauté sur tout le haut moyen âge, qui prit plaisir à exalter son génie, ses vertus, son influence sociale, et ne craignit pas d'appeler le siècle auquel il appartient le siècle de saint François. Cette royauté intellectuelle, quoique moins éclatante aujourd'hui qu'aux âges de foi, n'est pas à son déclin, les fêtes du septième centenaire à Assise, à Naples, à Paris, par toute la chrétienté, en ont été une preuve éclatante. Mais il ne faut pas que cæ rayon de gloire attaché à la vertu nous porte à prendre le change sur la source et l'essence de cette souveraineté. Le fils de Pierre Bernardone n'est pas grand parce qu'il fut poète ou parce qu'il inspira le ciseau de Jacques Lapo, le pinceau de Raphaël, l’éloquence de Bossuet, ni même parce qu'il fut orné de privilèges extraor-

dinaires et favorisé de communications mystiques. Il est grand parce qu'il fut le héros de l'amour divin et le type le plus achevé du dévouement. Ce sont ses vertus et ses œuvres qui font sa gloire, et telle est l'excellence des unes et des autres, que les éloges des hommes, les chefs-d'œuvre de l'art et même les honneurs des autels seront toujours inférieurs à des mérites que Dieu seul peut récompenser.

L'influence du réformateur ombrien sur les sciences, les lettres et les arts, n’est qu’un rayon secondaire de sa gloire. Son plus beau titre à la vénération des peuples, son principal honneur devant Dieu et devant les hommes, c'est la ‘ création d’un apostolat permanent et universel. Création impérissable; car c'est le privilège des fondateurs d'Ordres que leur mission se prolonge par delà la tombe et que leurs exemples ne cessent de leur susciter dans l'Eglise de fidèles imitateurs.

Les missions à l’intérieur et à l'étranger, en Occident et en Orient, dues à l'initiative du Patriarche d'Assise, se développèrent rapidement : ce qui ne nous étonnera pas si nous nous souvenons que, dès l’année 1219, l'Ordre possédait des maisons en Italie et en France, en Espagne et en Portugal, et que chacune d'elles était une pépinière d'hommes apostoliques, d'hommes qui réclamaient l’honneur périlleux d'aller porter la lumière de l'Evangile chez les peuples encore assis à l’ombre de la mort. Loin de com-

primer cet élan généreux, saint François le favorisait, avec l'intime conviction que l'attrait du sacrifice multiplierait les vocations. Ses prévisions se réalisèrent, presque au delà de ses espérances; car de son vivant, sous sa direction, les Mineurs avaient déjà des stations sur différents points du globe. En Asie, ils étaient à Jérusalem, d'où ils s'élançaient avec Jean de Piano-Carpino et Guillaume de Ruysbroëck pour convertir le Grand Khan des Tartares, avec Jean de Monte-Corvino pour évangéliser la Chine (1); avec Gentil de Matelica, Thomas de Tolentino et Odéric de Pordenone pour pénétrer dans la Perse et dans l'Inde, — en Afrique, à Maroc, à Fez, à Tunis.

Après la mort du Patriarche d'Assise, ses fils continuèrent sa mission : légion innombrable, docteurs, apôtres, martyrs, qui cultivent à sa suite le champ du Père de famille et ne cessent d'apporter de nouvelles gerbes aux pieds du Christ victorieux. Il y a, dans l’his-

I. En 1307, Clément V nomma un Frère Mineur, Jean de Monte-Corvino, archevèque de Pékin, et lui donna pour suffragants sept évêques choisis dans le même Ordre. Chassés par les hordes barbares de Tamerlan (1406), les Franciscains rentrèrent le plus tôt qu'ils purent dans le céleste Empire, pour y reprendre l’œuvre de leurs devanciers. Ce fut un Franciscain, Don Juan d'Albuquerque, évèque de Goa, qui donna l'hospitalité à l’apôtre des Indes, saint François Xavier. Un peu plus tard (1580), le célèbre P. Mathieu Ricci, de la Compagnie de Jésus, profita de son influence sur l’empereur de Chine, pour faire rendre la liberté à trois Frères Mineurs qui languissaient dans les prisons. — Voir ROHRBACHER, Histoire de l'Eglise, 1. LXXX.

toire de ces conquêtes arrosées de leurs sueurs, une heure mémorable entre toutes, celle qui ouvre les temps modernes et, avec la révélation d'un nouveau monde, annonce une nouvelle ère. La découverte de l'Amérique est l’œuvre des Franciscains. C'est un disciple du séraphique Putriarche, le tertiaire Christophe Colomb, qui découvre ce continent. Les universités et les académies, les savants et les rois n’ont eu pour l’immortel navigateur que du dédain et des sarcasmes,; seul, l'Ordre Franciscain le recueille aux jours de sa détresse : seul avec Jean Pérez, gardien de la Rabida, et François de Calabre, confesseur de la reine Isabelle, il comprend et admire son génie; seul, il lui obtient les moyens d'exécuter ses gigantesques pro- Jets.

Après le succès de Christophe Colomb, il semble que l'Amérique soit devenue l'héritage et le domaine des Frères Mineurs. Un Franciscain, Jean Pérez, y plante le premier la croix, y célèbre la première messe, y donne le premier baptême. Un autre Franciscain, Quevedo, en est le premier évêque; un Frère Mineur français, le P. Cousin, y subit le premier le martyre. Les premiers, avec Pierre de Gand, Martin de Valence, François Solano, Garcias de Padilla, les fils de saint François évangélisent le Mexique, le Pérou, le Paraguay, le Brésil, le Canada, toutes les Indes occidentales, où ils conquièrent plus de peuples à la religion catholique que la révolte de Luther ne luien a

ravi. Faut-il ajouter que, poursuivant jusqu’au bout leur œuvre de délivrance et de salut, ils sont aussi les premiers, avec Jean Suarez et Zumarraga, à élever la voix en faveur des Indiens, qu'on veut réduire en servitude, comme sur un autre point ils ont été les premiers avec Ximénès à protester contre ce trafic hideux qui se nomme la traite des nègres?

Toujours, dans ses divers rameaux, l'Ordre a travaillé avec zèle à la diffusion de la vérité. Toujours les enfants de saint François ont eu cette passion des grandes âmes d'aimer l’Église et de défendre la Papauté avec un courage qui grandissait en proportion des périls. C'est le témoignage que leur rend un saint pontife, Pie II. « Les Frères Mineurs, dit-il, sont la troupe d'élite de la religion dans la guerre qu’elle soutient contre l'erreur et le mal. Toujours armés, toujours prêts, ils portent en tous lieux l'étendard du Christ, protègent le front de bataille, couvrent l’arrière-garde, arrêtent les charges de l'ennemi. On les trouve partout où s'étend le règne de la vérité. » Milice d'élite, en effet, qui a donné à l’Église des centaines d'hommes apostoliques « ne demandant que la liberté de combattre Pour l'Évangile contre les erreurs du monde (1) »; aux gouvernements, des hommes d'État tels que Ximénès et Joseph du Tremblay; à la science, des génies comme saint Bonaventure, Duns Scot et Roger Bacon;

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